‹ Histoire du Velay (volume 2)Chapitre 2 sur 39 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

SOMMAIRE

Iuilrèt de cette histoire.— Grandes figures qui raniment. — le Sêi§mfr

féodal, — T Eve que, — le Peuple*

Le Velay, placé entre deux grands Etats, ne peut aspirer sans doute à l'importance d'une vaste province ; et si l'on veut apprécier l'intérêt de son histoire par le nombre des pages qu'elle doit contenir, peut-être ne fera-t-on pas une attention bien sérieuse aux épisodes qui révèlent son existence. Mais ce n'est point ainsi qu'il faut voir ce pays ; quelques lieues de terrain ne sauraient, en effet, donner place à ces actions dont le monde s'émeut et qui, pour se

développer, exigent un territoire considérable. — La scène toujours se mesure au théâtre.

Ce qu'on doit rechercher dans nos annales velaviennes , ce sont moins encore de dramatiques tableaux que de fidèles souvenirs sur les mœurs de la montagne, sur cette virginité rustique si honnêtement conservée pendant des siècles, sur ce long isolement qui finit toujours par empreindre le caractère d'une intéressante originalité. Le moyen fait pressentir le but , l'action trahit promptement la pensée dans cette histoire facile que trois individualités remplissent et animent à elles seules : le

SEIGNEUR FÉODAL, — l'ÉVÊQUE, — le PEUPLE.

Le premier , est un de ces châtelains infatigables nés pour la guerre. Ni la nuit ni le jour il ne quitte la lourde armure; sa vie se passe en incessants combats. Il avait reçu son domaine et son titre de la munificence du souverain, il les rendit héréditaires dans sa maison, et finit par usurper un pouvoir qui n'était qu'un dépôt entre ses mains. — Le second, d'abord admis par l'élection populaire, introduit ensuite par les calculs de la politique et les conseils de la sagesse, vient en aide à la couronne dont il se fait le plus utile auxiliaire. C'est par son influence de chaque jour que la monarchie se reconstitue et

reprend sur ses vassaux rebelles une autorité depuis longtemps perdue. L'évèque , comte du pays, est l'antagoniste naturel de l'oppresseur féodal ; il lui résiste avec courage, l'attaque souvent avec énergie, en triomphe toujours avec utilité pour la grande cause nationale. — Le troisième a sa part bien marquée dans le gouvernement civil et militaire. Son organisation est forte et complète ; il a ses milices, ses capitaines, ses hommes d'armes ; il nomme ses consuls et ses principaux officiers municipaux. Les villes sont fortifiées, la communauté travaille avec intelligence , la bourgeoisie est nombreuse, riche, surtout très-jalouse de ses privilèges.

Le châtelain orgueilleux et inquiet porte le trouble dans l'Eglise. Que de fois nous le voyons briser audacieusement les portes du sanctuaire pour le dépouiller de ses trésors ! — Par représailles, le prélat prend la cuirasse, fortifie sa cathédrale, arme des troupes, établit des garnisons dans ses châteaux, marche et envahit à son tour le domaine de l'envahisseur. Des siècles entiers se passent dans cette lutte rivale. L'évèque est puissant , parce que le roi le protège, parce que son église est vénérée ; le seigneur est redoutable, parce que sa tyrannie s'isole et se retranche sur des roches inaccessibles. — De leur côté, les bourgeois ont leurs jours de colère et

de vengeance. Que le joug leur vienne de l'homme d'armes ou de l'homme d'église, s'il se fait trop pesant, on les entend murmurer et la révolte ne tarde guère. La ville n'est pas seulement entourée de remparts pour la protéger contre les attaques du dehors ; dans son enceinte se trouvent aussi de fortes murailles qui la divisent. — En haut : la forteresse, l'église, l'évoque, son chapitre et ses soudarts; — en bas : les consuls, les citoyens, la milice urbaine et cinq ou six grosses tours bien solides. Le suzerain est-il pasteur bienveillant? les chaînes tombent, les portes s'ouvrent, la république consulaire, comme on l'appelait, fraternise avec l'empire épiscopal. Au contraire, le maître laisse-t-il trop lourdement peser son bras? le tocsin sonne et les hostilités commencent.

Voilà sommairement le caractère dominant de cette histoire au moyen-âge ; et cette histoire est celle de tous ces petits centres isolés qui, ne se rattachant que de loin à l'action générale, consument leur existence sans profit, et qui, faute d'aliments à leur ardente activité, épuisent leurs forces et leur courage dans les stériles agitations de que relies intestines.

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