‹ Histoire du Velay (volume 4)Chapitre 19 sur 131 · MONUMENTS REUGIBUX DES DRUIDES · texte numérisé non relu

MONUMENTS REUGIBUX DES DRUIDES

PEULVAN

Ce n'est pas après avoir vécu dans d'intimes rapports avec les Grecs et surtout avec les Romains que nos pères élevèrent à leurs dieux ces dolmen, ces peulvan, ces trilithes, de forme si naïve , d'exécution si grossière. De tels monuments n'appartiennent pas à cette génération gauloise vantée par sa promptitude , par son habileté à imiter ce qu'elle voyait de beau ; ce sont des œuvres primitives et lointaines

78 PEULVAN.

dont rorigîne se rattache à un état social et à un culte que le vainqueur des Gaules n'a point décrits. — César rédige ses mémoires cinquante-un ans avant Tère chrétienne. Il raconte la situation présente sans se préoccuper du passé. Les druides dont il parle adorent Jupiter, Mars , Minerve et Apollon , se prosternent devant les statues de Mercure, et depuis longtemps ont déserté les rustiques autels sur lesquels le dieu de l'univers recevait seul autrefois de sanglants sacrifices (1). Il ne faut point par conséquent chercher dans les Commentaires l'explication de ces instruments de métal oa de pierre , de ces immenses tables de lave ou de granité apportées sur le sommet des montagnes , de ces excavations creusées dans l'épaisseur des roches et maintenant en ruine ; ce sont des débris qui se rapportent à des époques antérieures. L'archéologue doit avant tout se rappeler que, déjà sous le règne de Tarquin, les Grecs avaient implanté plus d'une colonie sur nos rivages de la Méditerranée, que les Gaulois avaient souvent porté leurs armes victorieuses en Italie ,

(1) Deum maxime Mercurium colunt^ hujus sunt plurima simula cr a : hune omnium inventoremartium ferunt, hune viarum atque itinerum ducem, hune ad quœstus pecuniœ mercaturasque habere vim maximam arbitrantur, Post hune, ApoUinem et Martem, et Jovem, et Minervam... etc. (Cœsar, De bello gallico^ Lib. vi, chap. 17.)

PEULVAN. 79

qu'ils avaient même fait de nombreuses expéditions jusque dans le cœur de l'Asie, et que la province dont Narbonne fut la capitale remontait à Tannée 121 avant Jésus<Gbrist. — Donc, si les œuvres d'artsont les véritables symboles de la civilisation, les monuments qui nous occupent doivent être nécessairement plus reculés par les idées auxquelles ils se lient, par les mœurs dont ils sont l'image, que les temps qui déterminent de sérieux rapports entre les Gaulois et les peuples de l'Asie, de la Grèce et de Rome.

Les Celtes avaient-ils besoin d'indiquer certains passages à travers leurs vastes forêts, ils employaient de longues pierres qu'ils plantaient aux endroits les plus apparents. Ces pierres, ainsi fichées en terre avec une grande solidité, mais sans le moindre appareil, prenaient le nom dcpeulvan ou menhir (1). Us en faisaient usage pour enclore leurs cromlech (2), et n'avaient pas d'autre manière d'honorer

^1) Ces pierres sont appelées peul-van et men-hir, des mots celtiques pett2, pilier; man oui7an, pierre, et Air, long.

(2) Crom-lech, du celtique cromm , courbe, et lec'h, pierre. — Ces sanctuaires druidiques étaient en plein air, et le respect dû aux lieux saints les préservait seul de la profanation publique. On en rencontrait dans répaisseur des bois, sur le bord des chemins, quelquefois aussi sur le sommet des plus hautes montagnes. — Plusieurs dalles plantées

parmi eux la mémoire d'une action d'éclat, qu'en consacrant ainsi le lieu où elle s'était accomplie. Presque jamais d'emblèmes, d'inscriptions (1), rien qui racontât aux yeux ce que le cœur était chargé

ctrculairemeol, de façon à déterminer les limites d'une m-ceinte ; au centre, une énorme table de pierre non taillée servant d'autel: voilà le temple, voilà taut le monument. A l'heure des sacrifices, les druides, les cubages et les bardes péjiétraient dans le cTotnlach. Les druides enseignaient, les bardes chanisient les hymnes sacrés, et les eubages faisaient couler le sang des victimes sur le dolmen vénéré. La foule alors, contenue par les peulvan, assistait en silence aux enseignements et aux religieuses cérémonies de ses prêtres.

