LES ORIGINES DE POLIGNAG
cable au temps et au pays dans lesquels on les suppose exister. — Une large excavation circulaire, en forme de puits , qui s'enfonce dans la profondeur du rocher pour aller recueillir des sources et conserver les eaux fraîches et limpides , fut transformée , au gré de leur fantaisie, en secrète issue pour les émissaires des prêtres imposteurs. Une citerne du moyen-âge, comme on en voit beaucoup d'autres , devint la salle souterraine au fond de laquelle se cachait celui qui devait faire parler le dieu. Il n'est pas jusqu'à la margelle de ce vulgaire réservoir qui ne passât pour l'autel antique sur lequel reposait lé grand masque dont nous avons parlé , et dont la bouche toujours béante rendait les oracles. — Ajoutant à cette invention, d'autres prétendirent que Sidonius avait pris naissance en cet endroit qui était le domaine de ses ancêtres, et que ce fut précisément du culte célèbre d'Apollon qu'était venu à sa famille lenomi'Apollmaris, Pour accréditer cette fable, quelques seigneurs du lieu eurent le soin de placer Tillustre évèque au rang de leurs ancêtres et le prirent traditionnellement pour patron.
Nous allons examiner toutes ces assertions historiquement et archéologiquement. Nous les prendrons à leur origine pour les suivre jusqu'à nos jours, et nous ferons voir à combien d'erreurs on s'expose quand , au lieu de s'adresser froidement
Si
à la science, à rhisti>Lre et à la raison, on se laisse conduire, par quelques éqaiToqnes pins ou moins ingénieuses dans les mots, à de Téritables haUadnations.
Le nom de Polignac se trouTe génénlenient écril Podup5iAi:rM daDs lei plus Tieiiles chartes, el les cbangements qu'on remarque datent des temps postérieurs.
L'argument tiré des origines étymolc^ques n'est pas, en |)areille question, sans une grande ^eur. 11 est bien positif que si Ton prouTe que l'apparente ressemblance obsenée entre les mots Apollon et Polignac est toute fortuite, et que ce dernier nom s'écrivait primitivement d'une manière différente, on aura péremptoirement ré|)ondu à ceux qui font dériver l'un de l'autre. Gruter avait été d'abord séduit par ce singulier rapprochement, il en convient; mais après avoir examiné les choses de plus près, il rejette cette opinion conune ridicule. Le père Sirmond, l'abbé Lebeuf et Mérimée se rangent sans hésiter à ce dernier avis. Les uns et les autres ont pu, en effet, facilement se convaincre par plus de cefii témoignages écrits que le nom du château» plus
PODENPNIACCV. 247
tard celui de ses maîtres, était primitivement Po- DEHPNiAGUM. Or, ce n'est pas ici la simple difiTérence d'une lettre qu'il importe de constater, c'est toute une acception significative dans la racine du mot. La ville du Puy s'appelle Podiitm, parce qu'elle est construite sur un rocher, et que dans la basse latinité Podium se traduit par émmence, élévation. Une raison semblable détermine le nom de Podempniacum. Cette lettre D est donc ici essentiellement caractéristique. Par la suite elle fut changée en L ; nous ne saurions dire si ce fut le résultat d'un calcul généalogique de la part de ceux qui opérèrent cette substitution; mais ce qui est évident, c'est que rien n'est plus ordinaire dans les idiomes de nos contrées que de voir la dure syllabe empn transformée en ign. Solempniacutn devint Solignac , alors que Podempniacum s'écrivit Polignac. — Nous venons de dire que les témoignages abondaient ; il suffit pour les vérifier de parcourir les Preuves de l'histoire des Dauphins d'Auvergne , celles du Gallia christiana et de l'histoire du Languedoc ; à chaque page ce nom se reproduit. Nous citerons ici quelques pièces provenant de différentes sources; du reste, nous aurions pu multiplier jusqu'à satiété notre démonstration.
