LES KOBACES ET LES BARDES
la plus rigoureuse les moindres documents écrits , tout devait se transmettre par la mémoire. Dans cette faculté, pourtant si trompeuse, si fragile, étaient les uniques archives de la patrie. Quelques historiens n'ont vu dans cette législation qu'une (Euvre du caprice et de l'ignorance ; pour nous , au contraire , elle nous semble bien plutôt un puissant moyen de direction suprême. Les prêtres , qui voulai^it garder toutes les clefs entre leurs mains , savaient trop le pouvoir de l'écriture , pour donner à la pensée éternellement jalouse de son indépendance on si périlleux auxiliaire (1 ); aussi les bardes avaientils seuls le pouvoir de recueillir et de répandre les traditions nationales. Ils suivaient le guerrier sur le champ de bataille , venaient s'asseoir au foyer domestique , dans les assemblées populaires , et chantaient, en s'accompagnant de la rotte, les actions glorieuses dont ils avaient été témoins et qu'ils proposaient à l'admiration du monde entier. L'efTet de leurs vers était si puissant , disent
(1) Idmihi duabus de causis instituisse videntur; quod neque in vulgum disciplinam efferi velint, neque eos, qui discant, litteris, con/isoSt minus memoriœ studere : quod fere plerisque accidit, ut prœsidio litlerarum diligentiam t» perdicendo ac memoriam remittant, — Ces., lib. vi , ebap. 14.