‹ Histoire du Velay (volume 3)Chapitre 35 sur 61 · PÈLEEINA6ES DES PAPES ET DES ROIS · texte numérisé non relu

PÈLEEINA6ES DES PAPES ET DES ROIS

SUS (1) et, quinze ans plus tard, à son retour de Palestine, il apporta lui-même au Puy la statue au noir visage qu'il avait reçue du Soudan du Caire. Philippe III, son fils, y accomplit en grande pompe le vœu fait sur les plages lointaines (2). Philippe-le-Bel s*y arrêta quand il revint du Roussillon (3). Charles VI, malade, y demanda la guérison de son esprit troublé , et Charles VU , encore dauphin, mi appui d'en haut contre les intrigues de la cour et les persécutions de sa mère. Louis XI, toujours inquiet , vint par trois fois s'y raffermir contre ses propres terreurs. Charles VII , abattu, sentit s'y relever son courage après les

(1) « Louis, par la gn*^ce de Dieu, roi de France, à ses amés » les doyen et chapitre du Puy, salut et amitié. — Par la j» teneur des présentes nous vous faisons savoir que le jour » même où nous avons reçu la très-sainte couronne d'épines, » qui, au jour de la Passion fut placée sur la léte adorable » de Notre Seigneur Jésus-Christ, et qui nous a été apportée » de Constantinople, nous en avons accordé une épine à

> notre amé et féal Bernard, votre évoque, pour la porter à

> votre église, à cause du respect et de l'honneur dus à la » bienheureuse Vierge.

» Donné à Sens, l'an du Seigneur 1339, au mois d'août. »

(3) n apporta un morceau de l'éponge présentée à N.-S., danssa Passion, ench&ssée dans une croix d'un très-grand prix*

(3) n fit présent à l'église d'un magnifique calice d'or.

150 PÈiraiINAGE DU PAPE ALEXANDRE lU.

désastres dltalie ; et le chevaleresque François I« , délivré de ses . fers , voulut y protester de ses sentiments catholiques en face de TEurope déchirée par les efforts des hérésies naissantes.

Il n'est pas sans intérêt d'assister rétrospectivement, par le récit de nos vieux chroniqueurs, au spectacle de quelques-unes de ces solennelles visites. Si toutes avaient cela de commun qu'elles remplissaient la cité d'une population enthousiaste, protestant à grands cris de son amour et de sa fidélité, chacune portait en eHe le caractère particulier de l'époque où elle avait lieu.

. En 1.162, on s'avança processionnellement à la rencontre d'Alexandre III jusqu'à plus d'une demilieue de la ville. Le Saint-Père attendait avec sa suite. Quand on fut arrivé , l'évêque Pierre IV lui fit une respectueuse harangue les genoux en terre ; le pape répondit , et la procession reprit sa marche pour revenir. Le pontife, revêtu du rochet et du camail, était monté sur une haquenée blanche ; sept cardinaux , plusieurs évêques et al)bés, qui formaient son cortège, portaient la chape romaine et le suivaient sur des mules richement caparaçonnées. La foule était innombrable. Elle s'agenouillait sur son passage , elle s'inclinait la face contre terre pour recevoir sa bénédiction , se pressait ensuite pour le voir

de plus près, pour toucher, s'il était possible , un bout de ses yêtements ; et lui , semblait heureux de cet hommage rendu à son caractère, de cette sympathie universelle pour sa suprême infortune.

En 1394 , quand on apprit Tarrivée du roi Charles YI, on se hâta de faire au Puy les plus dispendieux préparatifs pour le recevoir. On savait tout le luxe qui régnait à la cour et Ton crut qu'on ne pouvait fêter dignement le monarque^ qu'en imitant au moins pour un jour les prodigalités qui faisaient à cette époque un si cruel contraste avec la misère publique. — Le cortège était composé des plus grands seigneurs du royaume. Les écrivains qui . parlent de ce voyage ne fixent pas à moins de deux cents personnes, maîtres ou serviteurs , le nombre de ceux qui chevauchaient ainsi de ville en ville, ou qui se joignaient à mesure à la suite du roi.

