CHAPITRE II
RUESSIUM
SAINT-PAULIEN
Qui donc pourrait aujourd'hui reconnattre dans la petite ville de Samt-Paulieny si triste, si semblable à un village, Tantique Ruessium, la métropole gauloise et gallo-romaine de la Vellavie, la Vellava de nos premiers évoques (1) ? Il faut que les hordes
(1) Les divers noms de cette ville furent :
Ruèssio-— Celtique.
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dévastatrices aient frappé de bien rudes coups pour ne pas avoir laissé une seule pierre à sa place. Tout a été renversé, démoli y dispersé , pulvérisé. La charrue passe depuis des siècles à l'endroit où fut la ville^ et ce n'est que par hasard, quand le soc s'engage trop profondément dans la terre, que le laboureur fait sortir des sillons quelques débris mutilés de temple, d'aqueduc ou de tombeau. — L'inspecteur général des monuments exprimait en 1838, dans son rapportau ministre de l'intérieur, l'intérêt qu'il y aurait pour la science à pratiquer des fouilles sur ce territoire (1) . C'est au conseil général du dé-
Ruessium — Gallo-romain.
Yeltava— Cité ôpiscopale, à la fin de la domination roHiaine.
Civitas Vetula — Après la translation de révêché au Puy.
Saint-Paulien — Après les dernières dévastalions des Normands et la construction de la ville actuelle.
(1) « Ces cbamps voisins du bourgs sont remplis de tuiles romaines, ',de fragments de poteries; çà et Ik le soc de la cbarrue beurte des tronçons de colonnes ou des substructions
recouvertes de terre. Tout indique une ville considérable. Je ne doute pas que des fouilles bien dirigées n'en déterminassent exactement l'enceinte et ne fissent découvrir la position des principaux édifices qu'elle devait contenir, tels qu'un tltéâtre ou un cirque, des thermes, des temples, etc., etc. — Si vous jugez à propos , M. le Ministre , d'accorder une allocation spéciale pour explorer cette localité, suivant toute
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partement y c*est aux conseils municipaux de Saint- Paulien et du Puy que nous adressons le même vœu. En consacrant quelques deniers à des travaux d'explorations archéologiques de cette importance, nos concitoyens auront bien mérité de leur pays auquel ils rendront peut-être ainsi une des premières pages de son histoire ! — Nous savons par les anciennes tables que Ruessium existait, que cette ville fut la capitale d'une province qui du temps de Strabon, contemporain d'Auguste, ne dépendait plus des Arvemes (1). Ces documents contiennent une date historiquement très-utile, mais ne disent rien de plus. Ce sera donc seulement par l'appréciation des antiquités découvertes çà et là qu'on parviendra à se faire une idée plus ou moins exacte de cette cité. « Avec un peu d'attention, dit M. de
> La Lande, on ne peut méconnaître le sol sur le-
> quel se trouvait autrefois Ruessium. Il est rempli » de débris de carreaux, de briques, de tuiles an- » tiques. On rencontre partout des fragments de » vases, de poteries grossières etfmes, des médailles » et ime foule d'objets qui ne laissent aucun doute
apparence les résultais seraient intéressants pour l'archéologie. »— Prosper Mérimée, Notes d'un voyage e^i Auvergne, p. 363.
(1) Strabon, lib. iv, p. 190.
SAINT«>PAULIEN. 211
sur Texistence ancienne de nombreuses habitations. Plusieurs fois j'ai parcouru un vaste espace tel qu'occuperait une de nos villes de quinze à vingt mille &mes, constamment j'ai reconnu les mêmes vestiges. Des propriétaires, des cultivateurs, de simples ouvriers , en m'indiquant les terrains qu'il avait fallu déblayer pour les rendre à la culture, m'ont mis à portée de juger que la ville actuelle devait former la limite méridionale de l'ancienne ; que celle- ci se prolongeait, dans sa partie septentrionale, jusque près des monts qui l'abritaient des vents du nord, et qu'elle devait s'étendre, de l'est à l'ouest, depuis le communal de Chaumel jusqu'au-delà de Marcha-Dial... Tous les jours, en travaillant la terre, ce sont des ruines précieuses que l'on découvre, des pans de murs revêtus en marbre, des plates-formes ou des bassins enduits d'un ciment indestructible, des tuyaux souterrains artistement construits, des masses considérables de maçonnerie, enfin d'énormes blocs degrés équarris, taillés, liés encore par le ciment et formant de vieilles fondations (1). » Nous devons donner ici une sommaire nomenclature des principaux débris découverts à Saint-
(2) Essais historiques, par Mangon de La Lande , p. 21 et Bequent.
