‹ Histoire du Velay (volume 4)Chapitre 89 sur 131 · SIDONIUS APOLLINARIS · texte numérisé non relu

SIDONIUS APOLLINARIS

qu'elle soit , lorsqu'elle a été sérieusement avancée, même dans le plus méchant ouvrage. Tous ceux qui suivent la reproduisent sur la foi de l'inventeur ; et, conune fort souvent on omet de faire connaître la source à laquelle on a puisé, pour paraître avoir le mérite de la recherche , il en résulte que cette erreur acquiert à la longue toute l'autorité d'un fait acquis ; puis on finit par lui appliquer l'axiome de droit : fies judicata pro veritate habetv/r. — Nous disons ceci à l'occasion de la généalogie de la maison de Polignac , dans laqueUe certains archéologues trouvent un argument facile en faveur des antiquités apoUoniques du rocher vellavien. Leur raisoimement est simple, pour peu qu'on veuille s'y prêter : « Les ApoUinaires , disent-ils, étaient les » anciens prêtres d'Apollon; or, Sidonius avoue que » son aïeul fut le premier de sa race qui embrassa » le christianisme, donc les autres étaient secta- » teurs des faux dieux. Le titre d'ApoUinaire ne » laisse aucun doute sur la fonction sacerdotale de » celui qui le donna à sa lignée, d'où il faut con- > dure que , puisque le saint évoque de Glermont

titre de 1340, on lit Armandus vicecomes Polouniaci. — Audigier, dans ses manuscrits, indique, sans la citer, une lettre d'Adalbert, évoque de Mende, au roi Louis-le- Jenne, dans laquelle il parle d'Armand, vicomte de PoUmiae, au même temps où ce roi écrivait Podemniac.

254 SIDONIUS APOLLINARB.

» assure que le château de Polignac fut celui de » ses ancêtres, c'est du culte d'Apollon qui s'y cé- » lébrait, qu'est venu le nom de son manoir et le sur- » nom de sa famille. » On va même plus loin, on indique la lettre dans laquelle Sidonius parle ainsi. Comment douter après cela?

En réponse, qu'on nous permette d'abord quelques citations. Pour arriver à la vérité ; il importe^

de montrer comment et dans quel but elle fut si

singulièrement obscurcie. « En parlant d'époque ^ » dit M. de La Lande dans sa Dissertation sur /es- » antiquités de la Haute-Loire, il en est une pré— D cieuse à signaler. Le docte Sidonius Àpollinaris , » évêque deClermont au cinquième siècle, issu lui- » même de la race antique des Polignac (1) , va » nous faire connaître que son grand-père fut le » premier de sa famille qui embrassa le christiâ- » nisme...

Primus de numéro patrum suorvm Sacris sacrilegis renunciavit,

» D'après ce dernier vers, il reste prouvé (2) que

(1) C'est poser en fait ce qu'il faut résoudre,

(2) Pour quiconque sait un peu de latin, ces V' prouvent la conversion de son aïeul au christianisn et ne prouvent pas autre chose. La conséquence qu'en M. de La Lande est au moins fort surprenante.

SmONlUS APOLLINARIS. 255

» jusque vers le cinquième siècle , les seigneurs » de Polignac ont dû faire travailler à la restaura- » ration d'un temple auquel ils tenaient d'autant » plus qa'ils tiraient leur nom d'Apollon même , » ainsi que l'assurent les plus anciennes chroni- » quesdupays(l). »

Voilà conunent l'antiquaire écrit et prouve l'histoire ; voyons maintenant de quelle façon un historien de la maison de Polignac explique les antiquités.

« Sur l'une des roches du Velay s'élevait jadis un » temple à Apollon... des vestiges de ce temple

> existaient encore, dit-on, au dix-septième siècle. . . » une tête du soleil, couronnée de rayons, y ren- » dait des oracles... L'Empereur Claude, qui légua » Néron aux Romains , alla de Lyon la consulter

> avec toute la pompe qui environnait alors les

> maîtres du monde... — Le dieu du jour a donc » donné son nom à cette roche sur laquelle on l'a-

(1) Rien n'est vague comme ces mots : J'ai lu dans un manuscrit.,,, les plus anciennes chroniques disent, etc. EnpareiUe matière, il faut citer textuellement le manuscrit et donner sa date, pour que chacun puisse au besoin vérifier et apprécier l'autorité qu'on invoque. — Nous avons des chroniques vellaviennes qui remontent aux premiers siècles, et ce n'est que dans les ouvrages d'Odo de Gissey et de frère Théodore, c'es^à-dire à partir du seizième siècle, qu'on entend parler de cette fabuleuse origine des Polignac.

