‹ Histoire du Velay (volume 4)Chapitre 20 sur 131 · DOLMEN · texte numérisé non relu

DOLMEN

C'est dans la partie de l'Auvergne aujourd'hui réunie au département de la Haute-Loire que se trouvent nos dolmen les plus importants. Nous en citerons trois aux environs de la ville de Langeac. Ds ne sont plus, il est vrai, en parfait état de conservation ; cependant il y aura bientôt un demi- siècle qu'un antiquaire dévoué, M. Duranson, les visita avec beaucoup de soin. Cet archéologue a laissé de chacun d'eux une très-minutieuse description, consignée dans un manuscrit que nous avons sous les yeux. A l'aide de ces documents, il nous sera facile d'en donner une idée assez exacte.

Sur une petite éminence de la Margeride, à une lieue sud-ouest de Langeac, dans un bois de pins appartenant à la commune de Talhac, on voit encore les restes d'un, ou plutôt de deux autels druidiques considérables. Aux dimensions colossales

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des pierres (f ], à la bçon donl elles sont disposées, il est impossible de méconnaitre la cause prendère de leur présence en ce lien ^). L'autel principal aTait à peu près la forme cubique. Quatre dalles plantées en terre formaient les côtés; une cinquième, plus large que les autres, deTait être k

(1) Elles sont enfoncées en lene d'on mètre enTûon. Leur éléyation hors du sol Tarie de trois à quatre mètres; leur largeur est près de trois mètres, et leur épaisseur de cinq décimètres. Dniaure fait mmtion de ce monument dans son ourrage sur les CnUes antérieurs h tldolâirie, p. 281. — Une remarque fort importante à faire, qui rend les dolmen faciles à reconnaître, c'est qu'en général les pierres qui entraient dans leur construction , oc au moins la taUe des sacrifices, provenaient de carrières plus ou moins éloignées. On dirait que les druides pensaient être plus agréables à la divinité en lui élevant ainsi des autels d'un poids si énorme et d'un transport extraordinairement pénible.

(3} La pierre formant le support latéral, à Faspect du levant, était percée d'un trou rond. Cette particularité se trouve reproduite dans le dolmen de Triés.— Nous devons faire observer au lecteur que la description^ des ruines celtiques de Talhae, que nous empruntons au manuscrit de H. Duranson, n'estpoint parfaitement conforme à celle que donne M. Mangon de La Lande, dans ses Essais sur les antiquités de la Haute-Loire, Nous avons cru la première plus exacte, parce qu'elle est plus ancienne. Ainsi, M. de La Lande ne constate que la présence de quatre pierres; suivant lui, l'ouverture orientale du grand

autel n'avait jamais été fermée , tandis que M. Dnranson

trouve neuf pierres sur place. Les six qui forment le grand

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table des sacrifices; la dernière servait de pavé. Sous celle-ci était une espèce de caveau, dans lequel on pénétrait au moyen de quelques marches. — A deux pas en avant de cet autel s'en trouvait un second , plus petit, plus endommagé, qu*on nommait vul* gairement dans le pays Crèche de l'âne, sans doute parce que les visiteurs attachaient là leurs montures. On dit qu'im paysan, qui espérait trouver un trésor dans le mystérieux caveau à demi-comblé, tenta des fouilles en cet endroit ; mais les recherches furent dirigées avec si peu de précaution, que le malheureux faillit rester victime de sa cupide curiosité. Le terrain s'éboula sous ses coups de pioche , les pierres latérales s'écartèrent, la table fut renversée (1).

Avant que les études archéologiques eussent pénétré dans ces contrées et fussent venues rendre à ces ruines incomprises leur véritable origine , on

autel n'ont point été enlevées, et c'est môme lui qui fait remarquer que la pierre du côté de rorient est percée d'une ouverture circulaire.

(1) Le nommé Jacques Raymond, du lieu de la Vialle, dit l'Archéologue, auquel nous empruntons ces détail s, m'a assuré que, dans son enfance, il allait se cacher sous le pavé de cet autel, et qu'il y avait à la suite une cavité encore plus profonde, car, lorsqu'on frappait la terre avec le pied, on Uentendait résonner. . . , etc.

