CHAP. UX. — PROCÈS DE FOUQUIER-TJNVILLE, ETC
Et l'auteur du récit leur prête des paroles qu'assurément il u'a pas entendues.
« Ces discours, ajoute-t*il, prononcés au milieu de tous les symptômes de la rage, ne faisaient qu'augmenter l'horreur qu'inspirait leur présence; lamarche du cortège fut souvent et longtemps retardée par l'empressement de la multitude : le fils leur redemandait son père ; l'épouse, encore couverte des signes de sa douleur, semblait renaître à la consolation en voyant les bourreaux de son époux marcher au supplice. Une femme jeune et belle s'était comme attachée à la charrette qui traînait Fouquier : là, malgré les (lots de la foule qui venaient la presser, et quelquefois l'exposer au danger d'être étouffée, malgré la fatigue extrême d'une marche si pénible, elle ne cessa, les larmes aux yeux et le désespoir sur le front, d'accabler de ses malédictions l'assassin de son époux infortuné.
« Ce n'étaient pas des cri3 d'allégresse qui retentissaient autour d'eux, c'étaient des cris d'indignation et de douleur; leur aspect semblait rouvrir toutes les plaies qu'avait faites leur cruauté barbare.
ff Enfin le moment fatal arriva : le glaive de la justice trancha la tête de ces assassins de l'humanité; Fouquier fut exécuté le dernier; le peuple demanda sa tête; le bourreau la saisit par les cheveux et l'offrit aux regards de la multitude^»
Ceux qui ont insulté les condamnés sur la roule de l'échafaud, ceux qui par leur récit même se sont associés à ces outrages ne pouvaient pas les épargner après la mort. Fouquier faisait oublier tous les autres dans cette
1. Place de Grève, 18 floréal an HI, a H heures du malin (procèa-verbal d'exécution), Archives, W 527. Des EssarU, Procèê fameux, t. III, p. 241-i&42.
LE aUB INFERNAL. 123
terrible expiation, et les pamphlets s'attachèrent plus particulièrement à sa mémoire. On lit dans le Club infernal :
Fouquier entra. La salle était éebirée par des lampions posés dans quaranie-cinq crânes de fermiers généraux. Au fond sur un trépied ardent étai( assis mollement Maximilien Robespierre, tenant sa mâchoire d'une ro^iu et traçant de l'autre avec un poignard le vaste plan d'un cimetière universel. A gauche on voyoit Lubin qui pleuroit, Henriot qui grinçoit les dents, Payan qui se les curoit, Lavalette qui prenoit du tabac, et Coffinhal qui lisoit le Journal yniversel d'Andouin.
A droite FIcurtot se mordoit les ongles, Chaumette récitott un rosaire, Hébert chaufToit ses fourneaux, Dumas prenoit des mouches, SSijas dénmseloit un tigre, Coulhon méditoit un crime; Saint-Just écrivoit^un rapport, et la canaille derrière.
A la vue de Fouquicr-Tinville, tppt le monde se leva, toyt le monde sauta de joie. C'étoit à qui Tembrasseroit. Le voici, le voilà, c'est lui, c*est Fouquier! Où est donc Barère? Où est Billaud? que fait CoUot? tout le inonde parloit à la fois*....
Collot ne devait pas tarder à y apporter lui-même de ses nouvelles. Déporté à la Guyane avec Billaud- Varennes, il y voulut reprendre ses allures révolutionnaires, soutenir contre les blancs une insurrection des noirs: ce qui le fit enfermer au fort de Sinnamary. Pris de la fièvre, on le rapportait à Thôpilal deCayenne; mais, sur la route, comqfie il souffrait de la soif et demandait à boire, on lui donna une bouteille de rhum qu'il aVala et il mourut dans des douleurs atroces. Billaud-Varcnnos, demeuré à Cayenne, eut tout le temps d'y voir arriver ses anciens adversaires, les nouveaux déportés du 18 fructidor. Il refusa Tamnistie offerte après le 18 brumaire, et, quit-