‹ Histoire du VelayChapitre 31 sur 125 · UNE MESSE A FAT-LE-FROID · texte numérisé non relu

UNE MESSE A FAT-LE-FROID

l'autel de pierre dressé au milieu de la place du village et y déposa ses pistolets, son épée et sa lourde massue. Les canons sonnèrent le premier coup, puis une décharge générale annonça à toute la populace que la messe commençait. Les captifs tremblants tombèrent à genoux. Dominés par la majesté plus encore que par la terreur de ce redoutable spectacle, ils se frappaient la poitrine et demandaient pardon. Alors Monseigneur célébra le saint sacrifice , protégé par une triple haie de soldats qui tous tenaient en main leur arquebuse, mèche allumée.

Après la messe, une seconde salve d'atiUerie vint donner le signal lugubre. L'évéque entonna le chant delà victoire (1), et les exécuteurs furent pendre aux fourches patibulaires les principaux chefs ennemis. Quand les suppliciés eurent rendu le deniier soupir, les troupes épiscopales se saisirent des prisonniers, leur lièrent les mains derrière le dos et les chassèrent devant eux comme le bétail de la montagne. Us les emmenèrent au Puy de cette sorte, tandis que le prélat devisait avec les gentilshommes, et que les prêtres chantaient le psaume du roiprophète: « Il se tieni aux embûches dans des • villages, il tue l'innocent dans des lieux cachés, » ses yeux épient le troupeau des désolés, etc. »

(1) Psaume IX.

La croisade prèchée dans le palais épiscopial, il y a quelques jours à peine, venait de rallier tous les gentilshommes de la province. Un d'entre eux surtout, qui depuis longtemps s'était signalé par sa haine contre les religionnaires, se prononça dans cette réunion d'une façon si énergique, offrit ses services avec tant de dévouement, qu'il contribua, par son exemple peut-être plus encore que n'avaient pu le faire les paroles de l'évoque, à entraîner ses compagnons — C'était Messire Antoine de la Tour , baron de Saint- Vidal .

Saint- Vidal était le Montluc de ces contrées. Gentilhomme de vieille roche, puisqu'il avait eu des ancêtres qui marchèrent leurs enseignes déployées

contre d'Armagnac, il tenait avec toute la rudesse égoïste, tout l'orgueil montagnard à ce qu'il appelait ses droits. Peu soucieux des intérêts étrangers aux siens, il ne se préoccupa d'abord que médiocrement de ce qui se passait dans le royaume, étant de ces races rustiques et sédentaires qui vivent satisfaites de leur situation et ne demandent qu'à la conserver. Aussi disait-on que si jusqu'alors la contrée n'avait été inquiétée par aucun des membres de cette ancienne famille, c'est que nul, pas même les Polignac, n'avait encore osé les provoquer ouvertement.

Tant qu'il s'était agi de débats exclusivement religieux , quoique bon catholique , le châtelain de Saint- Vidal était demeuré impassible derrière ses créneaux bien garnis de canons et d'arquebuses. Mais à mesure que l'insurrection ou plutôt que la révolution prenait un caractère plus libéral, plus directement hostile à la féodalité, on commença à l'entendre murmurer, rugir sourdement, 11 lui en coûtait de sortir de son doux nonchaloir. Cependant, le jour où les religionnaires vinrent s'emparer violemment des châteaux du Velay et en voulurent chasser les maîtres pour s'y établir en garnison , tout-à-coup, sans qu'encore son nom eût été prononcé, on le vit s'élancer hors de son manoir en s'écriant, la rage dans la voix et dans les yeux : Malheur à qui me trouble!

