CHAPITRE IX
Au-dessous du chapitre, de ce sénat de Téglise, vivaient dans l'ombre et dans une condition trèsmodeste quelques clercs qui se qualifiaient du titre de chanomes; mais ce titre ne pouvait être pour eux une cause d'orgueil, car ils le complétaient par le mot de paupérie , et ce correctif obligé indiquait assez qu'ils n'avaient que le nom de commun avec les seigneurs du chapitre. Cependant, s'il faut en croire une charte dont la copie est déjà de bien vieille date, c'est Charlemagne lui-même qui, dans un pèlerinage, créa dans la basilique du mont Anis une congrégation de dix religieux qu'il nomma chanomes pauvres* Il jugea nécessaire de fonder
su LES aUMODIBS PAUVRES.
crur lustitutioo, parce que lors de rirruption des NHvni7iD> quelques chanoines titulaires s'étaient • ..:ui> rpouvantés, abandonnant leur église aui -■ - T i<> W'tes féroces. Indigné d'une si .H.îir tîtsiilltiri. iioiv-seuleuient le pieux empereur '.•;.i;: t.nuior la pennanence de la prière en doniiaii: MVi\ rlian(»in<s pauvres la place de ceux qui ii^iuriii quiitê leur communauté, mais, dit la charte, û lui plut d'octroyer à eux seuls les aumônes que lo i»rincos chrétiens a^'aient coutume d'envoyer de io;îîo> los parties du monde (1).
11 est dinicile de comprendre tant de largesses |KMîr uîio }KT,j}'k'rir qui toujours resta si pauvre; et Ton >*o\])liqi]o bien moins encore conunent la nou- \ollc conipaimie fut dans tous les temps maintenue A imr >i n^]vctiHniso distance, alors que sa dotation iMvn^ïôiv l'aurait n*ndue au moins égale au chapiîiY. t ojv ndant. il faut bien le reconnaître, cette >n<tMuti.>n t^î fort ancionno. On en trouve des traces
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ilo 1 Ni^loirf àt Lan^vi^c ne >eaiblenl pas en avoir entendu
■ - *«,.jmu^. C'est seulement dans un almanach mo-
; à là fin du IVIIl^ siècle par l*abbé Laurent,
don sérieusement de cette lettre.
aux Xin* et XrV* siècles. — Un tombeau conservé dans la chapelle -du grand clocher de Notre-Dame et qid porte sa date, ne laisse aucune incertitude à cet égard. Sur la pierre de face sont sculptées six arcades trilobées contenant chacune un motif. On voit : dans celles du milieu, à gauche, un personnage représentant sans doute le défunt, et à droite, des armoiries qui devaient lui appartenir ; dans celles des extrémités, des écussons emblématiques ou armoriés surmontés l'un du nom de celui que recouvre la pierre, l'autre de son titre can; dans les arcades intermédiaires une large fleur de Us ; enfin, dans la bordure d'encadrement, cette inscription gravée en creux sur une seule Ugne :
anno dni : mcccxui '. fecit '. hoc sepulcru : face '. lohes ! bruni: can :s...ilie
En retour a droite :
ANiai PAUPER : CAN.
n est probable que les chanoines pauvres furent fondés fort anciennement pour augmenter le nombre des clercs attachés au service du chœur (1);
(1) Théodore reproduit douze articles du règlement de Clément IV (de 1268) et traduit ainsi le III* : Que les chanoines PAUVRES, les choriers et les sotts-choriers, ne puisserU s"ab- $$nterpl%t8 de trois fois entme semaine de matines.*. Qu'ils
316 LES CHANOfRCB PAUVRES.
peut-être aussi dans le but de suiyre avec assiduité les offices de nuit que les chanoines sécularisés du moyen-âge pouvaient souvent négliger, ainsi que permet de le supposer le règlement disciplinaire da pape Clément IV. Quoi qu'il en soit, l'examen impartial de la prétendue charte de fondation, (jui place l'invasion sarrazine si loin de sa véritable date, fait craindre que les bons religieux n'aieuC voulu, à une époque de mécontentement, se donner en noblesse ce que le chapitre leur refusait en libéralités. Voici ce document :
Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.