256 SIDONICS APOLUHARIS.

> dorait, ensuite par cormption de langage, à la fo

> mille qui Fhabitait et dont les chefs s*appelèrentli » sires de Polignac— Sidonius Apollinari8,preime 1 comte d'Auvergne, avait été élevé dans le châteai^3

> de Polignac , et il en parle, dans les ouvragesr^

> qu'il nous a laissés, comme de sa maison pater — » nelle. » (Ici le scrupuleux biographe met en nnt i— * lib. IV, epist. 6.) « Ce saint prélat avait deux fils* :

> l'aîné, père d'Ârcadius, qui forma la branche d^5

> comtes d'Auvergne; le second, qui fut créév-Ê^

> comte de Velay, contrée réunie à l'Auvergne, 1 etc., etc., (1). »

Il est temps de rétablir les faits tels que l'histoire les rapporte. Caius Sollius Apollinaris Sidonius naquit à Lyon , le 5 novembre 430. Son père fut tribun, secrétaire d'Etat sous Honorius, puis préfet des Gaules sous Valentinien III. Sa mère était delà famiUe des Avitus, la plus célèbre de l'Auvergne; c'est cette alliance qui l'appela et le fixa dans cette province. Nulle part, ni dans ses poésies ni dans ses épitres, il ne parle du Velay, à moins que l'on ne prenne la délicieuse résidence d'Avitacum pour l'abrupte rocher de Polignac , mais il ne faudrait

(1) Cet ouvrage a pour titre : Maison de Polignac, précis historique, par le baron de^^; Paris, Hivert, lib. édit

SIDONIUS Al^OLLINARIS. 257

pas avoir lu une seule page de ses écrits. Où donc va-t-on chercher un mot qui autorise une hypothèse quelconque ?... Où? dans une lettre vmgt fois citée par tradition , sans l'avoir lue, parce qu'il prit un jour fantaisie au président Savaron de la commenter à sa manière. Cette lettre , la sixième du IV« livre, la même annotée par le baron de***, est adressée par Sidonius à son cher ApoUinaris... « Je . le confesse, dit-U, j'ai trop appréhendé que, dans » le temps même de la crainte générale, vous ne » craignissiez rien ; que l'inébranlable sécurité » d'tme maison jusqu^id ferme n'eût à trembler » d'une dévotion intempestive devant les incursions » orageuses des ennemis (1). »

Il est donc démontré, pour tous ceux qui auront minutieusement étudié toutes les œuvres de Sidonius, qu'en aucun endroit cet écrivain ne donne même à supposer qu'il connût un castellum dans le Velay portant un nom semblable au sien (2).

(1) Fateor me nimis verituin ne tempore timoris

piiblid non timerelis, et solidœ domus ad hoc œvi inconcussa securitas ad tempestuosos hostiuin incursus pro intempestiva devotione trepida/ret..,, etc.

(2) n dit à son livre : — « Tu dirigeras tes pas vers la bieaveiilante Brivas (Brioude) où reposent les ossements de saint Julien.... ; puis, franchissant les plaines qui sont à ta droite..., tu découvriras la terre des Cabales (leGéVàUdaii)...,

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est loin d'ôlre .

M. De La Land.

etc. » Il fdit ainsi v(

sonnes de son intimité ou '^ **

: mtti iox assertions t-.ut- jHBqoe SavarK: r-imirr

Théodow it 24;.