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Paulien et qui témoignent de l'antique splendeur de cette cité. Nous citerons en première ligne ime tête de Jupiter-SérapiSy avec le modium, en alb&tre oriental, et donnée par le cardinal de Bonald au musée du Puy. Parmi les autres objets que possède ce musée, nous indiquerons plusieurs vases laorymatovres, des lampes et une aim/phore, — c II y a » peu d'années, dit M. deLaLande, que pour rendre » l'église de Saint-Paulien moins humide» on fit » déblayer les terres qui s'élevaient un peu trop » au-dessus des fondations. A peine eut-on creusé 9 quelques pieds qu'on découvrit beaucoup de cer- » cueils, et sous ces cercueils, les fondements d'un » édifice qui devait être d'une étendue considérable, » à en juger par la longueur d*tme muraille trèsj> bien eonsPruite en beau grès blanc, et d'un ali- /> gnement parfait. D'où Ton peut conclure que là » un monument païen a été renversé, que plus » tard, sur ses ruines, s'est élevée l'une des plus » anciennes églises, et qu'au milieu des décombres, » dans ce qui en formait l'enceinte, ont été inhu- » mes les premiers prêtres du christianisme, peut- » être les premiers chanoines épiscopaux de Saint- » Paulien. »
Au nombre des fragments antiques incnistés dans le mur septentrional de l'église , on remarque une figure nue , accroupie et tenant
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d'une main ses parties sexuelles. M. de La Lande loi donne le nom de statue priapîque et la fait remonter au temps d'Auguste, en la rattachant aux mystères d'Isis. Cette date et surtout cette destination nous semblent trop témérairement risquées pour que nous cherchions même à les discuter ; il suffit de dire que ce fragment est galloromain et qu'il se rapporte à quelqu'un de ces cultes idolâtres où le phallus était adoré comme symbole de la fécondité.
Nous terminerons en transcrivant ici textuellement la lettre écrite le 1 « août 1 822 par M. Desribiers, membre de la société royale des antiquaires de France , à M. de La Lande : < La haute idée que vous m'avez don- » née des vestiges de Ruessimn^ ancienne capitale » du Velay, aujourd'hui Saint-Paulien, m'a engagé » à les visiter moi-môme. Je m'y suis rendu le 26 » juillet 1822, et j'ai été en effet convaincu qu'il y » a eu dans ces lieux une ville importante et riche.
> Voici les observations que j'ai faites d'après un
* léger essai de fouilles qui ont eu lieu sous mes
> yeux : Champ de Blancheton, à droite en sortant
* de Saint-Paulien pour aller à Craponne, vis-à-vis
* l'auberge de Chazal, j'ai reconnu : !<> des murs en
* pierres communes et assises droites, revêtus de ci- ^ ment uni et coloré, formant diverses distributions ; ^ 2«» beaucoup de plâtras de plusieurs couleurs, le
214 FOUILLES PAR DESRIBIERS.
» bleu de ciel parfaitement beau et bien conservé ; » des peintures à fresque représentant des feuillages » et un arbre avec mouches noires et blanches, » d'assez mauvais goût; divers encadrements ; 3° une » médaille de Domitien, en grand bronze, vernis » antique, et bien conservée; 4® plusieurs morceaux » de marbre blanc qui ont dû servir à des revête- » ments; 5«» des pavés en ciment uni, d'une grande » épaisseur, ou plutôt trois l'un sur l'autre ; 6» des » briques, dont une de cinq pouces environ d'épais- » seur; 7® diverses poteries (rouge fin et moyen), 1 avec bas-reliefs ; noires et blanches, extérieure- » ment fines, etc., etc.
