GHEVRIÈAES, GOUVERNEUR POUR LE ROI
De son côté, l'Estrange laissa les royalistes se charger eux-mêmes du soin de réprimer les excès commis en leur nom. Sans qu'un seul mot eût encore été prononcé, il était facile de comprendre que les deux gouverneurs aspiraient au même but. Les courriers de Toulouse et de Paris se succédaient tous les jours plus pacifiques ; le parlement n'avait qu'un pas à faire. Joyeuse attendait une réponse à de nouvelles propositions ; TEstrange, qui voyait les grandes puissances du royaume quitter la ligue et se soumettre au roi, se prépara prudemment à une transition difficile.
Cependant, dans ce moment de silence qui précède la réconciliation, alors que les royalistes, surtout ceux qui avaient donné des preuves d'une longue fidélité, touchaient au but si vaillamment poursuivi, Pierre de la Rodde, meurtrier de Saint- Vidal, déserta tout-à-coup son drapeau et se fit ligueur. La Rodde, à vrai dire, ne servait d'autre cause que la sienne ; pour lui le royalisme n'avait jamais été qu'un moyen de couvrir ses brigandages. Aussi, le jour où le gouverneur voulut le contraindre à restituer à la vicomte de Polignac un château dont il s'était violemment emparé, le déprédateur courut pactiser avec ses ennemis, ou plutôt, se sauva dans leur camp en transfuge , au moment où ils allaient rendre les armes...
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