Sain t-Chaumont, Saint-Hérem et Saint-Vidal , les trois protecteurs de la vieille cause, firent bonne garde alors que, ligués ensemble, ils s'étaient chargés de la défense du pays. Il y a dix ans déjà, nous les avons rencontrés traquant comme des bétes fau* ves ces troupes vagabondes qui désolaient nos provinces, et jamais justice ne fut plus expéditive que la leur, nous l'avons dit. Depuis ce temps, le calme ayant un peu semblé renaître dans les montagnes du Velay, notre prévôt était rentré chez lui et avait refermé sa porte avec brutalité sur les bruyantes clameurs de la politique du siècle. 11 voulait tout oublier, il voulait surtout ne plus rien entendre, et ne demandait pour sa part que le repos de son oisive jeunesse. Nul, en effet, n'avait moins d'ambition, ne tenait moins à plaire que le £arouche chfttelain. Elevé dans la campagne, chassant les sangliers etlesloupsi il avait pour compagnie ordinaire quelques femmes de sa famille , timides et dociles , et un troupeau de rustres , ses serviteurs , habitués à trembler au premier signe et auxquels , du reste , il ne faisait presque jamais l'honneur d'adresser la parole.

Saint-Yidal était petit, laid, irascible, vindicatif et fort souvent de méchaiïite humeur. Il avait la voix brève, incisive, le propos franc jusqu'à la rudesse, les habitudes très-peu courtoises. S'il faut en croire

une peinture et certains manuscrits de Tépoque, malgré la laideur de son visage, lorsqu'un sourire venait parfois l'animer, alors sa physionomie prenait aussitôt cette expression indéfinissable d'intelligence, de finesse, de malicieuse bonhommie, qu'on rencontre assez souvent chez nos montagnards, plus narquois qu'on ne le suppose sous leur naïve et grossière enveloppe. Il était vêtu avec une extrême simplicité, et son costume se composait toujours des mêmes ajustements. C'était un maillot collant en tiretaine rouge avec un justaucorps de velours violet, un grand manteau noir et le feutre à larges bords. Son ceinturon, en peau de buffle, était garni d'un anneau de cuivre pour suspendre son couteau de chasse, et d'une escarcelle où il fermait son livre d'heures, car il lisait très-dévotement ses offices deux fois le jour. Il avait aux oreilles des anneaux d'or, se tenait toujours la tête rasée, mais en compensation laissait croître outre mesure sa barbe et ses moustaches rousses.

« Par saint Antoine de Viennois ! disait-il un jour » qu'il giboyait avec Lysias de Maubourg, je doiïne- » rais bien trois des bonnes années de ma vie, pour » tenir au bout de l'arquebuse que voilà quelques » (juarterons de ces parpaillots hérétiques, tant « seulement le petit Béarnais, Condé et ce damné » d'amiral. Vois-tu, camarade, crois-moi, nous

» n'aurons ni paix, ni Irève, que le roi, notre sire, » n'ait pendu haut et court aux plus belles fourches » de son royaume tous ces croquants de la vache à » Colas. Qu'ils viennent, qu'Us viennent encore me » sortir de mon château, et, jour de Dieu ! nous ver- » rons. Ah ! mes drôles , vos souquenilles ne sont » pas assez passementées , vos escarcelles ont les » mailles trop larges à ce qu'il me parait, vous vou- » driez nos écus d'or et nos pourpoints? Je me ferais » écrouler ma tour de Saint-Vidal sur le corps, plu- » tôt que de vous en laisser prendre une i)ierre (4 ) . »

Telles étaient encore les opinions du châtelain, le jour où monseigneur de Senecterre reçut sa commission de gouverneur et convoqua la noblesse velavienne pour lai soumettre la fâcheuse situation du pays. Saint-Vidal, comme nous l'avons vu, ne se rendit pas le dernier à l'appel. Cependant l'évêque ne crut pas devoir l'employer immédiatement; il le tenait en réserve.