Charles VI descendit de sa Utière vers la croix de la montagne de Denise , monta un superbe cheval recouvert d'une housse bleue rehaussée de fleurs de lis d'or , salua la députation qui lui fut présentée par le gouverneur de la province, et sans mot dire, continua sa route vers le Puy. Il avait à ses côtés, comme deux tuteurs, ses oncles le duc de Bourgogne et le fastueux duc de Berry, dont les déprédations avaient été si fatales au Languedoc. Les gens

Tmmxnr*. -Viiiii.jis.^!U. str Isseï vs.<9iiilkiés pv ^ liiiuf nn: rTnmiL 'âne ^kt v«iâl wbbp cfc^ a ême h siu^n j& s^iuanf ds jlns^ps iliilLaii^ — Ans- 5iî;c uLin. zn: un iiins à± jm. ^îBf, les consuls iiairïîrTTc mHKsszs àt st Htt êm rai mmagmiiuat uns -sl ^iiie^ «£ jniaatàssmemr Ithierde YbeznmLicmiiOintTiL oacaniTs nfatArCadmiié.

riTttr'i^ Vî ieaiùiia]: ttsuaoer * mîm; et Ton pouvait lire 2azss:c rxwri sime fC laeaNL oorabien pea rhiVrgsB&mi i:cs «SESixtides par ksqnds on cbRs}%k' z * k ±scnîr?. Sa Bise somftaeast, l'air de fcce de «ex ^ re&:c«rwst, les éhiis joyeox de k miâhitiï^e prsaaéie aor son passue faisaient encore plus ^K34eii»nit ressccCir le ical profond dont les frenétiqises actes iTaîent bissé de sinistres stigmates sur 50Q pâle Tîsçe.

On monta à Notn^Dkame apr^ le cérémonial accoutumé ; le roi, reTétn d'une chape, fut conduit denmt Tantel on fl fit une courte prière. Il était accablé de fatigue et s en alla bientôt se reposer chez le chanoine Chambarlhacqui avait le plus beaa logis du cloître. — Charles \l as^sta le lendemain, jour de l'Annonciation , à une messe solennelle. D fit ses dévotions, resta en prières une partie du jour, s'approcha de la balustrade du chœur pour toucher quelques malades qui avaient les écronelles, et &i

PÈLERINAGE DE CHARLES Vil. 153

sortant déposa au pied de l'autel une bourse pleine d'or. — ^A l'exemple de ses prédécesseurs, il reconnut et confirma les antiques prérogatives de l'église et les privilèges du chapitre. Enfin , voulant témoigner à la ville tout son contentement pour Faccueil qu'il en avait reçu , il l'exempta d'impôts pour trois ans.

Charles VII vint à plusieurs reprises au Puy et dans des conditions bien différentes les unes des autres. Proscrit et fugitif dans sa jeunesse, il n'avait pour escorte que quelques fidèles qui ne le quittaient jamais. Il arrivait sans bruit, descendait à Espaly au château de l'évèque, sans se faire annoncer; et souvent les citoyens ne surent qu'il était venu qu'alors qu'il était déjà parti. — On dit qu'il se trouvait dans le Yelay quand il reçut la nouvelle du trépas de son père et qu'il fut acclamé roi au ch&teau d'Espaly... Quoi qu'il en soit de cette erreur, démentie par ses propres lettres, Charles VII revint après son avènement à la couronne visiter la basilique du mont Anis, et chaque fois la ville célébra sa bienvenue par des réjouissances. Ce n'étaient que tournois, joutes, festins, farandoles pendant qu'il restait au miUeu de cette population qui dans les mauvais jours s'était montrée si sympathique à ses chagrins.

De tous les princes français , sans excepter

154 PÊLEBCCâCE ne loos h.

Cbarlemagne , son fils, et saint Loois kÔHoème, le plus fervent au cnlte de la sainte ¥lerge ce fut sans contredit Louis XI. Son père lui amt inspré cette dévotion dès sa plus tendre enfimoe, et ptusieiirs fois il Favait mené avec lui en pèlerinage à divers oratoires célèbres, particulièrement à cdm du mont Anis. Quand, à son tour, le fils de Gharies VII fut devenu roi, sa plus constante préoccupation fut d'invoquer , dans toutes les circonstances difllcilcs de sa vie , la protection spéciale de l'auguste patronne de ses ancfMres. Les allures exceptioDncilcs de ce prince , le plus habile , le plus rusé de son siècle , sa bonhomie si trompeuse , son esprit si inquiet, si timoré, et pourtant, au besoin, si peu scrupuleux , doimcnt à cette figure historique une physionomie étrange qu'on aime à étudier dans les occasions semblables à celles qui nous occupent.

