‹ Histoire du VelayChapitre 123 sur 125 · TESTAMENT DU BARON DE SAINT-VIDAL · texte numérisé non relu

TESTAMENT DU BARON DE SAINT-VIDAL

Testament solennel de moy, Antoine db Latour , vicomte de Beaufort, seigneur et baron de Saint- Vidai, Mons, Saint-Quentin, le Viilars, Hontvers, Moutusclat, Goudet et Barges en Velay ; Ceneret, Montferrand, Recollettes, Laval, Saint-Ch^ly deTarset Culture en Gévaudan. — Chevalier de l'ordre du roy , capitaine de cinquante hommes d'armes de ses ordonnances, gouverneur et lieutenant pour le roy aux dits pays de Velay et de Gévaudan, et grand-maître de l'artillerie de France.

Au nom de Dieu soit. — Ayant plusieurs fois considéré en moi-même que nous sommes tous nés en ce monde, non pour y vivre éternellement, mais pour mourir une fois , et par le moyen de cette mort parvenir à la vie future qui est perdurable, à laquelle doit tendre et aspirer tout fidèle chrétien qui a mis son espérance en la béatitude étemelle qui nous a été acquise par la mort et passion de N.-S. J.-C. Et d'autant qu'il n'y a rien déplus assuré que la mort et rien de plus incertain à l'homme que l'heure d'icelle. Reconnaissant cela^et ne voulant après moi laisser à mes successeurs aucune occasion de divorce et querelle pour raison des biens que Dieu m'a donnés, ains paix et amitié perpétuelle ; — Je fois et ordonne mon testament , dernière disposition solennelle de

mon eorps et de mee biens en la forme et manière que s'» suit, m'étant au préalable muny du signe de la sainte croix disant : au nom du Père, du FUs et du SainV-Esprit.

1* — Je veux et ordonne que lorsque mon Ame sera séparée de mon corps, que mon dit corps soit entenré au tombeau que je veux être construit et édifié dans le couvent des cordeliers de la viUe du Puy, à la chapelle de mes ancêtres et prédécesseurs, qui est du oôlé du grand adteL Laquelle chapelle je veux être enfoncée en dedans de cinq on six pas, et jusqu'à la muraille contre laquelle on posera Tautel de la chapelle, audessus duquel et dans la muraille je yeux le tombeau être dressé. Et si le tombeau n'était pas dressé avant mon décès, je veux que mon corps soit mis dans une caisse de plomb revêtue de bois et reposée au lieu le plus commode dans l'église qui sera avisée par mon héritière universelle après nommée, à laquelle je prie et recommande de promptement faire travailler à ces constructions de la chapelle et de mon tombeau, et de le faire comme je lui al fait entendre, pour après y remiser mon dit corps.

S'il advenait que Dieu me voulût appeler hors la présente ville, je veux que mon corps soit apporté par les prêtres de toutes les églises paroissiales de mes terres de ce pays de Yelay, accompagné de tous les pauvres du lien et mandement où je serai décédé, qui à ces fins seront appelés à raison de 3 sols chacun ; et ce, depuis le lieu où je serai décédé jusqu'à ce qu'ils soient parvenus à une des croix qui sont les plus proches des quatre avenues de la ville. Là ils attendront que MH. de l'église Notre-Dame et les autres prêtres, religieux, religieuses de toutes les églises, tani dedans que dehors la ville, soient venus prendre mon corps et le porter, la face découverte, depuis la porte par où il entrera en ville- jusqu'en l'église Notre-Dame, au cœur de croix, où Je

prie monseignear l'évéqae qui sera pour iors ou son grand vicaire et tous les autres messieurs les chanoines laisser entrer mon dit corps et y demeurer pendant le temps qu'une messe de mort à liante voix se dira au grand autel, et deux à voix basse aux autels des deux côtés, l'une du Saint- Esprit, l'autre de Notre-Dame. Comme aussi je prie mon héritière très -expressément de leur faire môme prière en con* sidération de ce que j'ai employé toute ma vie , et depuis Tannée 1561 tous mes moyens, peines et travaux, pour la conservation dé ce pays de Velay sous l'obéissance du roy et réduit beaucoup de villes et forts occupés tant dans le pays de Velay qu'aux limites d'icelul par les huguenots, ces hérétiques qui tiennent le parti 'contraire de la sainte Eglise catholique, apostolique et romaine, à la prise desquelles Villes et lieux occupés j'ai perdu un œil et plusieurs fois y suis été blessé et offensé en ma personne en danger de ma vie, comme chacun sait. — En mémoire dé quoy je prie le seigneur évèque et messieurs les chanoines de permettre que mes armes entières , épée et éperon, avec mon enseigne et mon guidon et un tableau de mon eflQgie, soient mis et posés ensemble à côté du grand autel contre la muraille de la chapelle du Crucifix.