Ce fut seulement après le retour de Fay, alors que le prélat , tout glorieux de son succès , montait à Notre -D^me pour chanter un Te Demn , (ju'il apprit subitement l'apparition des huguenots aux portes du Puy. Cette nouvelle consterna les habi-

(1) Voir, à la fin du livre premier, à la Note F, l'inscription gravée sur la voûte du premier palier de l'escalier du château de Saint-Vidal.

tants de la bonne ville qui ne croyaient pas l'ennemi si voisin. Mais la frayeur fut bien plus grande encore lorsqu'ils acquirent la triste certitude qu'Espaly et son château étaient au pouvoir des hérétiques. H n'y avait pas un instant à perdre, aussi Tévéque «e hâta-t-il d'envoyer quérir le seigneur de Saint^Vidal, en lui faisant remettre par Hector de Tourenc, juge à la cour du sénéchal, la lettre suivante :

« Monsieur le baron de Latour-Saint-Yidal,

s> U n'est pas que vous sachiez que les hérétiques, qui * s'étoient montrés en armes sur plusieurs points de notre - diocèse, occupent depuis plus de vingt-quatre heures la >/ ville et le fort d'Espaly. Des hommes que notre charité ^ avoit épargnés, retournant à leurs damnables prattqoes, » leur ont livré plusieurs de nos places. Déjà les commimi- ^^ cations sont interceptées par des bandes de pillards. Hier » au soir, malgré le vent et la neige, les isliers sont sortis, X. mais la nuit étoit si profonde qu'il a bien fallu renoncer à >^ une attaque ; d'ailleurs, les huguenots sont plus nombreux >/ qu'on ne le pensoit. Nous avons nos peines pour retenir la » jeunesse. Le conseil se réunit souvent, et ne sait quel parti » prendre. Ce sera vous, M. le baron de Latour-Saint-Vidal, » qui le déciderez. Tous connaissent ici votre bravoure, votre « habileté, moi surtout. Je vous attends donc prochainement » avec les hommes dont vous pourrez disposer. Dieu aidant » et vôtre bonne épée, nous serons forts. — N'y faites faute.

» Salut et bénédiction sur vous.

» t Antoine, évêque du Puy, gouverneur et comte du Velay.

» Le 11 janvier 1574. »

Dès que Saint-Vidal eut pris lecture de cette lettre, quoiqu'il fût déjà nuit, il assembla aussitôt sa famille. Sa vieille mère, sa femme, ses enfants, ses sœurs et son frère descendirent dans la grande salle où il les attendait. Il resta quelques instants sans mot dire, se promenant à grands pas, les yeux sans cesse attachés sur la missive épiscopale. Tous le regardaient avec étonnement, prévoyant bien qu'il avait quelque triste nouvelle à leur apprendre. Enfin, s'approchant de Françoise d'Albon, il lui dit : a Ma mère, il me faut partir sans délai. L'ennemi » est à nos portes, Monseigneur m'attend, priez » pour moi, adieu. » Et il l'embrassa. Il embrassa aussi Claire de Saint-Point sa femme, ses sœurs Glaire, Antoinette, Louise et Françoise, ses filles Marie et Anna. Ensuite, il prit quelques instants, à part son frère Henri de Latour, sieur de Montvert , lui donna ses instructions au sujet des levées d'hommes à faire, monta à cheval et , sans même se retourner, quoique les yeux humides , s*en alla au Puy escorté seulement par M. de Tourenc et trois ou quatre paysans, ses fidèles- vassaux.

SIEGE D'ESPALY

Depuis déjà plusieurs heures le couvre-feu avait sonné. «C'était, dit Burel, vers le milieu de la nuit du 9 au 10 janvier. Une bande d'environ cent cinquante religionnaires, qui s'étoit avancée sans bruit le long des chemins creux, s'introduisit furtivement dans le bourg d'Espaly. » Presque tous étaient étrangers, et ils n'auraient certainement pas connu si bien les secrets défilés de ces montagnes s'ils n'eussent eu pour capitaine un homme du pays, nommé Vidal GuYARD, autrefois mercier dans la rue Notre-Damedes-Anges, au Puy.