Cbarlemagne, sérénissime, auguste et pacifique, couronné de Dieu, empereur des Romains, et par sa miséricorde roi de France et de Lombardie, à tous les fidèles présents et à venir :
Qu'il soit notoire que nous sommes dernièrement venu visiter la paciflque. très-sainte et angélique église de Notre- Dame d'Anis ou d^u Piiy, bâtie et édifiée par Vosy, d'heureuse mémoire, son premier évêque. Ce saint oratoire a conservé depuis son établissement jusques à aujourd'hui, comme du temps des Apôtres, la foi catholique pure et sans tache d'hé-
assistcnt a toutes les heures, parce que c'est la fonction spéciale h laquelle ils sont destinés ; — qu'ils soient principalement a la Grand' Messe entière, a Prime, h Nones, a Vêpres et a Complies ; et que s'ils ma/nquent a l'un de ces offices, ils soient privés de la moitié de leur rétribution, ou si a dexLx ou h plus, qu'on leur ôte encore l'autre , h moins que quelque cause juste ne les excuse.
résie, qu'il a reçue par le ministère de saint Georges que les ApOtres envoyèrent dans ces pays situés le long de la Loire, par préférence aux autres pays de France. C'est aussi dans cette basilique qu'on honore de la façon la plus digne le sacré prépuce de Jésus-Christ, la dédicace admirable de l'Eglise et les reliques des Saints.
C'est pour honorer toutes ces choses que nous sommes venu en pèlerinage dans cette église et pour implorer la miséricorde de Dieu. Nous nous sommes prosterné la face et le corps contre terre, les pieds nus, devant le saint prépuce de Jésus-Christ, devant la chaussure de sa très-s;\inte Mère ; nous avons fait nos humbles prières au roi des rois qui donne et qui ôte les royaumes du monde quand il veut» comme il veut, sans avoir égard au mérite des personnes, pour obtenir, s'il est possible, qu'il daigne conserver notre vie, notre empire, le royaume de France, et surtout la foi catholique et romaine parmi les peuples qui sont conûés à notre empire, et dont le nombre égale celui des grains de sable de la mer qu'on ne saurait compter. Nous mettons en lui toute notre confiance, par l'intercession de la miséricordieuse Mère de Notre-Seigneur Jésus-Christ.
Pour augmenter le culte divin qu'on rend à Dieu dans cette basilique que les fidèles viennent visiter de toutes les parties du monde, et pour implorer la miséricorde de Dieu par l'intercession de la très-miséricordieuse Mère de Jésus-Christ, — de notre autorité impériale et royale reçue de Dieu, nous créons, dès à présent et à perpétuité, dix chanoines pauvres dans la communauté et église du Puy. Ces chanoines seront choisis parmi les clercs qui servent dans ladite église ; ils assisteront au chœur avec les autres chanoines de la même communauté et de la même église, pour prier Dieu pour nous, pour nos enfants et pour l'augmentation de l'Eglise
apostolique et romaine ; ils chanteront avec eux les divines louanges dans le même lieu. — Quoiqu'il y ait d'autres chanoines dans la môme communauté et dans la môme église; considérant que plusieurs, lors de l'irruption et de la persécution des Sarrazins, ont abandonné ladite communauté et ladite basilique sans tacbe aux morsures de ces lions, de ces bêtei féroces, pour être déchirée, si elle n'avait été préservée par une protection divine et l'assistance de la très-miséricordieuse et immaculée Marie, nous donnons aux chanoines pauvres les places de ceux qui ont abandonné ladite communauté et ladite église et leur donnons aussi les aumônes que les princes chrétiens ont coutume d'envoyer de toutes les parties du monde.
C'est pourquoi, mes enfants les chanoines pauvres, soyez fervents dans votre rang, chantez de cœur et de bouche, ouez et bénissez dans le chœur avec les autres chanoines de la môme communauté et de la môme église, comme i* convient aux ministres de Jésus-Christ, qui rendra à chacoo abondamment.
Et afin que la création des dix chanoines pauvres, dans ladite commilnauté et dans ladite église ait la force qui convient au nom de Dieu, et qu'elle subsiste dans les temps à venir, nous avons ordonné qu'elle serait signée de notre main et scellée du sceau de nos armes marquées sur notre anneau.
Sceau de Charles très-pieux et très sérénissime empereur.
JACOB, pour le secrétaire.