Je veux aussi et ordonne que pendant que mon corps demeurera en l'église Notre-Dame tous les autres prêtres , religieux et religieuses, tant de mes terres que de la ville, demeurent autour de mon corps, priant Dieu pour mon âme. Et, après que la grand'messe de mort sera dite, je prie les chanoines d'accompagner mou corps jusque dans l'église de Saint-Agrève du Puy, à la chapelle de feue mademoiselle de Mons^ma tante, où je veux que mon corps séjourne jusqu'àce que leshonneurs de mon enterrement aientété achevés. Cependant je veux que mon corps demeure accompagné, jour et nuit, par douze prestres et deux de mes serviteurs...

Je veux el ordonne que, avenant mon décès dans ce pays de Yelay, mf*s entrailles soient mises dans l'église paroissiale de Saint-Vidal, au-devant du grand autel et au même Uea où furent mises celles de feu Bertrand de la Tour mon frère, comte et archidiacre de Saint-Jean de Lyon.

(Suivent les dispositions relatives aux honneurs funèbres et aux fondations pieuses.)

Je désire, comme le devoir le veut, que demoiselle FrakçoiSE d'Albon , ma mère, au cas qu'elle me survivra, soit honorée, servie et respectée tant par mon héritière que par u.es successeurs, après elle tout de même comme j'ai fait et désire faire toute ma vie, et mieux s'il est possible. Yeux, entend et ordonne lui porter honneur, obéissance et humble servitude.

Je donne et lègue à Henrt de Latour, dit de Saint-Vidal, mon frère, la somme de 2000 êcus sols pour une fois, outre et par dessus le légat à lui laissé par feu Antoine de la Tour, seigneur de Saint-Vidal, notre père, par son dernier testament, et au cas que je décéderais sans enfants masies. La quelle somme de 2000 écus, au dit cas et non autrement, veux lui être payée par mon héritière sous-nommée dans trois ans commençant Tan après mon enterrement , et ce pour tous et chacun les droits qu'il pourrait prétendre sur tous et chacun des biens délaissés par notre feu père, soit pour son chef et pour sa légitime, ou supplément d'icelle, ou droit de substitution, que pour le droit successif qu'il pourrait prétendre de nos frères et sœurs et autres quelconques. Veux qu'il se contente de ladite somme de 2000 écus pour toutes les susdites prétentions, sans qu'il puisse autre chose demander ni quereller à mes successeurs sur tous mes dits biens ni autrement. — Et au cas que mon dit frère ne vou-

NOnS DD LIVRE SBCONO. 449

drailseconieDter de la somme deSOOO écus outre son légal, A qu'il voudrait quereller quel^u'autre cbose, j'ai rëvoquA el révoqne dès k présent le susdit légat par moy faict, et veux qu'il soit nul comme non falcl et Don avenu.

Comme aussi, au cas que je délaisserais un ou plusieurs enbols masles, n'entends que le dit légal sorte à effet; ainsi veux qu'il se contente de 100 écus pour tons el chacun des droiU qu'il pourrait prélcfidre sur mes biens.

IWn, v»ux et onionne que loutes et quaates lois qu'il plaira k dame Frakçoisb ne l* Tour, dîLe de Saint -VinAL. ABBEssB DE Bbllec.'>mbb , ma soeur, venir dani nos malsons avec notre hérilière ou ses successeurs, qu'elle y soit reçue, chérie et honorée, tant de notrebéflilèrequede tous autres dépend ans de nous, comme si c'était notre propre mère; ordonnant qu'Us soient tenus de lui obéir en toutes occasions qui te présenteront pour les affaires de nos maisons.., etc.