Ce Guyard, comme tous les chefs de partisans à

SIÈGE d'eSPALY. 131

cette époque, étail courageux, adroit, surtout d'une audace prodigieuse. Pour guider ses gens sans coup férir et pour ne pas éveiller les habitants , car son but élait de prendre sur-le-champ la forteresse, il pénétra dans le bourg par un égout, s'approcha doucement du factionnaire de la poterne, le frappa d'un coup de poignard, puis courut ouvrir aux religionnaires qui, une fois maîtres de la place, ne tar,dërent pas à l'être aussi du château:

Aussitôt, les pauvres villageois effrayés s'en vinrent demander du secours au Puy, qui n'est qu'à trois portées d'arquebuse de chez eux. Les citoyens n'hésitèrent pas, ils prirent spontanément leurs armes et se disposèrent à marcher. Mais Senecterre, qu'on s'attendait à voir plus irrité que personne , puisque c'était à lui qu'appartenait le château, se montra au contraire d'une merveilleuse prudence. « Qu'allez-vous faire, Messieurs, dit-il aux consuls » qui lui apportèrent la nouvelle? Eh! quoi! vous » voudriez ouvrir vos portes et vous mettre en

> campagne à pareille heure? Qui vous dit que

> ce n'est pas une fausse alerte? Qui vous assure 9 que ces gens d'Espaly ne se laissent pas épouvanter 9 par une poignée de misérables, et qu'ils ne sont » pas comme des passereaux sous le passage d'un * épervier? Qui vous prouve qu'il n'y a pas quelque » trahison sous cape et que, tandis que nous serions

132 SfBGE o'espaly.

» à Dotts mot-fôndre les pieds dans l'eàu, d'autres » iMieui avisés ne pénétreraient pas chez nous? » Croye2*moi, Messieurs, la colère est nïauvaisé » 'conSe*!lère. Pour aujourd'hui, faites bonne gar- » de ,' doublez les postes autour des remparts ; de- » unain nous verrons. »

L'avis était sage, et, malgré les murmures des jeunes g^ns, on le suivit. — Le lendemain, ' dès la pointe du jour, le conseil s'assembla. U n'y eut qu'une voix; ce fut d'envoyer deux ou trois compagnies ^our châtier ces rebelles comme ils le nîé- Titafent: Cependant, dé nouveaux émissaires étaient introduite d'heure en heure. Vrais ou faux, leurs i*ensei^ements ne t^ssut^îent guère l'assemblée. Les religionnaires, disaient41s, n'étaient plus cent cinquante, mais deux cents, mais quatre cents, niais six cents, tous bons soldats, bien armés et peu dis* "posés à céder la place.

-' Alors, on ne parla plus tant de s'en aller dé suite ^vérs Espaly. Chacun pensa d*al)ord à ses propres ^ffiairefg. Ceux qtii avaient quelques objets de cer*lôinc valeur en dehors de la ville, conimençèrent ^af'y «lettré ordre aVaht tout elle plus discrètement qu'il leur fut possible (1). On reprit ensuite les déli-

(1) Ceux qui avoient le moyen, portaient leurs meubles dans la yiU6 poUvkM tenir ^n sùrêlê; et ledict jour de âimaoch»»

SIÈGE D^ESPALT. 138

bérations. L*év6que annonça qu*il écrirait à Saint- Vidal pour lui confier le commandement des trpu* pes^et qu'en attendant^ le mieia à faire i^tait de ré* parer les brèches des murailles , 4e ^ncber, les portes mal gardées et de ne plus poser les armes. Cette fois, on trouva l'évêque par trop prudent» on désapprouva sa lenteur. La jeunesse, qui n*a jamais les yeux ouverts sur le danger , ne voulut pas céder comme elle Tavait fait la veille; et le soir même de ce jour elle s'en alla bruyamment reconnaître ce qu'il fallait croire de la bravoure des ennemis. Ceux-ci , qui Tavai^nt vue y^nir^ la reçurent de manière à ne plus lui laisser de doutes. Au pre** mier coup de feu, un jeune Àniaien resta, mort sur la place.