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racontait bien des fables à leur occasion. La foule, qui puise presque toujours ses enseignements dans les traditions mensongères des veillées de village, affirma longtemps que des fées blondes et pâles venaient toutes les nuits sur ce tertre. — « Quand D l'ombre couvre les montagnes, dit la légende, les » petites fées quittent en silence le bois de Gilbertez » où elles se réfugient pendant le jour. Elles che- » minent en filant leur quenouille de laine blanche » et noire, et portent sur leur tête, sans le moindre ^ effort, ces énormes pierres de Talhac , dont une » seule écraserait vingt hommes. Quand elles sont » arrivées, elles déposent leur fardeau qui leur sert » pour s'asseoir ; puis , tout en continuant leur » travail, elles prédisent l'avenir aux bonnes gens » de ce pays (1). »

La même fable de Talhac s'applique aux ruines de Bougeât. Ce sont encore des fées bienfaisantes

(1) M. Duranson, recherchant d'où pouvaient provenir ces pierres, évidemment transportées en ce lieu, dit qu'elles sont d'un schiste dur micacé, de couleur grisâtre, et qu'elles lui paraissent extraites d'une carrière appelée Moreri, qui est à trois quarts de lieue du bois de Talhac, peu avant d'arriver au village de Lafont-du-Fond.-— M. de La Lande présume, au contraire, qu'elles ont été extraites d'une carrière située près le village de Laborie, commune de Talhac, à un quart de lieue delî^ndroitoù elles furent employées, et qu'elles ne proviennent pas du village de Lafont, commune de Cbanteuges.

DOLMEN DE BOUGEAT. 87

qui ont apporté* ces blocs gigantesques, dont Ton pèse de six à sept mille kilos (1). Le peuple du moyen-âge, ignorant et crédule, ne sachant comment expliquer la présence de pareilles masses loin du lieu d*où elles avaient été extraites, attribuait naïvement à des êtres surnaturels une œuvre dont il ne comprenait ni l'origine ni le but (2). Le monu-

(1) Les deux antiquaires qne nous venons de citer ont fait nn calcul assez simple pour prendre une idée approximative du poids de ces pierres. — - Voici ce que dit à cet égard M. de La Lande : « Les pierres de Rougeat sont un basalte noir anssi dur que le fer. L'épaisseur de celie qui sert de pavé varie de 20 à 30 pouces ; et , comme elle a plus de 60 pieds cubes, que le pied cube de la lave fondue ou basaltique pèse 210 livres, on peut évaluer ie poids de la grande dalle à 126,000 livres. »

(2) Ce n'est pas seulement dans nos contrées que l'on attribuait aux monuments celtiques une origine merveilleuse, cet usage était presque général. H y avait ailleurs le Palais de Gargantua, la Chaire au diable, la Roche aux fées, le Pavé des géants, la Table de César.,, , etc. — Nulle part peut-être les légendes fantastiques ne furent plus nombreuses et plus vulgaires que dans le Velay et dans l'Auvergne. — Si l'on ouvre les Tablettes historiques, publiées par M. J.-B. Bouiilet, on verra (t. VI, n** 1) que les anciens dolmen de i'Auvergne furent, au moyen-âge, presque tous connus sous le nom de Grottes aux fées , Roches des fées , Pierres des fées, Temple des fées,,,. Voici de quelle manière M. l'abbé Cobadon raconte la chronique du puy Préchonnet, où, dit-

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nient do Ilougcat est situé dans une propriété appiîiïîc Charfip (//w pierres de fages ( pierres des fécs^ Hur un p<».lit tortrc qui domine le chemin deLangeac à ilouRont, il cent i>as environ de ce village. H conmU\ on douzo penlvan très-rapprochés les uns des anlrc»H, Hiipportant autrefois plusieurs tables qui ont Hô. i»nli'V4>c»H. Kutro CCS peulvom est une grande dalle l^K**i'«'"»t-»l inrliuiV\ suivant la pente naturelle du terrain, vi un pou creusée dans son milieu; elle devait Morvir de |Kivé. Cependant il est à remar^ qu(;r qu\*lle n(^ remplit pas tout l'espace inté-

on, 80 trouver uno grotlo toujours pleine de cbauves-sooris : *■ Les ti^m vlvulonl depuis longtemps heureuses sur leur mont hospitalier. Kilos n^Kualont on souveraines sur la contrée qu'elles coiiiblaUMU ilo dons et de bienfaits ; elles étaient chéries, Ik^nies et adonSv'i . elles gut^rissaient tous les maux; elles présidaient aux naissances, aux alliances conjugales. Rien ne se faisait que sous leurs auspices ; jamais on ne recourut en vain à leurs baguettes magiciues. Un seul instant les perdit Humiliées de voir leur riant Préchonnet dominé par le superbe Puy-de-Dôme, elles osèrent conspirer contre le mont gigantesque; elles tinrent conseil et demandèrent qalm nouvel effort de la nature \ini abaisser l'un, en le bouleversant, et ajouter à Fautre, en tMargissant ses flancs, en exhaussant sa tète jusqu'au niveau dos plus hautes montagnes. Vœu téméraire! Elles furent changées en chauves-souris et condamnées à expiera jamais, sur le lieu même de leur faute, rindUer^on d'un désir bien pardonnable , s'il n'avait été " ^ par rorgneil et l'envie. >

DOLinSR DE ]fAZETRAT-n*ALLIER« 89

rieur, et que Ton peut circuler autour sans sortir de Tenceinte.