En 1468, Louis, âgé de 45 ans et depuis sept années sur le trône , commençait à éprouver quelque inciuiétudo de ne point avoir d'enfant mâle ; néanmoins il espérait toujours obtenir par rintercession (1(5 Nolre-Uame ce que la nature lui avait juscpie-là refusé ; il écrivit en conséquence à Jean de Bourbon, év^(|iit^ du Puy , lui demanda de faire faire à cette Intenlion dos prières publiques et une procession (l;é^(^rulo dans laquelle la miraculeuse image de la Vloi^KO nuiiv serait solennellement portée. Sa con-

fut pas déçue. «Lf Itjnîlîes, fi:Sêfi»«mKfv^

» et il y cnt su* ssm passas? àe ^ûàh kdbs )àsi»« » res, tmtdn Tïbuk que daSonveuL TrrrMnrnt , » ainsi qœ pfaiaesm aiï^rs truaipheft ft cèiôMK » iiieiisesdiQs»q!illscxv2 tzTjpkiQfderiifiarier^ » mais dioà sensânt que pea de temps apKS« ht È reine derint enccînle e: mit an monde nn Ditt* 1 phin (I). » Cétait an aïoîs de jmUet liTd que na»

(l) Cbarks, frâ« da rai, cfaei de U Ugat da liai pablîc, TOiait de faire UpiîxiTtc Louis H, «iTiit p^ easpaaise, aa mois de mai 1469, le docbé de Gnieime. En ICM», ee nooveau doc, éleré dans les mtees sentiments rdipeux que son frèfe. Tint en pHerïnafe à ICoHe-Dame da Pqt.— c n lui

> fat faict snnd bonneor à son entrée, rapporte le mtee

> chroniqueur; les Ordres Fallèfent quérir en rOr«doiir ém » Collet, et ceux de l'église cathédrale au Fomrial SaùU^ » Georges, ainsi qu'il est de coutume au sang royal. Les » rues par où il debroit passer forent tendues comme le jour » du Corps de Dieu, et plusieurs belles et nobles hystoires » furent faietes, et plus belles par commun bniit que celles » qui, auparavant, avoient été faietes au portement du saint » Image duquel est ci-dessus parlé. — Il y avoit avec lui » 400 cbevaulx, et il demeura au Puy, faisant ses dévotions, » 7 ou 8 jours. Un soir entr'autres, il veilla dans Téglise » Notre-Dame et y ofifrit un moult beau cierge de cire, et au

> saint Image donna une robe de velours en or baltu, avec » ses armes. Ce'" bon seigneur étoit clerc, il visita soigneu-

i3S HLmKtfZ H

^nx ie grrrar!» ûnt (feûé. et troB Mois iprts, b raae. accomoaKBiîe it h Aiilifw de Boorbon ^ efiExe ioffis ncm&raK. nit en pHoînazc à y^^tn-DoïK ia Ptrr. o« dlr fol reçue x^^c tocs les hoozsean éas à répoose fan sou-

L» znv» et izficesBazifies affaires romles n'anient poôu enccTe perms i LûOB 3a de céder à son pieox désr de T^nîr hn-méme s'azenocxflkr anx pieds de Tazitel de sa prctectrice. Toafefoè, profitant de quelques joors de calme, il quitta brasqoanent Piuis et sa eoar poor ajccomptûr ce que sa conscience loi imposait comme mi devoir. En eliet, ce n'était pas seulement mi fils qa'il devait à Tassislanoe delà Tîerge anicienne* c'était sa lie qui par die avait été miraculeusement saorêe. S*il Cuit en crnre le firëre Théodore , oa plati>t Robert Gagnin . neil historiographe du temps . certain Rhénon , pressé par le prince d'Orange, partisan déToaé dn doc de Bourgogne, s'était engagé à empoisonner Louis XI, et il était même à la Teille d'accomplir son criminel projet , lorsque le bâtard de Chàlon , informé à propos , fit arrêter , fit saisir le coupable qui était un de ses sujets, et ordonna qu*il fût jeté dans une