Item, je donne et lègue A demoiselle Claire de Latodk oB Saint-Vibal, ma sœur , veuve du Un sieur de la Tôt- RETTE, que en cas qu'il adviendrait qu'à l'occasion des troubles et guerre où sa maison sérail prise et occupée par les huguenots, elle puisse se retirer avec mon U<!riUére ou nos successeurs avec lesquels sera honorée, nourrie et enireienue selon sa qualité...

lUm donne el lègue à demoiselle Antoinette de Latour, dite DE SAinr-ViDAL, ma sœur, femme à noMe H. Louis db ROQUELAURE, SIEUR DB ViLLEitRuvE, que, en cas de nécessité ou qu'il adviendrait qu'elle reçût mauvais iraitemeatde son mary, qu'elle se puisse retirer avec nostre hérititrc ou nos successeurs, par lesquels je veux et ordonne qu'.lla sera honorée, nourrie et entretenue »vee eux selon sa qualité...

JlCf». Pour le devoir de pioxlmité et par l'amitié que j'uj

toujours envers feue demoiselle Louise de la Tour, dite db Saint-Vidal, ma sœur, femme en sou vivant da sieur de Servissac, et envers les enfants descendus d'elle, veux et o^ donne que Henrt Beraud, son fils, et dudit Servîssac, que J'ai mis k l'étude, y soit continué aux dépens de ma dite héritière et de mes successeurs jusqu'à l'âge de seize ans, qu'on pourra juger à quoi son naturel se donnera le plos , soit aux armes ou aux lettres; pour après l'y aider et assister en la vocation qu'il prendra opmme ils adviseront , et tenir l'œil à ce que la maison de son père lui soit rendue.

Item, Je doifne et lègue à Isabeau Honetre , pauvre qui m'a été donnée par sa mère, à raison de la stérilité des années précédentes, qu'elle soit nourrie et entretenue jusqu'à ce qu'elle sera d'Age pour se marier , et lors, trouvant party commode, je lui donne la somme de 100 écus...

Item. Dôme et lègue à Anna Vaude de Salnt-Rambert , que j'ai retirée pour la pauvreté de son mary et par cbarite et aumône, sa vie durant , aliments, habits, etc. , tant qu'elle voudra demeurer en notre maison , vivant en femme de bien et d'honneur.

Item. Donne et lègue à H. Antoine Sauron , pour les services qu'il a faits, la somme de 33 écus un tiers...

Item. Donne et lègue à M. Vidal , d'Tssingeaux , sa nourriture dans la maison, sa vie durant, pour avoir été serviteur de feu mon père.

Item veux et ordonne que tous mes serviteurs et (^ambrières qui se trouveront dans ma maison lors démon décès auront double gage...

Item je donne et lègue, et par droit d'institution particulière laisse à Gilbert de Latour, mon fils naturel et légitime, la somme de 500 écus pour une fois, ou telle autre somme qui sera adjugée par mon héritière. Ycelle sera tenue le nourrir et faire apprendre aux études jusqu'à i'àge de

NOTBS DD LIVBE SECOND. 451

quinze, seize ou dix-sept ans. pour le plus, et après l'accompagner de quelque gentilhomme vieux, sage et complexionné pour le tenir, et avec lui demeurer avec train et équipage honnête à la suite de la cour, ou bien pour le conduire par le pays étranger avec ledit train et équipage pour voir, se dresser et apprendre les langues, et se faire honnête homme suivant la trace de ses prédécesseurs, se maintenant en la foy catholique, apostolique et romaine et an service de son roy, vivant aussi en la même loy. Si mon fils faisait autrement je le prive et destitue de tous et diacun de mes biens.

S*il plait à Dieu me donner un ou deux fils posthumes, je leur fais à chacun pareil légat que à mon fils Gilbert...

Jtem'je donne et lègue et par droit d'héréditaire institution à demoiselle Glaire de la Tour, dite de Saint-Vidal, ma fille naturelle et légitime, femme à noble Claude de Rochefort, sieur d'Ally et de Joserand, la somme de 100 écus sols, outre la dot qui lui a été constituée en son mariage...

Item par semblable droit d'institution je donne et lègue à Marie de Latour, dite de Saint-Vidal, ma fille naturelle et légitime, la somme de 5000 écus (chacun une valeur de 60 sols) payable : l* à la solempnisation de son mariage qu'eUe contractera si Dieu plaît, 3000 écus, 2* et deux ans après 1000 écus, et le surplus aux termes fixés par mon héritière.