Emus du péril que couraient leurs enfants, les pères se décidèrent alors. Jls prirent leurs arquebuses et, vers les dix heures du soir, à la lueur des torches, malgré la neige qui tonabail à gros flocons, ils s'avancèrent pour alléger Espaly. Tous étaient furieux, aus^i se marquèrent-ils d'une croix, blanche» bien résolus à oci^ir sans miséricorde, quiconque dans la mêlée n'aurait pas sur sou chapeau le

tout le monde des faubourgs et ouvrolrs travailloient à se renforeer pour leur sûreté.

134 SIÉGB o'espaly.

signe libérateur. Singulière expédition , entreprise par ces bonnes gens la nuit » aux flambeaux , par un temps pareil ! Mais leur ardeur est si pieuse , leur motif si touchant, qu'on pardonne et qu'on est presque tenté d'admirer cette naïve colère. — Les compagnies bourgeoises se mirent en marche, commandées par les capitaines i52i^r5(l). Avoir les équipages, on eût dit que nos citoyens partaient pour de lointains pays. Ils avaient leurs canons, des pétards, des cordes, des échelles, un arsenal entier, voire même des matelas préparés pour servir de gabions. Cependant l'épaisseur des ténèbres et la neige les forcèrent de battre en retraite, ce dont se réjouirent beaucoup les huguenots, encore mal assurés et qui profitèrent de ce répit pour se fortifier davantage (2).

Dès que Saint- Vidal fut arrivé, il monta chez Monseigneur pour se concerter avec lui. L'évêque,

(1) La ville était divisée en lies ou quartiers. Chaque tle

formait une compagnie que commandait un capitaine.

(2) Ce fust l'occasion que lesdicts huguenots se renforcèrent par tranchées à l'entour des murailles dudict Espaly. Ils tombèrent, abbatirent et bruslèrent presque la moitié des maisons pour se rendre plus forts ; ayant mis en prison les pauvres paysans d'Espaly pour les rançonner, bien qu'ils eussent mis tous leurs biens et denrées dans le château pour s'en secourir.

yLz%, original de Burel. ^ Copie de M. deSaint-Satweur.

SIÈGE D*ESPALT. 135

que beaucoup de ses amis blâmaient à cause de la façon peu miséricordieuse avec laquelle s'étaient terminées ses expéditions dans les montagnes, le reçut à bras ouverts, a Hélas ! Monsieur le baron,«lui dit-il, o nous vivons en un temps où les gens de cœur sont » bien à plaindre ! J'étais triste en songeant qu'il » m'allait falloir prendre encore les armes. Maintenant je vous vois, je suis tranquille ; soyez donc » le bienvenu. » Et il lui raconta ce qui s'était passé.

Le lendemain, quand Saint-Vidal parut à l'assemblée , il commença par critiquer très-vertement la folie du peuple et surtout l'incurie des conseillers municipaux. On dit même que la violence de son exorde excita d'abord quelques murmures. Le châtelain ne sembla pas s'en apercevoir ; mais, par une adroite tactique, il vint ensuite à désigner en termes si bii^nveillants quelques-uns de ceux qui l'écoutaient, parla avec tant d'éloges de la sagesse de Senecterre, de l'admirable conduite des citoyens du Puy lors du siège de 1562, que sa harangue fut couverte d'applaudissements, et qu'il fut proclamé par tous le seul capable de sauver le pays.