]> Dans un champ plus loin de la ville , à » gauche du même chemin : !<> des débris de » poterie semblables; 2° des murs et des pavés » en ciment; 3o des plâtras colorés; 4» des briques; 1 5^ des vestiges de rues anciennes; 6« une médaille » en petit bronze deClaudius Gothicus; ?<> enfin, une » autre médaille de Caracalla, en grand bronze, d'une » belle conservation. — Je ne pouvais espérer, ajoute » l'auteur de la lettre, un plus grand résultat d'une > fouille faite par deux hommes, et qui n'a duré » qu'un jour et demi. Il y a tout lieu de croire que, » faites en grand, suivies avec constance, les re- » cherches à Saint-Paulien auraient les plus heu- » reux résultats. »
OPINION iiE l'abbé lbbeuf. 215
Quand l'abbé Lebeuf, ce savant si distingué, vint visiter le Velay, une seule considération le frappa, lui parut décisive et motiva son opinion sur toutes les antiquités de cette province. Il pensa que puisque Ruessium avait eu quelque importance , cette ville avait dû nécessairement contenir un certain nombre de grands édifices ; et comme dans ses recherches à Saint-Paulien, il trouvait fort peu de fragments considérables, tandis qu'il en rencontrait une grande quantité à Polignac et au Puy que nulle indication de l'histoire géographique ne signalait pourtant comme localités gallo-romaines, il en conclut que tout ce qui se voyait d'antiquités aux alentours de Ruessium provenait exclusivement de cette ville. Au point de vue où était placé l'abbé Lebeuf, c'était sagement raisonner. La destruction des édifices profanes, l'anéantissement de tout ce qui pouvait rappeler un culte odieux expliquaient suffisamment le zèle qui poussait les premiers chrétiens à aller chercher, même au loin, et à préférer pour la construction de leurs églises les ruines des anciens lemples à tous autres matériaux. Ils ne voulaient point en faire ornement; les parties les mieux sculptées étaient souvent cachées dans la maçonnerie, les images proscrites étaient enfouies dans les fondations, et si on laissait apparaître quelques fragments d'œuvres d'art, c'était plutôt pour prouver que le
216 OPINION DE l'abbé LEBBUF.
renversement de l'édifice avait été aussi complet que l'anéantissement de la religion des faux dieux.
Malheureusement l'illustre antiquaire n'avait fait, pour ainsi dire, que traverser le pays ; il n'en avait étudié assez attentivement^ ni les traditions, ni l'histoire. Au temps où il écrivait, les découvertes faites postérieurement à Hispalis, à MarUs Aquw, au Pons i/mperatoris et à bien d'autres endroits ne pouvaient l'éclairer. D'ailleurs Ruessivmh ne fut pas détruit et abandonné si complètement qu'on n'eût qu'à aller à travers les décombres chercher à pleines voitures, comme en une carrière, les matériaux pour construire à trois et à cinq Ueues de là de nouveaux monuments. Des églises y furent édifiées, plusieurs évêques s'y succédèrent (1) ; même après la translation du siège épiscopal à Amcmm^ on connaissait encore la ci^Âtas VePula. — Cette observation n'avait
(1) Il est môme probable que ce n'est pas avant la fin du ni* siècle que la fol chrétienne fut introduite et publiquement honorée à Ruessium. En effet, le monument élevé dans cette ville à l'impératrice Etrucilla en serait un témoignage. Etrucilla était femme de l'empereur Trajcm Dèee, qui régnait en 250. Or, cet empereur fut un des plus implacables persécuteurs des chrétiens. Il n'esl donc pas à présumer qu'une ville eût à éterniser sa reconnaissance pour celle qui partagea les doctrines religieuses de Dèce, si cett& ville eût été chrétienne.
FRAGMENTS GALLO-ROVADfS. 217
pu échapper aa judicieux observateur ; aussi l'académiden chargé de rendre compte de son mémoire dit-il : c H. Fabbé Lebeuf ne croit pas que Ruessium » ait été dépouillé de toutes ses antiquités dès le
> temps que la ville du Puy fut b&tie ; ce n*est que
> depuis le siècle de Charlemagne qu'on voit dé-
> Iruire les murs des anciennes cités pour en
> construire d'autres édifices. Ce fut alors que les » murs romains de Verdun furent renversés pour » servira b&tir Aix-la-Chapelle. Ruessium, nommé » d'abord civitas Vetula, pour être distingué de la f nouvelle ville du Puy, prit peu à peu le nom de » Saint-Paulien qui en avait été le troisième ou le » quatrième évèque, et dont il conservait le corps ; » ensuite, comme le nombre de ses habitants di-
> minuait à mesure que le Puy s'augmentait, on
* commença à le démolir et à enlever les pierres
* et les marbres vers le IX« siècle, lorsque la
* nouvelle ville eut besoin de se fortifier contre les >^ Normands; ajoutez à cela que les vicomtes de » Polignac, étant devenus maîtres de Saint-Paulien,
* continuèrent apparemment d'enlever les maté-
* riaux qui leur convenaient pour leur château, ce
> qui acheva de priver cette ville de tout ce qui lui
> restait d'antiquités. »
Nous ne trouvons pas ces observations rigoureusement exactes. Il n'est pas logique de conclure que