''de Gis

près du Velay, près du i^, sans s'y arrêter, môme par

TEMPLE d'APOLLON. 261

» de l'idole d'Apollon du temps du paganisme, ado- » rée sur le roc et forteresse de Polignac, comme qui • dirait Apollinis-Arx , au rapport de Gabriel Si- » meoni, en sa Description de la Limagne d*Auver- » gne. » — On voit donc que ceux qui ont traité la matière se sont servilement copiés les uns les autres , ou ont eu recours , pour prouver leurs gratuites affirmations, à la parole de Simeoni. Si celui-là eût à son tour invoqué un écrivain antérieur nous y remonterions aussitôt; mais il parait que son as-

Bertiona été le premier aimeau de cette chaîne d'erreurs (1).

Gabriel Simeoni publia à Lyon , en 1561 , le résultat d'un Voyage d'amateur à travers l'Auvergne et

'(l) Koai n'avons pas parlé des Chroniques manuscrites

^'Wenne Hédicis, parce que M. de La Lande ne paraît pas les

*^^OIr lieaucoup consultées. D'aMeurs Médicis était contempo-

^In 4jB simeoni, puisqu'il écrivait encore en 1559 , c'est-à-

'^'"'edapx ans seulement avant la publication de la Descrip^

■'* de it^ Limagne d'Auvergne, Médicis , dont nous

«ssons toutes les pages , ne cite VApollo du Velay que

ir?/sÉêre en trois journées qui fut représenté au

fnencement du seizième siècle , et il n'est dans

''«^ment question du château et du rocher de

Hi croyons pas non plus devoir répondre

'les poésies postérieures à Odo de Gis-

Simeoni. L'historien de Notre-Dame

i< poète.

258 SIDONIUS APOLUNARIS.

— Quant à la prétendue origine gallo-romaine des Polignac, de. quelle manière les archéologues qui la produisent comme un témoignage & l'appui de leur système la font-ils remonter aux illustres ApoUinaris, alors qu'on ne voit les vicomtes du Velay apparaître, avec le nom de leur manoir féodal, qu'au XI« siècle?... Gomment rattachent-ils les anneaux de cette chaîne généalogique, alors que plus de cinq cents ans d'intervalle séparent le dernier Apolline^ ris ùugcktm du premier vicecomes Pockmipmctci ?

— Souche impossible , nom transformé, lacune immense dans une généalogie dont on perd la trace au-delà de l'ère carlovingienne ; voilà ce qui reste...

Ce n'est qu'à partir du XVI* siècle qu'on entend parler, pour la première fois, d'un temple d'Apollon sur le roc féodal du Velay ; et la manière dont s'exprime Gabriel Simeoni est loin d'être un témoignage sérieusement acceptable.

M. De La Lande dit , page 65 : « Si nous ouvrons

etc. » Il fait ainsi voyager sa muse chez plusieurs persormes de son intimité ou de sa famille : et il passerait ainsi près du Yelay^ près du prétendu berceau de ses ancêtres sans s'y arrêter, môme par un souvenir !

napLB D*APouiMr. 250

9 rhistoire da Langaedoc, si nous consnhoiis une » dissertation saTante snr les Yolces, â nous com- » puisons plusenrs vieilles chroniques, fioiii y /rmi^ > vans la preuve qu'il existait un temple d'Apollon, » fameux par ses oracles , près des frontières de » TAurergne, sur les confins du Yelay; or c'est

» bien la portion de Polignac L'ouvrage d'Odo

» de Gîissey, plusieurs mémoires particuliers et » beaucoup d'ouvrages qu'il serait trop long d'è- » numérer, confirment ce qui, jusqu'à présent, » n'avait passé que pour des conjectures, ou tout au • plus pour de simples souvenirs traditionnels (1). • — Remontons avec M. de La Lande aux sources

(1) Noas avons vainement dierché dans VEistoire du Languedoc , noas n'y avons rien trouvé sur le prétendu temple d'Apollon qui aurait existé près des frontières de TAuvergne et sur les confins du Velay. Les auteurs de cette histoire conseienciense parlent du culte des Gaulois méridionaux pour Apollon et pour Diane ; ils citent le temple d'Apollon à Toulouse comme un des plus fameux (tome I, p. 4â) ; mais ils n'en mentionnent aucun autre. — Quelle est donc cette dissertation savante snr les Volces dont parle M. de La Lande? Plusieurs notes du premier vol. de VHistoire du Languedoc sont, en effet, relatives à ce peuple; mais aucune ne traite du culte ni du temple d'Apollon. — Quelles sont ces vieilles dironiques compulsées par M. de La Lande , ces mémoires particuliers, de lui seul connus, qui prouvent si victorieusement ce qu'il ne prouve pas lui-même?...

