IN IPSO VITA ERAT
Les juifs et les chréUens, vernis au rmlieu et à la suite des temps, ont trouvé la vie en Jésus-Christ en puisa7j,t aux sources divines de l'ancien et du nouveau Testament.
Un second bas-relief, également engagé dans le mur oriental de la cathédrale, représente un lion qu'on dirait immobile. Il semble sortir d'un arbre ou de derrière un arbre dont le feuillage le recouvre. — La pierre est fruste; le motif, en partie effacé, ne permet pas une reproduction et moins encore une description certaine. Le P. Cathary propose cette interprétation :
viRGA est maria; ghristus exiet de radige.
Le Christ est né de Marie (3).
(1) Raban-Maure et Pierre de Capoue^Dtc. monastic, 1. m).
(2) Spicil. soles,, II, p. 33. — Apoc.
(H) Il sortira une tige de la race de Jessé» et une fleur
SCULPTURES STMBOUQUES.
Un troisiëme basrelief, découvert dans des fouilles autour de l'ég-lise , représente trois scènes distinctes.
— A droite c'est un LION , à gauche un
SANGLIER ; ils VOUt l'UU
et l'autre en sens contraire, et semblent terrasser deux ennemis vaincus. Au milieu et en debors de cette double action , l'artiste en a représenté une troisième ; c'est rme chodette attaquée par plusieurs OISEAUX perchés sur .les branches d'un arbre. — Ce troisième n motif se trouve repro-
{s'élèvera de celte racine ;(l9aie, II, 7).— Spicil.
soles, t. Il, p. 388; t. UI, 451-456,
duitdansle Bestiaire chrétien avec une telle ressemblance qu'on croirait qu'ils ont été copiés l'un sur l'autre (1).
n serait difficile de reconnaître l'animal que le SANGLIER vient de terrasser, par conséquent de donner une signification à cette partie du tableau. Si c'est un lion, ainsi que quelques antiquaires le prétendent, comme le sanglier est l'image du péché, on pourrait supposer que de ce côté du bas-relief il s'agit du Christ venu pour la rédemption et mis à mort par la méchanceté des hommes ; si, au contraire, c'est un de ces monstres emblématiques que le bestiaire signale comme attributs du mal, et cela semble beaucoup plus vraisemblable, on lira sur cette pierre le triomphe de Jésus-Christ représenté sous trois emblèmes différents. — A gauche, les méchants s'enfuient en désordre s'écrasant les uns les autres ; au milieu, la chouette (2), esprit d'aveuglement (seconde figure des juifs et des incrédules),
(1) Pour bien se convaincre de l'exactitude de notre affirmation, il faut se mettre sous les yeux les planches du savant ouvrage des PP. Martin et Cahier (Mélanges d'archéologie).
{%..., Del nicticorax (le hibou) a lipoplexdes Juifs la semblance, que il déboutèrent nostre segnor quant vint por els sauver.... et por ce amenerent'ils l'oscurité quant ils ne creirent clèrement la puissance de notre segnor ; et por ce
108 SCULPTURES SWBOUaUES.
est combatta par des oiseaux, emblèmes de la lumière et des chrétieiis ; enfin, à droite , le lion de Juda, le Christ ressuscité, disperse les Juifs sous la forme d'un troupeau d'onagres et les punit de leur ingratitude.
Cette sculpture n'est-elle pas la traduction de ce passage de l'EccIésiasle :
LA CHASSE DU LION, C'eST l'ONAGRG DANS LE DÉSERT.
Le stigmate que le lion porte à la patte droite indique, sans aucun doute, qu'il s'agit de Jésus- Christ après le supplice de la croix. Il a mis en fuite le peuple aveugle [ dura cervice ) qui lui a
resamblent juif le niclicorax; il bal lumière del jor et aime («Qëbres. — Et tôt li olsels l'ont en despit, et tôt crestiens ontjnlf en despit. (Béstiiiie, Mélanges archéol.,t. Il, p. 169.)
donné la mort (1). Il n'y a pas d'équivoque possible. C'est bien le lion qui saisit l'un de ces animaux en loi enfonçant ses griffes et ses crocs dans les chairs; c'est bien ce même onagre que nous avons vu sortir de son sein et s'allaiter à une mamelle céleste. < Ce bw-relief, dît le P. Catbary, est le plus beau,
> le plus conservé comme le plus décisif dans toute
• cette question, et les symboles y sont d'une trans-
> parence qui ne permet plus de douter de leur
* signification.
Deux autres fragments qui, juxta-posés, paraissent appartenir au même groupe, reproduisent tme scène dont l'interprétation est facile. — On
(1) Ecce vicit Léo de tribu Juda. - [ugjte partes adversie.