On lit dans l'ancien cartulaire de l'église de Brioude différentes pièces de 895 , 898 , dans les-
'fws£j» . -*fc «KiTiL fia. 7V.-ff:>:4i4» Jmmndtfs; ifKÎi7X9-^E=i» fiic: aêcK sçHi» dip œ nom et de ce It^. fft::is KTiDt isâiÇXkSÊùÊk I . — Un acte fort rntp.rm:: 6^ Ti^sifi^ '^^ cocv h sîfiBtBre de pluà^rm v>:::•mK:^: maif «je des INoC^nac ne parait f0mirrkyyr»: f . L^sz asànpcertaïnqaancoininen- CHD«:: da tf»^j.^*w> âMe k ffcdtran de Pdlîgnac n'aTût pas d^xuh^ $»:« notn à ses possesseurs, quels qa'ik fnââent. Vxk itsofk&en eflet dans le cartolaire de l'é^^iâe de Brk>ude qu'on acte agné par réyèqoe Godescale, Téféque JLorèle, le vkomte Dalmatios et qœlqaes antres, fut affirmé au château appelé Po- BAMJktxs. — Facia affinpiaùo Uta fuit III fwn. jun. apud castrum quod K^xatur PoaAioâcrs , régnante Badulpho rege Francorum nec non Aquiianorum (3s sans qu'il soit question du maître de ce cM-
l, Sacrosanctœ Dei ecclesiœ 9ancti Juliani martyris vica
BritaU .Vo« enim in Dei nomine Arma^cdcs et uxor
mea Bertildis cedimus facta cetsio ista die SabbeUi û»-
mente Augusto . anno VIII régnante Odone rege Franco — rvm seu Equitanorum. Sig. Armaxdo vîcecoiDite. Sig. Bkr — TILDE, uxore sua. Sig. Estimom. — An 895. — Baluze , Preuves de l'Histoire d'Auvergne, liT. I, p. 10.
Un acte à peu près se:iiblable de 898 suit immédiatement .
('i; Baluze, Premes de l'Histoire d'Auvergne, liv. I , p. 15.
(8) Vide, 10-11. - Capitulanuin, p. 1537.
PODEMPNIÀGUM. 249
teau. — Ce nom revient en 976 , dans un titre de l'évêque Etienne, rappelé par Baluze et conservé dans les archives de la cathédrale de Clermont ; mais on n'y parle que de l'église Podompniacho (1). Enfin, dans ime donation du onzième siècle, un vicomte Armand écrit Mortuo pâtre m casiro Po-
DEMNiAGo, sans ajouter au nom de son père ni au sien celui du manoir.
Plus tard , dans les chroniques du monastère de Saint-Pierre du Puy, apparaît en 1112 xinPontius vlcecomes Podemniacensis (2). Seize ans après, on lit
dans ime donation de l'évêque Umbert Anno ab
mcamaUone Domim M CX XV III ego Umbertus
dofw qusB est m Castro quod vulgariter vocatur
PoDEMPNAC , plus bas PoDEMNAC , ailleurs
vicecomes Podempniacensis (3). — Le livre veil de relise de Brioude mentionne Eraclius vicecomes
(1) Nous avons cité ce document , quoiqu'il puisse bien être ici question d'un lieu différent de celui dont nous parlons; mais la similitude d'orthographe peut offrir quelque intérêt dans la question qui nous préoccupe.
(2) Preuves de l'Histoire du Languedoc , t. II , p. 7.
(3) Hanc chartam fldeliter ex ipso authographo , in archivio Piperacensi adservato , exscripsit D. Jacobus Boyer* — Vide , Instrum. ecclesiœ Aniciensis. »— Gallia christiana * t. II , p. 230.
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PoDEMPNiACi , a/nno ab incamatione MCLXXIX (1).
