LA LÉGENDE DE SAINT-AGRÈVE
Depuis assez longtemps le Yelay était la conquête de la foi chrétienne; néanmoins l'idol&trie n'en était
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pas entièrement exilée , et quelques parties de la province qui ne croyaient plus aux fausses divinités étaient déjà infectées des doctrines pestilentielles (1). Il était donc nécessaire d'extirper arec vigueur les dangereuses semences qui menaçaient d'envahir cette terre protégée entre toutes par la mère du Christ. C'est pourquoi , dès que Bénigne fut mort , le pape Martin confia le siège épiscopal d'Anicium à Agrève , riche espagnol de haute naissance , d'un très-grand savoir, et dont il avait personnellement apprécié la sagesse et le mérite.
Agrève vint et fut d'abord bien reçu. Il se mit à parcourir son diocèse, prêchant avec l'énergie d'une âme profondément persuadée contre les fauteurs des nouvelles hérésies. Il ne tarda pas à ramener quelques esprits égarés ; mais hélas ! tous ne se rendirent pas à ses enseignements ; les méchants s'irritèrent de son zèle et tentèrent de le punir de son dévouement à la religion en lui donnant la mort. Pour accomplir ce forfait , ses ennemis subornèrent son barbier, qui devait lui couper la gorge au moment de le raser. Dieu ne voulut pas que ce crime s'accomplît ; il en prévint son fidèle disciple par im pressentiment.
(1) A Martino papa I, consecrationem accepisse : de-
certasse adversus Ârianos ac Etbnicos, quorum impius cultus adhucin Vellavisvigebat, (Gallia chrisUana, t. II, p. 691.)
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C'est pourquoi, quand l'assassin s'avança, son rasoir à la main , Agrève le saisit vivement par le bras , lui dit qu'il connaissait son cruel projet , mais qu'il ne l'accomplirait pas, parce que son heure de mourir n'était pas venue ; puis , sans s*émouvoir, le saint évêque s'assit tranquillement , tendit le cou et ordonna à cet homme de le raser. Le barbier fut si étonné , si épouvanté de cette soudaine révélation , qu'il éprouva un profond repentir de ce qu'il allait faire; cependant il obéit, et, en mémoire de ce miracle, recueillit religieusement un poil de la barbe du protégé de Dieu. — Cette précieuse relique fut, dit-on, donnée par lui à l'église de Grenoble, où son simple attouchement guérissait les maladies du visage.
Agrève, loin de cédera la peur, sentit au contraire son courage se retremper dans cette odieuse tentative , et reprit avec plus de force que jamais ses énergiques prédications. — A quelque temps de là , il fit le voyage de Rome pour conférer avec le Saint- Père sur les choses de la religion. A son retour, passant par un endroit appelé alors Chiniac, aujourd'hui Samt-Agrève, lequel se trouve sur les confins du Velay et du Vivarais , il s'arrêta et donna quelques instructions aux gens de ce pays encore plongés dans les ténèbres de l'erreur. La dame du lieu, qui était une méchante idolâtré, irritée des se-
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vères remontrances que se permettait le prélat , le fit saisir et jeter dans une fosse profonde où on le laissa pendant soixante heures en proie aux plus affreuses tortures. Â la fin de la troisième journée, on le tira de cette prison, on le conduisit au milieu du peuple qu'il avait voulu sauver, et on lui trancha la tête. — Le saint fut immolé au sommet de la montagne sur laquelle est aujourd'hui la ville qui lui est dédiée. Le martyrologe du diocèse fait observer qu'après l'exécution la tête roula jusqu'au pied de la montagne , et qu'à l'endroitoù elle s'arrêta jaillit immédiatement une fontaine, dont les eaux ont été depuis d'un grand soulagement aux malades et ont même opéré de miraculeuses guérisons.
L'Eglise du Puy demeura longtemps affligée du crime qui l'avait privée d'un si ferme appui; cependant DuLCioius, successeur d'Agrève, fit les plus instantes démarches pour obtenir la translation du corps du martyr dans la métropole vellavienne. Le jour où on lui accorda ce qu'il demandait fut une fête pour toute la province. On porta ces restes précieux triomphalement à travers les villes et les campagnes, puis on vint les déposer dans la crypte de l'église Saint-Georges, dédiée à saint Etienne , premier martyr. Ils ne furent pas plutôt livrés à la vénération des fidèles , que Dieu manifesta la faveur qu'il accordait à ces reliques par de nombreux pro-
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diges. On vit Thuile des lampes brftler toujours sans se tarir» et quand les cierges placés autour de la ch&sse se trouvèrent consumés , le fer des chandeliers continua à jeter la même lumière. — Ces circonstances , et d'autres encore tout autant mer^ veilleuses, inspirèrentau peuple laplus grande dévotion envers le glorieux saint Agrève. C'est en mémoire des faits que nous venons de rapporter que l'Eglise du Puy voulut célébrer tous les ans la fête du martyr et le souvenir de la translation de son corps, ainsi qu'il est dit : c Le premier jour de février se » fait la fête de saint Agrippan , vulgairement ap- * pelé Agrève , évèque du Puy et martyr, lequel re- » tournant de Rome , et étant arrêté à vingt-quatre » mille pas de la ville du Puy, par les païens, y subit
» sentence de mort pour la confession de la foi
9 Le 15 octobre se solennise en la même cité le » jour du transport du bienheureux saint.... »