CHARLES IX. — COLIGNY
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Cependant les choses changèrent tout-à-coup de face. L'amiral, séduit par les plus généreuses promesses, consentit à paraître à la cour. Il devait naturellement s'attendre à trouver des visages mécontents, il fut au contraire reçu par la famille royale et les courtisans avec les témoignages de la plus vive affection. Tout semblait devancer ses désirs, honneurs , fortune , dignités. Le roi surtout le combla de soins et de caresses. Et d'abord, il lui fit remettre un cadeau de 50,000 livres pour couvrir les pertes qu'il avait pu éprouver pendant les guerres civiles ; puis, il lui fit restituer les biens confisqués du cardinal de Chàtillon, son frère; ensuite il l'appela,
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lui et les siens, dans les plus intimes conseils, et ne voulut plus rien entreprendre sans l'avoir préalablement entendu. Dans plusieurs occasions, Charles laissa même voir à son sujet une partialité extrême en faveur des gentilshommes protestants. Il ne cessait de répéter à son cher amiral que c'était entre eux une étemelle alliance, et que rien ne lui coûterait pour pacifier le royaume. Comme gage de sa foi, pour que personne ne pût douter de sa parole royale, il fit annoncer le mariage de sa sœur Marguerite de Valois, avec le jeune prince calviniste Henri de Béarn. Il fit plus encore, il eut le courage de répondre à ceux qui lui présentaient quelques objections : qu'il saurait braver les foudres ultramontaines et que, s'il le fallait, cette union se ferait sans les dispenses pontificales. Enfin, Coligny parut en toutes choses prendre sur l'esprit du souverain un crédit si considérable, que plusieurs catholiques jaloux s'éloignèrent de la cour. Le traité avec la reine d'Angleterre venait d'être signé à Blois, des négociations étaient ouvertes avec les princes protestants de l'Allemagne, des levées d'hommes étaient commencées dans plusieurs provinces pour secourir les Pays-Bas, on équipait une flotte, le duc d'Albe, jadis influent, n'était plus écouté, et l'on ne parlait plus que de reprendre la Navarre sur les Espagnols pour en faire l'apanage royal du fils de Jeanne d'Albret.
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Cependant, toute cette faveur, toutes ces promesses, toutes ces protestations solennelles n'étaient que mensonge, hypocrisie ; le roi Charles IX était le plus fourbe des hommes. Digne fils de Catherine, pas une goutte du sang généreux de son aïeul ne coulait dans ses veines. Au moment où, par un honteux calcul, il s'emportait dans son conseil et contre le pape et contre Philippe II , il disait en secret au cardinal légat : « Plût à Dieu que je pusse tout vous révéler. Mais, croyez-en ma parole, avant peu le Saint-Père lui-même sera obligé de louer mes desseins, ma piété et mon ardeur pour la religion (1). » En même temps, il faisait, sous main, donner avisa FEspagne des entreprises que ses sujets se proposaient de tenter par ses ordres sur les Pays-Bas. Coligny , dont il serrait la main si tendrement, était l'homme qu'il détestait le plus au monde. Son but, l'impitoyable extermination de la secte maudite, n'avait pas un seul instant varié, seulement il voulut essayer par une lâche perfidie ce qu'il n'avait pu obtenir ni par la persuasion ni par la force. Le conseil donné à Bayonne n'était pas sorti de sa mémoire, mais depuis lors , rélève avait passé le maître dans l'art machiavélique.
(1) Davila. — Capo Lupi. — Jérôme Catena (Vie du pape Pie V). — Mezerai. — De Thou. — Mémoires de l'Etoile.