- Ecce cnicem Domlnl ,
110 SCULPTURES STUBOUQUES.
Yoit une biche fuir à toute vitesse et fouler aux pieds dans sa course rapide des serpents et des hêtes féroces, sans qu'aucun obstacle ne l'empêche d'atteindre le but auquel elle aspire. Deux cerfs attachés à ses pas la suivent avec ardeur; on dirait même qu'elle les guide , car elle est un peu en avant et retourne la tête de leur côté. Un monstre dont il est impossible de préciser l'espèce, puisqu'on distingue à peine une portion de sa tête, est à la poursuite de la famille épouvantée ; il vient de saisir, de terrasser le dernier des cerfs et se dispose à en faire sa proie. Le groupe haletant se dirige vers un arbre au sommet duquel on croit reconnaître un enfant. Toutefois, il faut dire que ce dernier relief est si efTacé qu'il est prudent de n'aventurer à son endroit aucune hypothèse (1).
Ce tableau n'est-il pas l'emblème de l'Eglise , dont la biche est l'image (2)? Elle poursuit ses
(1) Quant à la figure cacbée dans les arbres, dit le P. Ga- Ibary, il est presque impossible de déterminer sa nature, nous n'en parlerons pas. Nous ne serions cependant pas surpris que quelqu'un n'arrivât à voir là une allusion à ce verset du psaume : V/)us avez placé bien haut votre refuge, le mal n'arrivera pas jusqu'à vous.
(2) La biche signifie l'Eglise, — comparaison très-fréquente dans les livres saints.
destinées à travers la route périlleuse de la vie, sans se préoccuper des méchants qui veillent audessous d'elle pour lui tendre des embûches (1) ; les cerfs, les fidèles (2), la suivent partout où elle les conduit, car ils sont témoins de ses sollicitudes. Cependant sa tendresse ne peut les préserver tous des atteintes du démon qui les persécute et sème des périls sous leurs pas.
Cette image allégorique n'est-elle pas la traduction fidèle de ce passage du psaume :
vous MARCHEREZ SUR l' ASPIC ET SUR LE BASILIC , ET VOUS FOULEREZ LE LION ET LE DRAGON.
Enfin, un des bas-reliefs les mieux conservés représente un GRIFFON, cet animal mythologique qu'on trouve sur tous les monuments profanes de l'antiquité et aussi sur un grand nombre d'églises des premières époques (3). — Celui-ci, sorte d'hippo-
(1) Le serpent, c'est le méchant, l'impie... (Math. xxiii,33). -^ Spieil. sol, t. III, p. 88.
(2) Le cerf représente l'homme spirituel , les fidèles : comme le cerf soupire après les fontaines. (Ps. xii, 2.)
(3) On peut voir, par quelques-unes de nos notes, combien l'allégorie du griffon était commune dans les peintures et les
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griffe, offre pimâeiim particularités qu'il importe d'étadkr avec attention. Coaime le monstre antique, il a des ailes et s'abat sur un tanresm qu'il étreint avec puissance. Mais là s'arrête l'imitatiiHi.
Il a la tète du vautour, les oreilles et le corps de l'onagre, les ailes déployées, la criaière roide et crénelée, les parties sexuelles très-accusées.
Aucune allégorie n'est plus exactement interprétée par nos anciens auteurs. Précisément parce que cet animal était un composé d'autres animaux emblématiques, sa signification devenait plus intelligible. Voici comment il est défini dans les bestiaires du
aculptares religieuses des premiers siËcles de l'Eglise. - Melitonda ClefJ.— Spieileg., t. lll, p. 90-402.
SCULPTURES STMBOUQUES. 113
moyen-âge : c Le grippon sencfie diable. Le buef » (ou le taureau) senefie l*dme qui vit en mortel » péché. Et s'il ne s'en velt départir ne retraire, » quand la mort vient (1), lors vient le grippon » des déserts volsHlt qui quiert sa pasture, et prent » la craintive ame et s'en revole vers les déserts a
> tôt (avec elle), et la jette devant ses prochiens. — » Le DESERT senefie enfer, dont il vient volant, — li
> PROCHiEN^ senefient diables qui gisent es déserts ; » c'est ens les ténèbres d'infer où la craintive âme » est ostelée entre les mains de ses ennemis »
Loin de nous la pensée de laisser croire que nous donnions de ces allégories mystiques des explications sûres, précises et même toujours satisfaisantes ; tant s'en faut. Les nombreuses solutions de continuité, les mutilations de tous ces bas-reliefs rendraient cette prétention au moins téméraire. Comment, en effet, espérer aujourd'hui pouvoir fixer le sens de ces fragments épars et presque effacés d'ime œuvre offerte en problème aux contemporains eux-mêmes ? Gonmient oser traduire après douze cents ans ces figures que les conciles et
(1) Les taureaux f ce sont les riches, les orgueilleux, etc. — J^picU,, p». 17.
io
les souverains pontifes condamnèrent à maintes reprises comme confuses , capricieuses et souvent contraires aux textes des livres saints ? Qu'on le sache bien , afin qu'on ne fasse jamais de nos interprétations l'objet d'un reproche immérité, nous ne les présentons que pour montrer le caractère de ces symboliques images. — Ce sera certainement avoir fait un pas dans la lumière que d'être arrivé à la certitude que rien ne se rattache ici par l'idée aux dogmes religieux antérieurs au christianisme.