» sèment la bibliottièqne de Fierre Odin. officiai du Poy, et 9 à son départ, reçut de celui-ci un petit Urre. >

basse fosse en attendant son supplice. Rhénon s'attendait d'un moment à l'autre à mourir; cependant, son repentir , ses aveux , et surtout sa confiance en Notre-Dame du Puy , à laquelle il eut recours en ce péril extrême , lui valurent sa grâce , et déterminé* rent le roi à aller visiter sans plus tarder l'oratoire vellavien.

Ce fut le 7 mars 1475 que Louis XI, depuis trois semaines en route , arriva sur les hauteurs de Fix, à trois lieues environ du Puy (1). Suis la troupe d'archers qui l'accompagnait, il eût été difficile de retrouver dans cette compagnie silencieuse qui cheminait ainsi à petites journées l'escorte d'un roi de France. Les plus grands seigneurs se distinguaient à peine des simples officiers de service ; et le maître , le plus modestement vêtu de tous , ne se reconnaissait lui-même que parce que de temps à autre il faisait arrêter brusquement le cortège pour interroger les laboureurs, pris à l'improviste au milieu de leur travail , sui* la prospérité du pays , sur les souffrances et les besoins du peuple. — Quand il descendit dans l'hôtellerie de ce village encore tout couvert de neiges , il trouva pour le recevoir

(i) Arnaud commet une erreur quand il fixe ce premier pèlerinage en 1476. Louis XI vint au Puy en 1475, au mois de mars, et fit un second pèlerinage l'année suivante au mois de juin.

IdS VEUSOkàAE K L0OS II.

uDf âêpntatîoii du rhapÂtre de Téglise cathédrale , compostée, en FalKence de levèque, son chef, de J-Jc^urs dr (>.jc.çar, doyen, de Pierre de Neuville, chaDoine, el de iNrmr iTdtn. atibéde h collégiale de Saînî-Vo5T. Cène doputation lui fiil présentée par le CTand chamK^llan . Chartes de Lafayette. — AussiiM qu'ils furent devant le roi , ils se mirent tous à inenoux, et Pierre Odin prononça cette haranstie:

* T.'ifT Tw-»< y^ iiiiicî'jt^s el olieyssants semteun et ora* * leurs de vct>L'^ s&îDrtf ec!;?* du Puy, les quels sont Tenus

> îrî au deviaî ie vc»sîre rc-ysîe nuijeslé. pour tous faire la

> TéTéren:» que vcus fst deùe ft ipiiirtiait, et pour tous » pivsecirr le* l':en>, udi <p:rit3eî5 que tempords, de Tostre i ûiçit ézX.y». Il k T:us.i>i»tres:uA-eràiii et naturel seigneur,

> ;«>eiir;L.s]es tjf:> de ii.i>'.re cùcislre du Puy, de la rodie

> de C jni^îLe e; de Siir^î Mir^eî. T::i< rf-mercions des biens i ihîTXs piT T?'is en iKHe n:'Stre è^îise. et vous prions très i fcUŒiîe^eit Taiî T^u5 pî lise avj-ir 5 celle, ensemble sessup- 1 posU, en Tostre singulière commiDditi:^. Qu'il tous plaise i au&H kjr coautander v^s a^reaWes plaisirs, pour iœulx

> u^jUàylir, aydant Nostre Seigi^eur et ^a benoiste Mère; 4 que pif leur sâincte rri:e vous dcnne pr:spêrilê elTicloire

> de parrenir an dessus de tos besongrîes. el vous donner

> bonnf; vie et loszue. *

Le roi répondit :

« Messieurs, leyez-yous, soyez les très bien venus. Je vous 9 mercie de l'offre que faictes à ma personne, que rien ne » vaut, et vous représente que si y a chose que puisse faire » pour eette saincte église, dictes le moy, ou me le balliez » par escript, et je y ferai le possible, pour Tbonnenr de » cette benoiste Dame, la glorieuse Vierge Marie, qui m'a » fait tant de bien. »