Les Aniciens, mieux dirigés cette fois, passèrent une semaine à faire leurs préparatifs. Pourquoi se hâter, en effet, puisque les huguenots, enfermés dans Ëspaly, n'osaient eux-mêmes sortir, tandis que les

186 SIÉGE'VbsPALV;

catholiques pouvaient «choisir le moment CemHrable? Saint-Vidal or^nisa doncses troupes* ii avait 9011s ses ordres la milice bour^eadfee,- les soldat» du roiy les arquebnsiefS'de''Monseigheûr< et quèlfûes' wmpagnies de vofayntairés, entr^ntres celles dii jeiflie Ticomte de Polignai;, de Tirébolet; dn sfeigneor d*Âdiac, son f/^e dfamMé^ etc. ^^ Quand toliCi fut prêt, il attendit unef belle jourrié)^ et, feiïd jaturier^ vers les huit heui^ du tnatln, après atndrir paesè une revue g&iérale, il 61 marcher sur Bspaly dontii^si^ trepritie-siége imoiédiatement;

Avec de pareilles forces 'il était kapiossiblQ que les murailles* pussent longtemps' résister. Bn moins d'une heure, les' catholiques étaient entrés dans le bourg triompbalem^ûft parla brèche. Gefadle soccès sembla d*un heureux augure à Saèit^VidaU <iui s'attendait à prendre le château de la mâmei naanière. Mais le château, bâti sur un haut rochar, d'uAoOté défendu par la rivière de JBorne, de Tautre.par d'immenses fortifications, resta fem&e et dédaigneux sous les coups impuissants qui ne pouvaiHit Tatteia** dre (1). Les assiégeants toaniaieat et retournaient

(1) Les huguenots se garantirent dans le castél-fort d'Espaly, où ils se renforcèrent si terriblement qu'il n'y eut moyen de les en sortir, si ce n'est plus tard par composition. Les pauvres paysans avec leurs femmes et enfans estoient par les rues criant miséricorde et qu'on leur sauvast la vie. Et y fust

sutoB d'hspaly. 137

sans cesse pour découvrir quelque issue ; cq £at en tain. A mesure qu-ils s'approchaient une grêle de baUes renrersait les plus hardis.

Gependant Sainti^Yidal voulnt tenter un dernier ^fort Suivi d'une dizaine d'honamee^U avisa une pmntede rocher^ fit dresser des échelles et diégà tentait Fescalade, quand un coup d'arquebuse Tat*. teignit à l'épaule et le renversa noyé dans, son sang.< Alors ses^ soldats découragés Télendirenlt dans une litière, prêts à l'entr^ner dans leur faîte. Mais lui, que le dépit , que la honte faisaient plus souffrir encore que sa iAeasnre, « nous reviendrons bientôt, y> :s'éeria*tfil, efceette foisrjelejure, noua chasseront > de ce castel ôpiscopal ces infâmes brigands^ ces » scélérats* En attendant, camarades » qu'>on brûle y* tous les : taudîs de ce viUage^ qu'on> reninsrse toutes >^ ces nrarailles; elqn&Dien nous fosse un prompt » retdUf . » Il dit; et la treupe désespénée s^empressa d'obéir; dé telle sorteque le bourg d'Espaly, alter*nativement mvagé^^r les deux tMapSy ne< savait plus 4uel étAît po^ir lui le plus à craindre.

Saint^Vidal éprouvait die si tive&douleurs qu'il lui

pat moi» /«Ml Jkir^l» garaaty un petit eofant de 4e«x ans qui se èrttsloit. ^t ^ vUle fui pilUa par les «oldats.*; pencUat le^el teiopa que 1«8 huguenots deoiour^mnt «u cbAteau, U TÂUe fut démaatelée de plus de 100 pas.

138 SIEGE d'espalt.

était impossible de quitter le lit. Néanmoins , malgré ses souffrances, il ne cessa pas un seul instant de diriger toutes les opérations militaires. Chacun venait lui rendre compte heure par heure, et rien dans la ville n'était entrepris sans son ordre. L*évèque , heureux d'avoir rencontré un si vaillant capitaine , semblait se reposer sur lui avec confiance; quelques familiers assuraient même que déjà il s'était démis en sa faveur du commandement de la province.