(l)LachapelledeSiiin(-Jean-dM-Fon[s-6apHsm(Hiat, auprès de Notre-Dame du Puy, est un des anciens édIQces du Yelay, et peut-être, avec l'églist paroissiale de Salnt-PaulJen, celui qui renferme dans ses murs le plus de fragments antiques. Nous citerons en leur endroit ces dilTËrenls souvenirs de notre primitive histoire. — Entre autres débris Usés dans les matériaux de construction de la chapelle Saint-Jean, nous croyons devoir signaler à l'attention des antiquaires une inscription parfaitement conservée, et dont les lettres n'ont pas moins de la à 15 cenUmètres. Elle est ainsi conçue :

En la Signalant ici, nous ne prétendons pas la faire remon-

PBULVAN. 81

de retenir, — On ne trouYe presque plus depeulv(m dans le Yelay. Toutefois, après leur chiite, un mystérieux souvenir vient protéger encore la place Youée à la vénération populaire. Il n'est pas une ^ule ruine celtique qui ne rappelle une fable merveilleuse ou une sainte légende, souvent l'une et l'autre en même temps. Ce qu'avait accrédité le druide fut accepté par le flamine romain, et le dolmen servit aux premiers sacrifices de la foi

ter nécessairement à répoqne celtique, elle pourrait bien n'appartenir qu'aux siècles de la décadence ; cependant, comme elle n'a pasle caractère des inscriptions monumentales gallo-romaines, que la place qu'elle occupe dans la maçonnerie semble lui assigner un âge au moins aussi reculé que les débris antiques qui l'environnent, et que plusieurs archéologues ont cru reconnaître dans cette iocriplion un nom gaulois , nous avons pensé qu'elle trouvait naturellement sa place dans oe cbapitre. En effet, ce nom a une analogie très-frappante avec celui de dvbnogov, écrit sur une médaille gauloise.

D'un côté de cette médaille on lit DVBNO REix , — de l'autre DVBNOGOV, noms en légendes, autour de têtes tantôt diadémées, tantôt couvertes d'une longue chevelure tressée. — Dubno semble le nom du personnage , rex et cov ses dignités. (Voir Hucbet, Revue numismatique, et l'intéressante notice de M. Aymard , à qui nous devons la communication de cetle médaille. Annales de la Société académique du Puy,J

82 PEIXTAX.

cliréticnne. Les traditions s'altèrent sans doute suivant Tesprit qui les perpétue ; néamoins, an fond do toutes on aperçoit la poétique et relîgiease pensée qui les inspira.

Dans la commune de Saint-Pierre-du-Ghamp, ai^ nord du vieux ch&teau d*Arzon, on montrait il y a IMMi d'années une dalle gigantesque posée debout à lu façon des pculvan et à laquelle se rattachait une mivU) do vénération singulière. On Fiqipelait dans le |w«yH la Tsadairc de la damma. — t Des esprits

* iiiviHihIoH, dit la Chronique, avaient apporté là ** <^'tlJî piiTH» sans qu'on ait pu savoir à qndle

* /'po<|ij«î. SiMiloment on assurait que jadis, lorsque

* U'% ijuiiH (Phivor étaient tellement froides, telle- ^ inn\\ ol)Hnir<»s que les voyageurs ne distinguaient ^ |y)*<fc U.Mv chriiiin et couraient grand risque de

* mumir [f\iïvH dans les neiges, une femme vêtue

* ^U- l;liiM«;, roiironnée de houx sauvage, venait i- ^'i^'^^inr k i;<.i («ndroit et chantait en s'accompa-

* jKiiuijt ià\é^t', iifi(. harpe. Ses chants étaient d'une i' Uihti.îjwr inttfttiuUr, sa voix, plaintive comme le

* AJiUJj^jUK; ijiîu viîMtH, s'élcvait par intervalles plus

* Wut nuAt i'MU' de la Uirc et faisait entendre par- 9 delà k Ifcfuvif un rri de mortel désespoir; puis

* on voyait sV^;lâa|i|K;r de ses yeux de grosses larmes

* qiw tombmni ^fiiHammées et s'éteignaient sur son

Page 1