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Le roi de Navarre venait de quitter brusquement le siège de Paris pour courir au-devant des armées espagnoles qui s'avançaient (1590). Son but était d'engager un combat et de regagner son poste avant même qu'on apprit qu'il l'avait quitté. Le duc de Parme sut adroitement éviter la rencontre, et tandis que son ennemi cherchait à l'atteindre dans la campagne, il marcha en grande hâte sur Paris et le délivra. Cet échec des royalistes dut retarder pour quelques années encore la solution qu'ils croyaient si prochaine.
En 1592, Henri, pensant avec raison que les con-
quêtes par i'épée ne sont pas suffisantes au prince qui yeut régner sur un peuple et qui veut en être aimé, laissa pressentir une prochaîne abjuration et entama de secrètes conférences avec les parlements et les principaux gentilshommes^ des provinces.
En 1593, Mayenne convoqua à Paris les états généraux pour qu'ils eussent à se prononcer enfin au nom du pays sur celui qui devait porter le sceptre. Assis sur un trône magnifique, entouré de toutes les marques de la puissance souveraine , il présida l'assemblée et sembla s'ofTrir comme le seul sur qui le choix dût tomber. C'est alors que Philippe d'Espagne crut le moment favorable aux droits de sa fille Elisabeth. Ses ambassadeurs le duc de Feria, Meadoze, Taxis, Dieguo dlbarra protestèrent hautement contre l'iniquité du droit salique et réclamèrent la couronne pour l'infante.
Les députés ne se décidaient pas ; le roi de Navarre cherchait à suspendre leur décision jusqu'à l'heure où il aurait acquis assez d'influence pour la fixer. A son instigation, le parlement venait de se déclarer avec coiu'age et à rencontre de Philippe, pour le maintien des lois antiques du royaume. Maître de la ville de Dreux , un des greniers d'abondance de Paris, le prince força les ligueurs à une trêve dont ils avaient besoin ; pendant ce temps il leur fit gé-
néreusemcnt parvenir des vivres. — Quelques jours après, rarchevèque de Bourges vint annoncer que le Béarnais se faisait instruire dans la religion catholique et qu'avant peu il abjurerait ses erreurs dans Téglise royale de Saint-Denis ; abjuration qui eut Ijeu , en effet, le 25 juillet, au milieu des transports de joie d'un peuple inunense. Enfin, Brissac, gouverneur de Paris, qui s'était fait chef du parti démocratique et qui , par l'exaltatioD affectée de ses doctrines républicaines , avait su détourner le soupçon de Philippe et de Mayenne, porta le dernier coup à la ligue en livrant à Henri les clefs de la^ capitale.
C'était le 22 mars 1594, à deux heures de la nuit, que le roi devait faire son entrée. Les conjurés avaient gardé le silence, et pourtant l'ambassadeur d'Espagne était averti. Aussitôt il accourut épou* vanté prévenir le ^farouche Brissac, qui affecta une colère violente et qui passa la journée à fatiguer les troupes par de fausses manœuvres. Quand vint la nuit , sous prétexte de pnidence , il les campa toutes à l'opposé de l'endroit par où les armées royales devaient être introduites , et , à l'heure convenue, tandis que la ville entière semblait encore plongée dans le sommeil , Henri IV parut, entra, suivi de quatre à cinq mille soldats, s'empara du grand et du petit Gh&telet » de Tarse-
nal, du Louvre, et les Parisiens s'éveillèrent aux cris d'Amnistie!... de Vive le Roi!...
La clémence fut l'arme victorieuse dont voulut se servir le magnanime souverain pour glorifier, pour affermir sa conquête. La Normandie, la Champagne, la Bourgogne, la Picardie, ne tardèrent pas à se soumettre ; et bientôt ses plus mortels ennemis, les plus audacieux ligueurs, Mayenne à leur tête, recurent un pardon généreux.