260 XEMPLE D*APOUUHI.

qu*il indique; constatons leur authentieité, leur véracité, leur ancienneté; car ce ne peut être qu'après cette tilple épreuve qu*il nous sera permis d'accepter ou de combattre ses convictions. Les auteurs dont le témoignage est souverainement invoqué par l'antiquaire sont : 1° Faujas de Saint-Fond; 2® le frère Théodore; 3» Odo de Gissey; 4® Gabriel Simeoni ; nous ne parlerons plus de Sidonius Apollinaris.

Faujas (1778), dont nous avons déjà fait connaîtra les trop superficielles recherches en cette matière , se retranche derrière l'autorité de Gabriel Simeoni , son devancier. L'opinion de l'Italien décide la sienne ; par conséquent comme Faujas n'apporte personnellement aucun fait nouveau , il faut nécessairement, pour apprécier son système, recourir à l'auteur d'après lequel il parle.

Théodore (1793), dont les citations nombreuses prêtent un si puissant appui aux assertions archéologiques de M. de La Lande, indique Savaron comme garantie de ce qu'il avance; mais Savaron luimême n'a produit que des commentaires sans les fortifier de preuves. Du reste, Théodore ne fait, pour ainsi dire, que copier le père de Gissey.

Odo de Gissey (1619) écrit au chapitre xiv, du livre m de son histoire : « Polignac, reconnu par le » anciens écri vams sous le nom d' Apollinaris à raiso

TEMPLE d' APOLLON. ?61

1» de l'idole d*Apollon du temps du paganisme, ado- » Fée sur le roc et forteresse de Polignac, comme qui • dirait Apollmis-Arœ , au rapport de Gabriel Si- 3^ meoni, en sa Description de la Limagne (ïAuver^ j^ gne. » — On voit donc que ceux qui ont traité la matière se sont servilement copiés les uns les autres , ou ont eu recours , pour prouver leurs gratuites affirmations, à la parole de Simeoni. Si celui-là eût à son tour invoqué un écrivain antérieur nous y remonterions aussitôt; mais il parait que son assertion a été le premier anneau de cette chaîne d'erreurs (1).

Gabriel Sdieoni publia à Lyon , en 1561 , le résultat d'un Voyage d'amateur à travers l'Auvergne et

(1) Noos n'avons pas parlé des Chroniqueg manuscrites d'Etienne Médicis, parce que M. de La Lande ne paraît pas les avoir beaucoup consultées. D'ai: leurs Médicis était contemporain de Simeoni, puisqu'il écrivait encore en 1559, c'est-àdire deux ans seulement avant la publication de la Descrip-^ tion de la Limagne d'Auvergne, Médicis , dont nous connaissons toutes les pages , ne cite VApollo du Velay que dans un Mystère en trois journées qui fut représenté au Puy au commencement du seizième siècle , et il n'est dans cet ouvrage nullement question du château et du rocher de Polignac. — Nous ne croyons pas non plus devoir répondre aux citations de quelques poésies postérieures à Odo de 6i»sey, par conséquent à Simeoni. L'historien de Notre-Dame fut ici l'inspirateur du poète.

262 TEMPLE d'APOLLON.

le Velay. C'était peut-être un visiteur curieux, bien cei'taineinent ce n'était point un érudit. — Il arrive l'hiver à Polignac , traverse à grand'peine les neiges, pour voir une inscription très-lisible qu'il ne^ sait pas lire , un masque en grès blanc qu'il ap— pelle une pierre bleue , et une vieille chcq)elle ro — innnc ou romano-bysantine qu'il prend pour un. temple antique (1). Bien mieux, c'est un pauvre et if^nornnt concierge du château qui lui enseigne tout ce qu'il dit. Voilà son maître, voilà la source de Hcionce et d'histoire d'où partent ces débordements do ronnnontairesdans lesquels se sont perdus Audi- (^m\ Siivaix)n, Fauchet, Paradin, Pierre de Saint- Julien et tant d'autres, et qui, pour M. de La Lande, fmmtTnt le culte d'Apollon, c En un coin du costé » gauclie, écrit Tltalien , je trouvai une inscription