Donné le quatorzième des calendes de janvier, Tannée troisième de notre empire, par la grâce de Jésus-Christ; la trente- sixième de notre règne en France; la trentième en
Italie; indiction XI.— Fait à Aix-la-Chapelle en Allemagne, dans le palais royal, beureusement. Ainsi soit-il (1).
Nous avons dit ailleurs combien on aimait au moyen-âge à rattacher à Charlemagne les institutions aux origines oubliées. Ce puissant et saint fondateur était la source de toutes les noblesses. A l'appui de cette opinion nous avons cité la création de Févêché de Gironne; nous venons de voir celle des chanoines pauvres; nous terminerons en rappelant une chronique puisée dans notre histoire, et relative au comté de Bigorre.— En 1062, Bernard I^^^, comte de Bigorre, était venu à Notre-Dame du mont Anis avec sa femme et une compagnie de nobles seigneurs. Dans ce pèlerinage il mit sa personne et son comté sous la protection de la Vierge Marie, et constitua à l'église du Puy une rente perpétuelle de soixante sous morlans , payable chaque année au chapitre sous peine d'excommunication et d'anathème contre ceux de ses successeurs qui s'y refu-
(1) Tandis que nous voyons dans ce titre les chanoines pauvres attribuer leur fondation à Charlemagne, précisément parce qu'il avait été indigné de la désertion des chanoines réguliers ,- ceux-ri à leur tour, et probablement pour neutraliser cette fâcheuse inculpation, se reportent au même temps et prouvent que l'empereur les tenait en telle estime qu'il ne voulut fonder l'évôché et le chapitre de Gironne qu'avec leur assistance.
seraient. — Le fait est bien simple et surtout bien positivement établi dans une charte authentique de Bernard; cependant il a fallu qu'il subît la plus étrange altération en passant par la chaude imagination de nos chroniqueurs du moyen-âge. Voici comment il est narré dans Tavant-propos d'un manuscrit du Fort de Bigorre, conservé aux archives royales de Pau. — « Gharlemagne, roi de France » et empereur romain , se rendant en Espagne , » passa par le Bigorre qu'il soumit. Il éprouva néan- » moins une grande résistance à Lourdes , que » tenaient les Sarrazins sous les ordres de Mirât. Le » château nommé alors Mirambel était prêt de se » rendre faute de vivres, lorsque par la faveur de » Notre-Dame du Puy un aigle y apporta dans son » bec un grand poisson. Mirât envoya aussitôt ce » poisson à Gharlemagne pour lui montrer qu'il » avait encore des ressources ; mais Tévêque du Puy » n'y fut point trompé, et il proposa une capitula- » tion que Mirât accepta. Le Sarrazin se reconnut » vassal de Notre-Dame du Puy et donna à l'éyêque » une poignée de foin pour lui tenir lieu de recon- » naissance. Gharlemagne ayant ratifié le traité, T> Mirât et tous ceux de sa suite, portant au bout » de leurs lances des bottes de foin , furent au » Puy pour y faire hommage à la Vierge et y rece- » voir le baptême. Mirât prit alors le nom de Lorus,
» d'où vint à son château celui de Lorde. Les comtes
» de Bigorre portaient depuis ce temps à Notre-
» Dame du Puy, lorsqu'ils allaient y prendre leur
> chevalerie, des bottes de foin coupées dans le pré
» du comte de Lorde jusqu'au temps de Centalle
» qui, l'an 1118, transforma la redevance de foin en
i> une redevance de soixante-quatre sols morlans. »
Il en est de la prétention des chanoines pauvres et du chapitre de Notre-Dame du Puy, comme de celle pompeusement éternisée dans la fameuse inscription du monastère de Mont-Major. Elle aussi portait que l'empereur avait été obUgé de venir en personne à Arles, pour aider à l'expulsion des Musulmans, et que ce fut pour célébrer ce triomphe que le glorieux souverain avait fondé l'abbaye. Or, il est prouvé, avec plus d'évidence encore, que le monastère prit naissance cent cinquante ans au moins après cet événement. « Il est donc certain, dit » M. Renaud, que le faussaire, en fabriquant l'in- » scription qui reposait du reste sur des bruits » alors populaires, avait surtout en vue de faire T> croire le monastère plus ancien qu'il n'était » réellement, et de lui donner ainsi une origine » qui ne lui appartenait pas. »