La forme seule peut au premier abord égarer l'opinion de ceux qui ignorent l'histoire de l'iartdu III« au X« siècle. Il arrive malheureusement, beaucoup plus souvent qu'on ne le pense, qu'un grand nombre d'antiquaires, ou plutôt d'amateurs d'antiquités, prennent pour grecs et pour romains des débris de sculptures, de poteries, de tuiles, qui ne sont rien moins que de ces lointaines époques. C'est parce qu'ils ont peu vu de monuments, peu lu d'écrits de la période mérovingienne , qu'ils commettent les plus étranges confusions à cet égard. Sans doute l'art était en ce temps-là en décadence, l'étude de la figure surtout en constate les plus visibles marques ; mais cette décadence ne se manifeste ni si brusque, ni si radicale qu'elle n'ait ses phases très-marquées. Les églises, les basiUques
sont toujours dans le style grec et romain ; les constructions s'édifient encore par les procédés anciens et traditionnels; on emploie des matériaux taillés ou fabriqués de la même manière. Suivant le pays, les architectes copient avec plus ou moins de bonheur les seuls ornements qu'ils connaissent ; il est môme certains détails purement géométriques, tels que les colonnes, les chapiteaux, les corniches, qui reproduisent merveilleusement les meilleurs modèles. En un mot, le caractère dominant du style latin est précisément de n'avoir aucune originalité architecturale, aucune sève nouvelle, et d'attendre sa régénération en cherchant encore son existence dans les souvenirs de l'antiquité ; souvenirs, il faut bien le dire, qui vont toujours s'effaçant à mesure qu'on s'éloigne de l'ère gallo-romaine.
En définitive nous pensons que les bas-reliefs du montAnis sont des symboles chrétiens, et qu'ils appartenaient évidemment à une église latine dont ils devaient être la décoration principale. A ce point de vue on peut dire que la ville du Puy possède les plus rares et les plus curieux spécimens de l'art au VI« siècle. — Ces bas-reliefs servaient-ils de frise à l'intérieur ? faisaient-ils extérieurement le tour de l'édifice? n'étaient-ils employés qu'à orner le parapet de Y atrium, d'un perron placé
tf4 "Ncnirmis iU M M ugcis.
àtfun rentrée principale? c'est ce qu'a ot kicB itifiicOe de déterminer. Ces sippoâtkns aonl aosn yimtssàAei tes unes que ks antres ; noos ne noos arrêterons de préférence à aucune.
Ces bas*reliels sont certainement d'une époque de décadence de Fart. Cela doit être sUs icpiéscntent des sjmboles de la foi primiliTe, et cda se constate en faisant une élude attentiTe de lenr exécntion. — Très^robablement ils ont pour origine Téglise bâtie par saint Scutaire. Ainsi que nous TaTons démontré, Scutaire, prédécesseur d'Aur^, dut construire le sanctuaire angéliquc en 5S0 enfiron. Cette date se rapporte au tanps ou le symbolisme catholique était dans toute l'ardeur de son développement et aux jours assombris où l'art &ï décadence éroquait les derniers souTenirsde l'antiquité. D*un autre côté, si Ton considère la nature^ de la pierre employée, la place où tous ces débris ont été découverts, Fanalogie de style qui exista entre le fragment d'architrave dont nous avon^ donné la description, ces sculptures aujourd'hui ex — pliquées et le tombeau dont nous allons parler, on n'hésitera plus à les rattacher tous au sanctuaire d^ la légende (1).
^1) Dans toutes les provinces, les évêques des premiers siècles président aux constructions de leurs églises. Omatiiês,
TOMBEAU DE SCUTAIRE
Le tombeau retrouvé de Scutaire complète notre démonstration. Il semble que les artistes du VI« siècle aient voulu inscrire sur cette nouvelle pierre , une fois de plus, les deux témoignages de décadence que nous avons recueillis sur l'architrave de la porte du sanctuaire. Les sculptures sont , ici et là , toujours inspirées des anciennes et bonnes écoles , tandis que les inscriptions subissent les transforma-
habile ouvrier, fait le plan de l'église de Saint- Gervàis, à Paris ; Léon, évoque de Tours, saint Germain, évoque de Paris, sont envoyés par Cbildebert au Mans et à Angers pour y surveiller des constructions ; Âvittts attacbe son nom aux églises de Tbiers et de Notre-Dame-du-Port à Clermont. — Vers la fin du V* siècle, Euphronius fait la basilique de Saint- Sympborien à Autun ; Namacius celle de SaintJulien (suo studio fahricavit, dit Grégoire de Tours). Fereol, évêque de Limoges, Dalmace, évoque de Rodez, Agricola, évéque de Cbalons, étaient architectes comme Scutaire, évêque d'Anicium.
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