Item je donne et lègue^ par semblable droit, à Anna de Latour dite de Saint-Vidal ma fille naturelle et légitime, pareille somme ide 5000 écus {slvX mêmes conditions que dessus}...

Au cas que mon fils Gilbert et mes filles Marie et Anna. et mes fils et filles posthumes décèdent en pupillarité, je veux que leurs légats reviennent à mon héritière.

Gomme rinstitution d'héritier est le chef de tout bon et

45t IfOTBI DU UVBE SBGON».

valable testament, à cette cause, moy Antoine de La Toar, fais, insUtue et nomme de ma propre boucbe, pour mon héritière universelle, ma bien-aimée ei chère épouse Clairs db SAiNT->Poi!fT, dame da dit lieu et de la Forest, poiffra qu'elle demeure et se contienne en viduilé, et tous et chacans mes biens meubles (le mot iomieuble manque), droits et actions, pour laquelle veux et ordonne tout ce contenu en ce mien testament et dernière disposition soit entièrement gardé, observé et eflèctué.

Au cas ou je décéderais délaissant plnsieurs enfants mâles, veux et ordonne que ma d. femme et héritière universelle soit tenue rendre et restituer à la fin de ses joors^ ou en cas qu'elle se voudrait remarier, ou autrement quand bon loi semblera, tous met biens sans aucune dislracUon, à un de mes enfant? mâles, tel qu'il lui plaira élire et cboisir.

Au cas où je décéderais ne laissant qu'on seul enfant mâle, je veux et ordonne que ma femme rende et restitue tous mes biens au d. enfant. -— Ou bien, si bon lui semble, à un des mâles de Claire de to Jour, ma fllle, femme de Claude de Roehefortf seigneur d'Àlly, tel que lui plaira choisir ei élire... pourvu que le d. enfant de ma fille, appelé par ma femme à la sucession prenne tout incontinent, mon nom et mes armes — et autrement non.

S'il arrivait que moi ou ma fille Glaire de Latonr ne laissassions aucun enfant mâle, je veux que ma femme paisse élire un des enfants mâles de ma fille Jfarie, si elle en a ; ou si elle n'en a pas, celui de ma fille Anne, que bon lui semblera ; et à défaut d'enfanls mâles, celles de mes filles que bon lui semblera... à condition que dessus, de prendre et porter tout incontinent mon nom et mes armes.

Je veux et déclare que j'entends, que les enfants miens ou ceux de mes filles ou les descendants, soit mâle, soit femelle, ne puissent venir ni être appelés en mes biens s'ils se met-

lent en religion, ou autrement se colloquent en l'état ecclésiastique.

Je veux et j'ordonne que ceux qui hériteront de mon bien soient tenus prendre incontinent mon nom et mes armes et vivre catholiquement en ia religion apostolique et romaine, comme aussi je prie ma femme de trouver bon que son nom, ses biens et armes suivent les miens. Et celui qui ne voudrait porter mon nom et mes armes et vivre catholiquement , je veux qu'il ne participe aucunement à mes biens.

Et pour la bonne amitié et affection que j'ai toujours reconnue et expérimentée en dame de Saint-Vidal , en ma mère, dame Françoise d'Albon , en dame Françoise de Bellecombe de SainT'Vidal, abbesse de Bellecombe, ma sœur, dame de la Tourette, aussi ma sœur , Monsieur de Lton , Monsieur et Madame de Chevrières, Monsieur DE Feugières , oncle de ma femme, Monsieur d'Adiac , mon frère par amitié , et Maître Godefrot-Villars , notre avocat , je les fais mes exécuteurs testamentaires, les priant d'en accepter la charge et faire office de bons parents et amis à ma bien aimée femme Claire de Saint-Point, non héritière universelle, et à mes enfants.

Fait le 16 dii mois de juillet 1589, après midi.

Signé Saint-Vidal.

Présents les témoins :

Honorables hommes: Marcellin Rousset , procureur du roy en la cour commune du Puy, noble Claude de Polallion, sieur de Bouzols, en Gévaudan , Mss. Jacques Dorlhac, char nolne, sire Antoine Alazert, bourgeoi3, sire /acgues Barthélémy, marchand » sire Nicolas Rochette, et sire Jean Faure, apoticaire de ladite ville.

EXTaAlT DU TESTAMENT

Page 1