(I) Il oxisto encore , à travers les ruines dn vieux manoir, IM ir«(H«» trtV$^^aracU>ris^s de deux anciennes chapelles roinano«« l/utto a encore quelques pans de murailles debout. CV»l celle que la rieUh concierge danjourd'hui montre à lima lea visiteurs ciunme Tancien temple d'Apollon, quoique loua le« >*e»liKes apparliennent aux constructions reiic^euses dM oual^me» Uouii^me et tieiiième siècles; l'autre , dont noua avoua reln>u\*^ toutes les fondations ave*, le concours do Us Mallay » ardillecle de Notre-Dame du Puy , est celle flttHM Wilail la CkÊf^Ut 4€$ FèUrins. Elle date du onzième «MdidwttMmoalMi.

TEMPLB d'APOLLON. 263

3 demi consumée , laquelle le concierge me dit n*a- » voir jamais été leue , ni entendue de personne , » bien que plusieurs conseillers , présidents et au- » très gens doctes y eussent esté et eussent essayé de » la lire. . . Une autre petite chapelle voûtée me mon- » tra après le concierge^ toute peinte, et ms dit que » c'était la chambre d'Apollo ; à cause de quoi je » jugeai incontinent que Tun des deux édifices ser- » vist pour temple et l'autre pour habitation au sacer- » dos.... » — De bonne foi est-il possible de fonder ses croyances , de baser ses études sur de semblables docmnents ; et Thistoire d'un pays se peut-elle écrire d'après ces tristes témoignages?....

S'il a existé à l'époque de la domination romaine un établissement sur le rocher de Polignac , ce devait être vraisero* blablement une tour de signaux , une station trigonométrique, ainsi que les Romains avaient l'habitude d'en placer survies points les plus culminants; — mais Jusqu'au Jour où de plus décisives explor^itions auront été faites , tout porte à croire que les blocs sculptés qui se rencontrent en cet endroit y ont été apportés au moyen-âge.

Qu'il y ait eu sur le plateau de Podem/pmacmn quelque édifice gallo-romain , qu'au bas du rocher

H sn«i5hprr>leptmiintaiederélalilis6Ciiientsi^^ mur un râtu se soit formé, rien n*esl plus admissMe. b» pierres antiques qa'oo troare aux aknloiirs da ciifttean. les tombes à inscr^ticHispaîeiiiies décoa^ertes près de redise permettent cette hypothèse. — Les ancieiis maîtres da pays, en plaçant un poste militaire sur on sommet naturellement fortifié, d'où la sanreiUance était aussi facile qu'étendue , n'auraient £ût dans Tintérèt de l'occupation territoriale que ce que les féodaux réalisèrent plus tard, à leur exemple, dans un but de domination personnelle. 11 est donc bien permis de supposer, soit à cause de la disposition des lieux, soit en raison de la présence de débris antiques en cet endroit , que ce point fut occupé par une certaine agglomération d'habitants à Tépoque de la colonisation. Là s'arrêtent les conjectures. — Quant à expliquer l'origine de quelques fragments de sculptures monumentales dont rarehéologie triomphante voudrait faire un grandiose trophée mythologique , nous nous garderons bien de cette témérité. Loin d'accueillir , avant que de plus importantes découvertes nous y autorisent , le système qui les attribue à un temple d'Apollon bâti à cette place , nous penchons bien davantage du côté de ceux qui prétendent que ces ruines exceptionnelles ont été apportées de Saint-Paulienpar les Polignac, seigneurs

ANTIQUITÉS DE POUGNAG. 265

de celte ville , lorsqu'ils élevèrent ou agrandirent leur manoir féodal. Voici les motifs qui déterminait cette opinion :

Avant les dernières fouilles que de vives discusmns provoquèrent en ce lieu , on n*y connaissait d'antiquités qu'un masque colossal et une inscription; ce qui faisait dire à M. Mérimée : « j'ai vaine- » ment cherché pendant des heures un fragment » de tuiles ou de briques , au milieu des terres la- » bourées au sommet du plateau. Je n'ai vu et