Au nom de Marie, le roi fléchit le genou et se découvrit la tète ; puis, refusant de prendre les clefs qui lui étaient offertes, il ajouta :

« Vous les avez bien gardées jusques icy , gardez les encore » car en vous je me fie. »

Il congédia ensuite la députation en disant :

« iMiez vous en, et ne venez pas au-devant de ma personne » avec procession: ne sailiez hors de l'égUse, mais tenez- » vous à la porte d'icelle , et quand je serai illec où veux » aller comme pèlerin et à pied, dictes le Salve Regina. »

Immédiatement après la réponse de Louis XI, les délégués du chapitre se retirèrent et vinrent en toute hâte au Puy afm de disposer les choses ainsi qu'il avait été convenu. De son côté, le roi se mit en marche pour faire la route à pied ; et quoique le temps fût mauvais, quoiqu'il y eût pour quatre grandes heures de chemin, il se présenta, environ sur

le milieu du jour, accompagné d'une soite oon sidérable-, devant le portail de Pannessac qui, ains; que les autres portes de la ville, avait été décoré pour cette solennelle occasion. Il fit son entrée modestement à pied, traversa rapidement les rues de Pannessac et de Raphaël, monta par la rue des Tables, longea les murs du cloître du côté du midi, et quand il fut sous le porche de Notre-Dsme, celui qui est près de l'église Saint-Jean des Fonts baptismaux, le clergé qui l'attendait le reçut en se conformant à ses ordres.

On lui présenta un costume de chanoine qu'il accepta , et dont il fut aussitôt revêtu par le seigneur doyen; puis, avant de passer le seuil de l'église, il demanda à haute voix à Messieurs du chapitre de vouloir le relever du vœu qu'il avait fait de ne pénétrer dans Tangélique sanctuaire que les pieds nus. Sa demande lui fut accordée sans obstacles. Alors les prêtres se mirent à entonner le Salve Regina, il entra processionnellement à leur suite, se dirigea du côté du chœur, et commença par venir déposer aux pieds de la statue de Notre- Dame une bourse de trois cents écus d'or.

Ce fut le vendredi, à deux heures de Taprès-midî environ, que le roi entra dans la ville. Il prît gîte un jour dans la maison de messire Gaspard Maurin, doyen, et le lendemain dans celle du trésorier du

FÈLERINÀGE DE LOUTS XI. 161

cfaapiti^. — n séjourna le samedi, le dimanche, et partit le Imidi après dîner.— Chaque jour il entendit trois messes, à chaque messe il offrit trente-un écus d'or, et chaque fois il se montra constamment vêtu du costume des chanoines. — Enfin, avant de 8*éloigner, il fit don à l'église d'un précieux vase de cristal orné de perles et de pierres précieuses, destiné à la célébration du saint sacrifice le jour des fêtes de la sainte Vierge. En le remettant , il recom* nsanda qu'on eût le soin de faire graver sur ce vase cette courte inscription : Luoovicus Frangobum rex. JDe plus il fit restituer aux chanoines 600 grosses réales qu'il se souvint de leur avoir empruntées lors des disgrâces de sa jeunesse ; et pour reconnaître la façon gracieuse dont ils l'avaient reçu, il confirma leurs anciens privilèges qu'il augmenta de celui du comfnittimiLS aux requêtes, avec injonction à tous les juges d'user envers les débiteurs du chapitre des mêmes contraintes que s'il s'agissait des siens propres. Il ratifia aussi certains droits particuliers à la maison de Saint-Mayol, laissa trente* mie pièces d'or pour l'égUse Saint-Michel, quinze pour l'hôpital, et fit de grandes largesses aux couvents et aux pauvres de la ville. — Après cela, il partit (1).