La disposition singulière que nous venons d'indiquer confirme ce que l'histoire rapporte du culte des druides. Il est admis, en effet, que le dolmen était l*&utel sur lequel les prêtres immolaient leurs victimes. Si la table se trouvait d'une seule pièce conmie à Talhac, on l'inclinait pour que le sang pût couler et se répandre aussitôt; si, au contraire, elle se composait comme à Rougeat de plusieurs pierres disjointes, l'inclinaison de la table devenait inutile, puisque le sang passait à travers les intervalles, pour tomber sur la dalle intérieure. Ce n'était donc que celle-ci qui devait être un peu penchée (t).

Au nord de Langeac, à trois quarts de lieue de cette ville et à la même distance de Rougeat, dans la conmiune de Mazeyrat-d' Allier, on voyait, il y a vingt ans, les débris d'un dolmen à peu près semblable aux deux précédents. Néanmoins, il offrait une particularité : c'est que la table était en granité,

(1) On a remarqué, dit M. Louis Batissier, dans son Cours ^archéologie nationale, que lorsqu'une pierre des dolmen était percée d'un trou, cetle ouverture regardait presque toujours l'Orient. — Le même auteur ajoute : « La plupart des tables de dolmen sont sillonnées de rigoles ou percées de bassins arrondis, destinés, dit-on, à recevoir et à faire couler le sang des victimes immolées.

gflflBMTP •& JE cnaEnoï. < Oïl aât (fae ks £t T^Skmtâsr. ans shl ^«nin As diàa,

IsBzs mAJta et kon (B7i«uk eus ées Bbbl m-.

m étik terre. ^ eà k joua ife FboBBe nett ponit âénmisè ni séparé les fortî» fvie ■oiièpe qui élût, pour aiœL £re, k eorfs el k léUade de la dhinîtê 1 . > Uanld driûfiqiae deSorRa^XEit, dont IL ta^ a Y1I qodqiKs parties acâre deboot» élût stti^ h eomniaiie de TîeOk-Briook, à soisanle pis de

1 Toir FcQoolîa' .JiifiMPv dhr CrlUr» L IT cl TIQ, SCnhn IT, 7S ; Ckénsa dcl«f.. I£bL u ; JosL JQIT.Q. ^ < L» Celles étahlfwiiiHit leurs maO» à «w dislaiitt ci M Mi tea Me da Lcox lubils, sor «les mioafrigni*5 où U d^ ttnclé «iQi remplît rnnîren aTût un passai ovrot et fibre, 4»f da tarayères dont le fond n aTait pas été renaé > Cieérm.clls araJentecMitiiiDe de porter dans lesfietCLeoii- Meréi un Snmd oombre de pienres » afinfeovêctarteaoe de U etamie de dédiirer le sein matenid > . Jost \

DOLMEN DU U€m ANIS. 91

h route du Puy, sur la gauche. — Ainsi que le précédent, ce dolmen n'existe plus; toutefois, nous avons cru devoir en faire ici mention, afin de déterminer la place qu*il occupait. Ces indications topographiques sont souvent utiles à certaines recherches d'histoire.

Derrière la grille du grand escalier de Notre-Dame du Puy, on voit encore une immense dalle célèbre dans les siècles passés. Aujourd'hui, chacun la foule aux pieds sans même y prendre garde ; personne ne l'indique aux curieux visiteurs, et le chrétien

l'oublie Voici l'histoire de cette pierre, qu'on

peut justement nommer le fondement de l'église anidenne. — La tradition et les plus anciennes chroniques font remonter aux premiers siècles de l'ère chrétienne la prédication de l'Evangile dans le Velay. SaintGeorges vint de Rome, envoyé par saint Pierre; à sa voix les idoles furent brisées, t En ce

> temps-là, rapporte le P. Odo de Gissey, d'après » Hédicis^ une femme dévote d'un lieu appelé Vila,

> proche le ruisseau de Borne, était molestée d'une » fièvre quarte, et en serait morte si la Mère de mi- » 8éricordenereûtvisitéeunenuit,lui disant :Lève- T toi, ma fille, rends-loi au plus tôt sur la montagne » et le rocher d'Anis; c'est là que je veux te délivrer » de ta maladie. — Dès le matin, la dame se fit porter » au Ueu assigné : elle y remarqua une pierre large

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