> personne à ma connaissance n'a vu sur le roc de * Polignac un seul objet d'origine romaine, sinon

> ce masque et cette inscription. Voilà, ce me sem- » ble , une forte présomption que l'un et l'autre y » ont été apportés longtemps après l'époque ro- » maine (1). » — Cette manière de raisonner était imprudente, car elle admettait implicitement que si d'autres visiteurs plus heureuK trouvaient ce qu'il avait en vain cherché , à leur tour ils auraient le droit de proclamer l'existence d'un temple et celle d'un oracle. Aussi les zélés partisans de ce système, le vicomte de BecdeUèvre à leur tète, ne tardèrent pas à fouiller les décombres et à en extraire solennellement une assez grande quantité de blocs

(1} Notes d'un Voyage en Auvergne ^ p. 254, par Prosper Mérimée.

266 ANTIQUITÉS DE POUGNAG.

gallo-romains. La réponse semblait péremptoire. Nous sommes donc allé voir plusieurs fois ces fragments qu'on a eu soin de réumr afin d*en fodliter l'étude, et nous avons été aussitôt frappé d'une circonstance décisive. Trois énormes débris de sculpture sur un point, quelques autres non moins considérables très-près de là , plusieurs grès percés de trous de louve, attestent par leur dimension et par leur style une origine romaine vraiment monumentale. Mais, chose singulière! ces blocs sculptés proviennent de plusieurs édifices différents. Un seul appartient à une architrave (I), un autre à un pilastre d'angle (?K trois sont des fragments d'arcades d'un très-grand diamètre (3). Les archivoltes de ces

(r Fragment d'artbitniTe avec trois cbanfrins et une partie bri$(V dans le bas. 60 centimètres de hauteor.

v":}' Fragment de pilastre d'angle ja faee en retoar), ayant t)*.40 en retour, et O^.W sur la face brisée ; 3 camietares de chaque c«>té ^ peîne refouillées, — sur le Ut de pose, on trv^u de lou\*e.

.9^ On appelle arcoile une construction qn! se termine en des^inis par une surfïice courbe. Celle qui décrit dans l'anliqnib^ un domi-cercle exact. c'e$t Farcade en pMm^ntn, ~ Le$ pierres d«mt Farcade » GOtnpo<e sont taillées en fvMTtue de cvmu et p^.>neQt le nom de coussoin : la surfilée ^nKaY^« ^>n^H»e par U tf te de* roussoirs. est désignée par ^***nhJw: U l^cne courbe supérieure, formée parle iffMilrK «si F«rcn»à«. — Le Toussoir qui est

AMTIQUITÉS OB POUGNAC. 267

trais Toussoirs ne se ressemblent pas ; deux ont pour bandeaux de simples moulures à filets , la troisième est ornée de fleurons et de rinceaux ; or Ton sait que dans un même édifice les archivoltes étaient toutes semblables (1). Donc si Ton veut que ces trois pierres n'aient point été transportées, il faut admettre que sur le plateau de Podempniacum il y avait non un temple mais trois au moins ; ce qui serait d'autant plus absurde que de chacun de ces monuments il ne resterait, pour ainsi dire , qu'un unique échantillon. — A qui persuadera-t-on que, ai les gigantesques constructions dont on voit les débris eussent effectivement existé en cet endroit à l'époque romaine, le hasard eût fait un pareil choix et que tout le reste se fût évanoui comme par enchantement? On ne peut pas appliquer au sommet décharné de cette roche basaltique ce que nous di-

an milieu de l'arcade s'appelle clef, agraffe, — L arcade est décorée d'un bandeau avec moulures, que Ton nomme atehivoUe (arciM, arc; volutus, contourné). Ces moulures varient suivant l'ordre dans lequel l'arcade est ajustée.

(1) À moins qu'il ne soit question d'un édifice à plusieurs étages, comme des arènes, un tliéâtre, etc., etc. — Dans ce cas, les arcades du rez-de-chaussée sont ou peuvent être décorées d'une autre manière que les supérieures; mais pour le même étage, le dessin est courant et se répète avec muiXormité.