(I) C'est le secrétaire du chapitre du temps, Pascaiis, qui

A peine fut-il de retour à Paris, ajoute le trère Théodore, qu*il envoya une o£Erand^ (de 1,200 ècoft d'argent, et de 100 marcs en lingots) destinée à la fabrique d'une niche ou reposoir pour la Sainte Image ; surcroît de bienfait qui inspira la p^osée de trois processions consécutives pour demander à Dieu la conservation de la personne du roi et de tous les membres de sa famille. — L'abbé de Saint-Yosj étant allé en Touraine l'hiver suivant, lui présenta de la part du chapitre une petite figure de Notre-Dame, en or. Chacun pensait qu'après l'avoir examinée Louis XI la donnerait à la reine; mais il la baisa pliïsieurs fois dévotement , et la fit de suite attacher à soft chapeau en disant qu'il gardait celle-là et qu'il se^ rait bien aise d'en avoir une pareille pour sa femme.

L'année d'après , quoique mal portant , et peutêtre même à cause de cela, le roi fit un nouveau pèlerinage au Puy. Cette fois , il y resta neuf jours pour y accomplir une neuvaine entière , et il ne se montra pas moins libéral qu'à son précédent voyage. Son premier soin fut de faire publier une indulgence de trois cents jours qu'il avait obtenue du Souverain Pontife en faveur de ceux qui réciteraient VAngelv^, à midi.

a couché tout ce que dessus au livre du secrétariat, de l'an

1475 , fol. 2.

VÈLESmAGB DE FRANCO» !«. 163

L*«atrée de François I« fut d'une magnificence sans pareille et surpassa de beaucoup ce qui s'était YU jusqu'à ce jour. — Le jeudi, 17 juillet 1533, il est au ch&teau de Polignac , quand on vient lui annoncer que la ville envoie à sa rencontre une députation de ses principaux notables. Ce sont les consuls en grand apparat, les corps de magistrature , présidents , baillis , juges , avocats , docteurs et licenciés, les marchands et les bourgeois, tous richement vêtus et précédés de trompettes et de sergents. Le roi s'empresse de monter à chevi^. n est accompagné du dauphin, du duc d'Orléans, du duc d'Angouléme , du légat, du cardinal de Lorraine , de Messieurs de Yendosme , de St- Pol, de Tonnère, de. Montmorency, de Villard, des évêques de Paris, de Lizieux, de Clermont, d'Arles, de St-Flour et du Puy. A ce cortège se joignent encore les ambassadeurs des principales puissances, lies vicomtes de Polignac , tous les barons du Velay, sans compter une foule de grands seigneurs, comtes, vicomtes, chevaliers, gens d'égUse et gens d'épée j qui ont désiré faire ce pieux pèlerinage en si brillante compagnie.

Aux limites de la ville, François l^ est conipUmenté parmaltre Jacques David, docteur et juge au bailliage, qui lui est présenté par M. de Montmorency, gouverneur du Languedoc. — La harangue fut, dit-on,

fane extrême lougimir; mis h rtfOosB est comte: c M esskors, dit-iL je foos lem ei ti e de ^otre bon » Tookir dont je sois depuis longtemps infdrmé. » Croyez qa'en ce que je ponirai, je iroos fend de » boa cœur plaisir. » — Pois, à partir de cet endmt jusqu^à la porte de Té^ise c'est une ovation qui dore pins de deux grandes heures. On marche^de surprise en surprise. A chaque pas ou rencontre des arcs de triomphe, des guirlandes de feuillage, des devises , des échafouds sur lesquds de charmantes jeunes filles aux costumes allégoriques représentent les sciences, les lettres, l'honneur, h Cû, la justice et disent tour à tour au gracieux monarque de frat* ches poésies composées pour lui fdaire. Un rondeau lui est récité par Vamour et h fidélité qui lui oÊteat les clefs de la ville ; l'/ionneur et la vertu le félicitent ; un peu plus loin c*est la république , c'est Mi" nerve, ce sont les sept arts libéraux. — La foule inonde tous les abords ; c*est et grande peine que le cortège peut lui-même avancer. Les toits des maisons sont chargés de monde , les cloches sonnent, les trompettes retentissent, des instruments de musique se mêlent aux voix et remplissent d'accords les rues et les carrefours. On chante , on crie , on jette des fleurs du haut des croisées; partout flottent aux vents des draperies aux couleurs de France ; on ne voit que bannières, on n'entend qu'une clameur

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