‹ Histoire du Tribunal révolutionnaire de Paris (volume 4)Chapitre 30 sur 178 · RÉQUISITOIRE DE L'ACCUSATEUR PUBLIC · texte numérisé non relu

RÉQUISITOIRE DE L'ACCUSATEUR PUBLIC

L*assislance aux deux séances des 14 et 15 frimaire, où le projet d'extermination en masse des détenus fut mis en avant et soutenu par lui ;

[/es noyades, que les débals, dit Taccusateur public, ont porté au nombre de vingt-trois ; les fusillades de tous les jours, notamment celle des quatre-vingts cavaliers qui étaient venus se rendre volontairement;

Les pouvoirs illimités donnés à Fouqnet et à Lamberty, fait constaté par les ordres notifiés à la force armée de tolérer leurs a expéditions » nocturnes;

Les pouvoirs attribués à la compagnie de Marat;

L'ordre donné par lettre au général Haxo de tout brûler et de tout massacrer, sans distinction,, dans la Vendée :

Voilà assez de faits atroces pour que, sans décharger les autres, Taccusaleur public appelât sur la tête de Carrier toutes les rigueurs de la loi.

La mission des défenseurs officieux ne paraissait pas très facile: je parle des défenseurs du commun des accusés, membres du comité de Nantes, etc. ; car pour Carrier, il voulait être son propre avocat; et, après lui son conseil ne pouvait plus avoir qu'un rôle bien secondaire. Le thème obligé, c'était le panégyrique du 9 thermidor, la délestation du régime dont Robespierre avait été le grand maître et Carrier un des plus sinistres agents; or, les accusés de Nantes avaient-ils été autre chose que les satellites plus ou moins obscurs de Carrier? Mais Carrier était là, comme une âme damnée qui pouvait bien, avec ses propres forfaits, prendre en charge ceux des autres; et les défenseurs aimaient à croire qu'en rejetant sur lui tout l'odieux du système, ils arriveraient à dégager leurs clients, qui sait même? à

leur assurer le bénéfice de cette démonstration antiterroriste h laquelle ils semblaient les associer :

Le règne des faux patriotes est fini, s'écriait Tronson-Ducoudray, celui des véritables commence. En vain cspéreroil-on nous faire rétrograder vers l'esclavage : on n'y réussiroit pas. La journée mémorable du 9 thermidor nous assure à jamais la liberté... De nouveaux Titans, menaçant le ciel, nous parloient au nom de l'humanité comme les imposteurs au nom du ciel. Ils érigeoient l'assassinat en principe : de là la stupsur. La liberté n'a pas besoin de poignards, nous saurons être libres sans être des assassins.

Mais attaquer la Terreur, n'était-ce pas répudier le gouvernement révolutionnaire? et le tribunal, qu'étaitil, sinon l'instrument judiciaire de ce gouvernement? Son nom même le disait. Il y avait donc des précautions h prendre, et l'avocat définit ce que devait être le gouvernement révolutionnaire :

Un régime ferme, capable de briser les résistances et pourvu des moyens de le prévenir; terrible pour les conspirateurs, effrayant pour les gens tièdes et apathiques, encourageant pour les patriotes^ juste par-dessus tout, juste envers tous, n'exigeant le sacrifice de l'intérêt particulier que là où l'intérêt général le commande.

C'était en un mot un glaive qui dcvoit menacer plutôt que frapper; qu'il falloit toujours tenir levé, mais souvent dont l'éclat seul devoit suffire pour intimider.

— Une guillotine platonique. Cela dit, l'avocat n'avait pas de peine à établir que tel n'avait pas été le caractère de cet instrument :

0 jours désastreux, jours horribles où retentit dans toute l'étendue de la France ce cri épouvantable : La Teî^eur est à l'ordre du jour! Bientôt la terre de Liberté est couverte de

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