968 AM munis K fOUGRAC

sions de la plaine de Raesâiim ; id une Tille repose dans les profondeurs dn sol, là le roc yif M saillie ou se cache sous un l^r épidenne de gazon. Un pilastre en suppose plusieurs autres et presque toujours des colonnes ; cependant on ne trouve qu'un seul morceau de pilastre ; une ardu- Tolte suppose généralement une série d'arcades de même forme, de même desân, et Ton a trois morceaux d archivolte, chacun de dessin difE6rent.

S*il était vrai qu'un splendide édifice eût autrefois couronné Podempniacum, on devrait nécessairement y rencontrer, presque à chaque pas, des tuiles antiques ; tandis que c'est à peine si quelques morceaux sont produits en témoignage. Cette circonstance n est pas sans autorité, et répond à on des plus sérieux arguments. — Les destructeurs, dit-on, voulurent anéantir jusqu'au souvenir de la foi i)aïenne ; ils ne se contentèrent pas de renverser, ils brisèrent et dispersèrent les ruines des temples profanes. — Cette assertion n'expliquerait pas alors pourquoi, faisant tout disparaître à Polignae, ils exceptèrent ces blocs sculptés, ce masque divin et cette inscription qui certes, à leurs yeux, devaioit être au moins aussi rigoureusement condamnés que le reste ; elle n'e3[pliquerait pas non plus comment, à travers tant de décombres du moyen-âge, tant de démolitions de murailles romaines, ne se

ANTHIOrrÉS DB 1I0U6NAG. 269

nttcMntrent pas en plus ou moins grande abondance des briques antiques. La persécution ne s'étendit jamaiB sur ces insignijBantes argiles ; aussi en trouvet-on toujours en quantité à Ruessium, à Ispalis, partout enfin où, par leur présence même, elles déterminèrent des explorations et firent découvrir des traces incontestables de constructions romaines.

L'abbé Lebeuf , qui n'avait vu que la tète et rinscription , pense que l'une et l'autre viennent de Ruessium. c Lorsqu'on bâtit la ville du Puy , à deux lieues de Saint-Paulien, dit-il , on y transporta beaucoup de débris de temples , de tombeaux et d'autres antiquités de cette capitale ; il est très-possible qu'on ait laissé à moitié chemin la tète et l'inscription. Les seigneurs du château s'en seront emparés depuis et les auront fait in* cmster dans les murs, comme ils voyaient qu'on avait incrusté au Puy d'autres antiquités de Ruessium. On aura ensuite inventé toutes les labiés qu'on a débitées sur ce prétendu oracle ■ d'Apollon, sur le voyage de l'empereur Claude à Potignac, parce que cet empereur était natif de Lyon, et mille autres imaginations qui sont encore en vogue dans le pays (1). » Mérimée ne décide

(i) Voir le mémoire à ce sujet dans le XXY« volume de l'Histoire des Inscriptions et Belles-Lettres.

270 ANTIQUITÉS DE F^MJONAQ.

pas autrement ; il est plus bref, plus positif en* core : c Deux fragments antiques, apportés daim » un chàtesiu du moyen-âge à une époque incer- » taine, ne peuvent mener à aucune conclusion, » si ce n*est peut-être à prouver le goût et la eu- » riosité des anciens seigneurs du pays (1). ».-^ Peut-être la cause assignée par ces deux antiquaires est-elle applicable aux fragments dont ils parient; néanmoins, nous croyons que celle qui détermina le transport de tous les autres ne fut ni une vaine curiosité , ni moins encore un sentbnent artisti* que peu supposable chez les rudes châtelains de la féodalité. Nous avons trouvé, avons^nons dit ailleurs , dans plusieurs murailles des vieilles églises du Yelay, des blocs gallo-romains; si ce fut un pieux motif qui décida les constructeurs à fonder leur œuvre sainte sur la ruine maudite^ ne doit-on pas supposer par cette raison que les sires de Polignac, très-voisins de Ruessium, employèrent dans leurs deux chapelles romanes, comme ils le firent dans celle du bourg de la châtellenie les fragments dont nous parlons?...

(1) Notes d'un Voyage en ÀVA)ergne , — au mot Polignac,

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