CHRONIQUE DE L'EVÊQUB ETIENNE III , DIT BRISE-FER
Grégoire VII nous n'aurions pu les comprendre. A cette époque la simonie déchirait le sein de TE-
glise, et les décrets des conciles étaient tous remplis d'anathèmes contre ces odieux trafics. Il ne fallut rien moins que la persévérance énergique du Souverain Pontife pour empêcher la mortelle invasion de ce fléau corrupteur des fonctions sacerdotales.
Etienne Brise-Fer se présenta donc à ses nouveaux diocésains accompagné de plus de soldats que d'ecclésiastiques, selon la remarque du frère Théodore. On eût dit la marche d'un chef militaire allant à quelque expédition plutôt que la venue d'un pacifique prélat ; ce qui fit que l'autre usurpateur, Etienne, ne tenta même pas de disputer la place à un si rude adversaire ; il prit la fuite, et depuis ce moment disparut dans un éternel oubli. A vrai dire, celui-ci n'apparaissait que comme une protestation contre la tyrannie menaçante du féodal châtelain ; mais la faiblesse de ses partisans fait voir combien étaient encore éloignés les jours de la résistance. En effet, dès que les plus intéressés à sa cause aperçurent sur le sommet de la montagne quelques casques reluisant au soleil, l'épouvante les gagna, et ils laissèrent choir leur chef du haut du siège sur lequel ils l'avaient porté, pour courir se ranger à la suite de son heureux adversaire.
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Brise-Fer s'avançait triomphalement au bruit des fanfares guerrières et des acclamations des hommes d'armes de son père qui, en lui faisant ouvrir les portes de la ville épiscopale, semblaient dire aux citoyens : Maintenant la crosse et l'épée sont unies, malheur aux rebelles !
Cependant, une aussi brutale entreprise ne pouvait s'accomplir sans provoquer contre l'audacieux de sévères remontrances. Etienne Brise-Fer l'avait bien compris, c'est pourquoi son premier soin fut d'aller à Rome se jeter aux pieds du Saint-Père pour prévenir les censures apostoliques et faire ratifier son élection en exposant lui-même sa cause. C'était alors, nous l'avons dit , l'illustre Grégoire VII qui occupait le trône de saint Pierre. Le pape écouta les explications et les excuses qui lui furent données; il blâma la conduite de l'évêque avec la rigueur qu'elle méritait ; néanmoins, ayant égard au caractère épiscopal dont le suppliant était déjà revêtu et aux serments solennels qu'il lui fit de se soumettre à tout ce qui serait ordonné, le 19 avril 1074 (13 des calendes de mai, indiction 12), il écrivit en ces. termes aux Aniciens :
« Grégoire , évoque, serviteur des serviteurs de Dieu , au peuple et au clergé du Puy, salut et bénédiction apostolique.
» Etienne, votre élu , s'est approché avec l'humilité convenable de notre siège apostolique et a promis obéissance à l'E-
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glise romaine, en joignant sa main à la nôtre ; il a recouvré par là notre affection qu'il semblait avoir perdue. Gomme nous l'avons approuvé d'avoir su défendre précédemment votre église et d'avoir chassé l'usurpateur et simoniaqne Etienne , nous lui avons concédé par ces présentes la direction de votre évéché ; cependant nous lui avons interdit jusqu'à nouvel ordre l'exercice des fonctions sacerdotales, entendant que toutes les attributions spirituelles de son ministère soient confiées à un des religieux évèques de votre patrie. Cest pourquoi nous vous avertissons , en vertu de notre autorité apostolique, afin que vous lui accordiez tout le respect qui lui est dû, et que vous lui veniez fidèlement en aide pour la défense de votre église, jusqu'au moment où, purgés de la contagieuse hérésie simoniaque qui règne au milieu de vous, vous ayez un pontife suivant la loi, et reveniez complètement au service de Notre-Seigneur J.-C. , et de la bienheureuse Marie, sa Mère.
« Donné à Rome, le 13 des calendes de mai , indiction douzième (l). »
De retour dans son évêché, Brise-Fer, fort de la puissante position de sa famille, oublia bientôt ses serments, et ne se fit aucun scrupule de trafiquer ouvertement des choses sacrées ; mais Grégoire VIEavait l'œil fixé sur lui et sur quelques autres pré — lats qui voulaient, en dépit des saints décrets, con- — tinuer impunément l'œuvre de simoniç. Il délégua»— donc dans les Gaules Amé, évêque d'Oléron, et Hu — gués, évêque de Die, pour rechercher et poursuivr^^
(1) Gregoriipapae VU ad ànicienses.— Epistola LXXX, p.lOfc - — Conciliorvm LXXVL
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les coupables. — Dès 1075, ce second légat fit savoir à Etienne que s'il ne faisait cesser immédiatement un pareil scandale, s'il ne se conformait aux prescriptions du Saint-Père quant aux fonctions sacerdotales qu'il exerçait toujours malgré des défenses expresses, lui-même irait l'excommunier au prochain concile qui devait être tejnu à Clermont. L'évêque du Puy parut dédaigner ces menaces et né changea rien à sa conduite ; mais aussitôt le légat prononça contre le simoniaque une sentence d'anathème, et rompit les liens d'obéissance qui unissaient les- fidèles à l'évêque condamné.
Etienne , furieux de la défection que cet interdit provoqua chez un grand nombre de ses diocésains, eut une seconde fois recours aux armes pour triompher violemment de ceux qui osaient lui résister ; frère Théodore dit même qu'en cette circonstance un chanoine fut assassiné. Le fait n'est malheureusement pas douteux, puisque nous le voyons rappelé dans un décret du concile tenu à Rome en 1076, ainsi conçu : a Nous excommunions le simo- » niaque du Puy, l'homicide Etienne, déjà frappé > d'excommunication par nos légats (1). »
Hugues de Die, voyant la persistance de l'évêque du Puy à occuper le siège du Velay, en dépit des exil) Conciliwn romanum III } anno3070.