‹ Histoire du Tribunal révolutionnaire de Paris (volume 4)Chapitre 67 sur 178 · ACTE D'ACCUSATION PAR LEBLOIS · texte numérisé non relu

ACTE D'ACCUSATION PAR LEBLOIS

lorsqu'un accusé était acquitté; son opposition aux ordonnances de mise en liberté, et loi*sque là victime lui échappait, ce cri, dont il ne fut pas le maître dans le procès des parlementaires : « Qu'il la rattraperait bien. »

L'acte d'accusation n'eût pas été complet, s'il n'eût rattaché Fouquier«-Tinville à la grande conspiration de ceux dont il avait été le principal agent au tribunal : Robespierre et les hommes renversés le 9 thermidor. Il signale son intimité avec eux, leurs conférences secrètes, leurs orgies communes. Enfin, dans un dernier paragraphe (25) il relève les traits qui caractérisent l'homme féroce dans l'implacable accusateur : la joie qu'il prenait aux condamnations; le plaisir qu'il avait à réunir le plus grand nombre d'accusés ' dans une même fournée; son ironie à l'égard des condamnés; sa fureur, ses menaces, même envers les jurés et les juges, quand il voyait sa proie lui échapper, et comment il se complaisait aux exécutions, en commandant à l'avance tous les apprêts du supplice'.

Cet acte portait la date du 25 frimaire ; il était suivi de la mise en accusation datée du 26, et c'est le 28, on l'a vu, au moment où le procès allait commencer, que le tribunal avait été supprimé.

1. 25 frimaire an II (15 décembre 1794). Archives, W 499, n* 550, piî'cc 8, et Procèit de Fouquier-Tiimlle, p. 1 et suivanles.

90 CIUP. LIX. — PROCÈS DE FOOQUIER • TINVILIE , ETC.

Mémoires rédigés pnr Foiiquier-Tinville dans rintervalle de sa mise en jugement el de la reprise des débats. Acte d'accusation supplémentaire du nouvel accusateur public Judicis: Fouquier-Tinville ; les juges; les jurés.

Dans le temps qui s'écoula jusqu'à la reprise du procès par le nouveau tribunal du 8 nivôse — et l'intervalle n'est pas de moins de trois mois, — Fouquier-Tinville avait eu le loisir de pourvoir à sa défense. Il publia un premier mémoire où il répond aux principaux chefs d'accusation, surtout au plus redoutable : celui d'avoir été complice de Robespierre :

Si j'eusse trempé, ydisait^il^enfaçonquelcorlquedans cette conjuration, aurois-je, le 10 thermidor, requis Papplication de la loi contre les scélérats Robespierre, Henriot, Dumas, Fleuriot, Payan, Saint-Just et Couthon, tous reconnus pour chefs? N*aurois-je pas été dans le cas d*étre indiqué par eux comme complice, soit à l'audience, soit depuis le jugement? Aucun des conjurés n'a même prononcé mon nom; cependant ni les uns ni les autres n'avoient perdu la parole, et j'ai rempli mon ministère vis-à-vis d'eux, avec le même zèle et avec le même courage que je l'ai toujours rempli vis-à-vis de tous les conspirateurs, parce que ma conscience est pure^

Et il finissait par une déclaration qu'il croyait de nature à toucher sensiblement ses juges :

Je n'ajouterai plus qu'un mot : on peut vérifier au tribunal, on y trouvera la preuve que mon principal soin a été de mettre en jugement les grands conspirateurs ex-nobles et prêtres.

D'après les circonstances actuelles il ne peut rester aucun

i. Mémoire in-4, p. 6 (Bibl. nationale, Lb*«, 1711).

H£NUmES JUSTIFICATIFS DE FOUQUIER. 91

doute sur les véritables motifs de l'auteur de la déclaration et dénonciation contre moi dirigée'.

Il en publia un autre encore (15 pluviôse an 111, 3 février 1795), où it répond non seulement aux chefs d'accusation portés dans l'acte du 25 frimaire, mais à la défense générale de Billaud-Varennes, Collot, etc., aussi bien qu'à la première réponse particulière de Billaud, et il y joignit ses pièces justificatives '.

Le nouvel accusateur public, Judicis, avait ces mémoires entre les mains, quand il reprit l'acte rédigé par son prédécesseur et y ajouta son acte supplémentaire^. Dans cette pièce (4 germinal an 111, 24 mai's 1 79ô), loin de rien retrancher des griefs antérieurement allégués il y ajoutait plusieurs faits qui avaient été ou révélés ou mis plus en lumière par la suite de l'Instruction :

1" Desactes d'accusations remplis de ratures, renvois ou interlignes sans approbation; d'autres présentés en blanc-, d'autres où les noms des accusés avaient été écrits postérieurement d'une autre main et d'une autre encre; où des noms avaient été soit ajoutés en interligne ou en marge, soit rayés el effacés sans approbation;

1. Fauquier-TinTlIlc, Mémoire iii-f, p. 19. — Dans ion rapport sur Tinitilution liu nouveau Iribunil rerolulionnlire {8 nivAse), llerlin de nouai ayant fait illuaion i un acie de préTarication de Fouquier-TinTille [Uoniteur du 14 nivùM, 3 janTicr 1705], Fouquier lui furil k lendemain jjour prolesler <onlre le hit, cl il ajoute ;

■ le le répvle, mon crime c»t d'ivoîr été l'agent de hh ti'op léifres et qu'il n'jloit pas en mon pouvoir île ne fW ci&uler. De 11 les haines et lea i menta. Aus'i je compte parmi tnei Umoiiit un grand nombre de fem autres pnreniï des condamna; ■' T * même jusqu'à dei individus contra il eiiate des icles d'accusation par mcn dresiis. Je vous demande justice

I A.-Q. Fodqhiu. > [Hrchivei, W 500. 3* dossier. 3' pièce.)

t. Dibl. nat., Lb*i laON. Ce mi^moire a é\A réimprimé par II. Cam U Tribunal n-volulioimaire de Pari; t. II. p. 940-288.

3. Archive!. W 409. n* bOO, pièce 10, et Proc^f Fouquier. n' 1, p. 6

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