U2 CHAP. LX. — CONCLUSION
d'avoir, avant sa chute, protesté contre Toulrage qu'elle avait reçue, le 20 juin, de ceux qui la voulaient détruire? Était-ce même conspirer que de ne pas applaudir à la révolution du 10 août, de regretter la mort du roi, de pleurer suf la reine? Or pour combien le moindre signe d'une manifestation de cette espèce est devenue cause de mort ! L'émigration était un crime, quand on passait la frontière pour prendre les armes contre la France ; mais combien avaient émigré pour échapper au fer des assassins ; combien d'autres étaient sortis de France sans avoir l'intention d'émigrer, pour leur santé, pour leurs affaires, et trouvaient la mort en y rentrant! L'émigration é(ait un crime, soit: mais les mères, les femmes, les filles, les sœurs d'émigrés qui recevaient d'eux ou qui leur transmettaient des nouvelles toutes de famille, étaient-elles criminelles? et cependant elles étaient impitoyablement mises à mort comme complices d'émigrés.
Que dire après cela de (ant d'autres délits d'écrits ou de parole, tenus pour crimes de lèse-nation ? On ne pouvait pas dire son fai( à un coquin haut placé, fill-ce dans son village, sans être condamné pour propos « tendant au mépris des autorités constituées et à la dissolution de la Convenlion nationale * ; et les sociétés populaires, les clubs prétendaient à la même inviolabilité. Encore moins pouvait-on rien écrire de la même sorte; el il y avait peine de mort non pas seulement pour l'auteur de l'écrit, mais pour celui qui le gardait chez lui, l'eût-il sans le savoir (à cet égard on n'admettait pas d'excuse) : car posséder de pareils écrits donnait lieu de croire qu'on en partageait les sentiments : preuve nouvelle que c'était non pas la manifestation de la pensée, mais