LE COUTE
Prenez tout à vôtre désir, Puisque vous avez la licence.
LE ROI (plus indécis).
Quel chose pourrais-je bien choisir Qui soit bien de magnificence?...
Enfin, il se décide pour la petite statuette, qui est une image de la Vierge sculptée par Jérémie lui-même, qui sut
Long^temps cette sombre figure resta, comme mi ex^oto, exposée sur un des côtés de l'autel. Le peuple ne la regardait qu'avec un sentiment de respect et de crainte. Sa forme étrange excitait la curiosité, ce qu'on racontait de son origine lointaine et prophétique l'entourait d'un mystérieux prestige. Pour satisfaire l'impatient désir des fidèles, on la promena triomphalement à travers les rues de la yille quelques mois après que le roi en eut fait hommage (3 mai 1255], et la foule accourue de toutes parts fut si énorme en cette circonstance que jamais les annales du Velay n'eurent à enregistrer un plus lamentable souvenir. S'il faut en croire le chroniqueur Hédicis : < pour ce malicieux et maudit désordre , » dit-il, en cette dure oppression, plus de quatorze » cents personnes y finirent leur dernier jour. L'un ^ y mouroit sur l'autre. Beaucoup y trouvèrent là » leur père, leur mère, leurs enfants, neveux, amis, » compères, tous roides morts les uns parmi lés au- 9 très, ce que causa de grands deuilhs et telle tris- » tesse que , par prolixité de paroles, ne sauroient
prophétiser les traits de ia glorieuse Mère du Sauveur. — Et l'auteur termine en disant :
Gompaignie très honorable Avez veu et ouï aujourd'hui Comment ce bon roi tant notable Porta ce sainct image au Puy.
» estre racontables. » — Cet événement, aaquelon légua le nom de Jov/mée des trcmsits et dcmt la mémoire funèbre s'est conservée d'âge en âge par un office annuel, contribua singulièrement à accroître la renommée de la statue apportée du Caire. Puis enfm, quand saint Louis eut rendu l'àme sur la lerre des martyrs où sa foi l'avait entraîné de nouveau, quand l'admirable histoire de sa vie et celle plus admirable de sa mort (1) furent mieux connues de tous; sasagesse, son patriotisme, sa sainteté transformèrent en relique sacrée ce dernier monument de son héroïque piété.
On comprend par ces motifs pourquoi la Sainte Image devint si chère à notre église , pourquoi on l'environna toujours d'un si pompeux appareil quand on la sortait pour les grandes réjouissances ou pour les grands désastres ; pourquoi Philippe-le-Hardi et ?hilippe-le-Bel, fils et petit-fils de saint Louis, eurent en si profonde vénération ce témoin des mal-
(I) Etendu sur la cendre, il lendit les mains au ciel et s'écria: « Beau Sire Dieu, merci de ce peuple qui ici de- ^' meure. Reconduis le en son pays afin qu'il ne tombe en la » main de ses ennemis et qu'il ne soit contraint de renier » ton saint nom.... puis il soupira et dit en rendant l'âme: > Jérusalem! ô Jérusalem!... » (Pétri de Condeto épis, ap, Spicllegium.)
LA SAINTE IBIAGE. 203
heurs et de la résignation de leur père ; pourquoi Louis XI lui demeura si fidèle ; pourquoi on voulut l'invoquer exceptionnellement, dans une procession publique, lors de la captivité de François I«r, et pourquoi ce prince voulut, comme saint Louis, comme Philippe III, chanter dans la basilique du mont Anis le Te Deum de la délivrance. — Et pourtant, cette précieuse Image qui, pendant 539 ans fut la sauvegarde, la richesse de la province, et que cette raison seule aurait dû protéger, tomba victime d'un brutal vandalisme. Arrachée de l'autel pour être jetée dans la charrette du boueur, on vit, un jour de 1794, une populace stupide se ruer toute joyeuse autour du bûcher qui consumait un objet si vénéré, et n'avoir, après tant d'amour, que haine et que mépris pour cette reUque sacrée de la science et de la foi.
Nous terminons cet ensemble de documents par celui qui est le plus intéressant, le plus décisif sans aucun doute ; nous voulons parler de l'étude qui fut faite en 1777 de la Statue elle-même par un des savants les plus distingués du dernier siècle, par Faujas de Saint-Fons à qui l'évoque et le chapitre confièrent le soin d'en faire une exacte et minutieuse analyse.