— Deux lettres royales , la première à la date de 1171 , la seconde de 1 173, parlent à'Armarmus vicecornes PoDEMNiAci et de Pontius vicecomes Podemp- NiAci (2). — Un titre de l'église de St-Flour de 1201 fait mention du castellum et du vicecomes Podem- NiAci (3). — Le traité de mariage de Pons de Polignac avec Alix de Trainel , signé en 1223, porte vicecomes PoDEMPNiAci (4). — Dans le Trésor des chartes de Turenne on trouve dans le même document, daté de 1257, Armandus, vicecomes de Podemp- NiAco... et Beraudus, Domirms de Solempniaco (5).
— Divers titres des Dauphins d'Auvergne de l'année 1268 sont signés d'un Armand/us , vicecomes Po- DEMPNiAci — (6). Plusieurs autres de la même date et conservés dans les archives des comtes de Valentinois sont écrits de môme (7). — M. Mérimée prétend
(1) Baluze, Preuves de l'Histoire d'Auvergne, t. II, p. 63.
(2) Extrait du IIP livre des compos. de Véwèché,— Preuves de l'Histoire d'Av/oergne, p. 68.
(3) Inst. eccl. S. Flori , — in Gallia christiania , t. II, p. 134.
(4) Extrait du tome XII du Specilegium du R. P. Dom Luc d'Achery, p. 167.
(5) Preuves de V Histoire d'Auvergne ^ p. 188.
(6) Idem.
(7) Id. , p. 286.
PODEMPNUGUM. 261
avoir eu sous les yeux une charte de 1272 , signée d'un vicomte Arrnandus de Podemniaco (1). — Bien postérieurement encore l'orthographe de ce nom ne change pas , du moins quant à la lettre que nous avons appelée caractéristique, puisqu'on éciit en 1372, dans le cinquante- troisième registre de la chancellerie: Inter Armandum vicecomitem Po- DOMPNiAci , et dans les chartes de Tmenne : Johamies de SoLEMPNiACo et Ar^nandiis mcecomes PodoxMpniagi (2). — En 1389, nous voyons Armaiidus^ sive Romdomis, vicecomes Podompniaci (3) ; et plusieurs années se passent avant que la substitution systématique du D en L paraisse définitivement résolue. Nous avons bien trouvé, de loin en loin, quelques
(1) J'ignore à quelle époque il a plu aux seigneurs de Podemniaco de changer leur nom ; peul-ôtre prétendaient-ils par ce moyen rattacher leur généalogie à celle de l'arverne Sidoine Apollinaire. Quoi qu'il en soit, avec cette étymologie tombe tout l'échafaudage d'hypothèses que j'ai d'abord exposées. Il ne reste ni temple ni oracles. — Au reste, ce changement de nom n'est peut-être qu'une transformation opérée presque naturellement par le génie des idiomes modernes. Soleinpniacum est devenu Solignac..., etc. — Notes d'un voyage en Auvergne , par Prosper Mérimée , p. 257.
(2) Preuves de l'Histoire d'Auvergne.
(3) Extrait du Trésor des Chartes de Turenne. — Preuves, p. 404.
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titres sur lesquels le nom des vieux châtelains est écrit par un L ; mais nous croyons qu'il n'en faut rien conclure : 1® parce que ces titres sont fort rares et de date peu reculée ; 2® parce que nous n'en avons vu que des copies et qu'il aurait pu se faire que le copiste , ne connaissant pas Timpoiiance de cette orthographe, eût opéré lui-même la substitution ; 3« enfin , parce que dans certaines de ces pièces le nom est quelquefois écrit de deux manières ; ainsi au testament de Béraud VIT , seigneur de Mercœur , en date de 1314 , on lit d'abord Ptmcvum de PoDEMPNiAco deca/num Brivatensem; puis, quelques lignes plus bas, Armandimi vicecomitem de PoLoiGNAc , c'est le mot francisé ; et enfin Armcmdi
PODOMPNIACI (1).
Le nom et la famille de Sidonius Apolltnaris sont complètement étrangers aux sires de Polignac et à leur château.
Rien n'est difficile à extirper comme une erreur historique, quelque grossière, quelque absurde
(1) Pour trouver quelques titres avec la lettre L, voir Baluze, Preuves de l'Histoire d'Âv/vergne, p. 251. — Dans un