Une semaine se passa en observations réciproques ; < seulement, dit Burel, plusieurs religionnaires im- » prudents , qui avaient quitté le château, furent » saisis, amenés devant le prévôt et pendus dans les « vingt quatre heures (1). » Les consuls et les notables de la ville voyant les calvinistes bien résolus à garder et à défendre la place, et persuadés qu'en définitive c'était sur eux que retombait tout le mal, se déterminèrent à entrer en négociations.

(1) Pendant la nuict , les compagnies sortoient de la ville pour battre l'estrade. Et furent prlns pendant ledict temps plusieurs huguenots, et après, furent pendus de suite au martorel par sentence du prétest, sortans les gendarmes sur la minuict avec leur trompelte sourde (car ils avoient une autre trompette pour le jour).

Burel.

SIEGE d'espalt. 139

11 y eut donc une assemblée générale à laquelle Saint-Vidal se rendit. On y décida, sans plus attendre et pour que le pays n*eût pas plus longtemps à être inquiété, que le lendemain M. de Yolhàc, capi* taine-mage , accompagné d*un parent de Guyard , irait porter à ces rebelles des propositions d'accommodement. — Guyard traita de puissance à puissance. Dès Touyerture, il ne craignit pas de demander trente mille livres. La somme était exorbitante, la ville ne pouvait s'imposer un pareil sacrifice. On voulut essayer de le rendre plus traitable , il fut inflexible. Saint- Vidal, qui n'avait vu qu'avec chagrin les démarches du conseil et qu'avec dépit l'exigence des religionnaires , promit aux consuls qu'avant peu, sans qu'il leur en coûtât si cher, il saurait bien leur rendre la forteresse d'Espaly. « Ce qui • fait leur force , dit-il, c'est notre générosité ; ce » qui les rend insolents, c'est votre frayeur , Mes- » sieurs. Pourquoi donc, s'il vous plaît, traiter ces » vilains comme d'honnêtes gens, et cette poignée » de traîtres comme de loyaux sujets ?. Pour les » vaincre, il faut se mettre sur leur terrain et les > combattre à armes égales. Ils viennent la nuit , » s'introduisent chez vous en voleurs, se mettent à » commander dans vos maisons , puis, pour qu'ils » déguerpissent, vous leur faites offrir de l'or ? Le » bel exemple pour les autres... »

1 40 SIÈGB D*p;SPAtY.

Alors Saial-^VidaK ^ qui Iç çonsçil l^i^sa Iq soin de la débaiTBWsercomin,^ U.J*Wtefl4if#.^^^^ dangereux voisipage, ne. craignit pa^ d*ei^plpyer la plus iosigo^. GalooH)ie» . lit . perâda, na wtag«arcl.|lt. aussitdt iiabrîqii^ mne letti;e i adr^sép . ^^3f^ . /QPPi^iils par Gujard , 4anR laq^^lle celui^pi , w^pjbî^ e^iigffmtf en secpetq^i'U l'avait pi^m n^gw^re, propoç^if . 4p lir* vrer, j^w quelques , cpntainjes. . 4^. i platfjl^^ , î|Qr-, fouse, sûn4iwteu»Pt,.€t sçtgawfion,.B(^^piiljlj^,powi: unseuL . • ..... ,. .. •.-.,

Cette missive f^tmygitérieuseaïient com{pii^£|U(6e à Morfpu^^ qn'm cqj^i^^.ffiifr m.^l^mm, très-irascible. Celui-ci attendit la nuit, D<^$,j(]^*4fr6}^^ fait sa ronde et que, tranquille sur le bon ordre de ses postes, il se fut retiré pour prendre du repos, le lieutenant réunit ses camarades dans une des salles basses du château et leur donna la preuve de la trahison deOuyard. La troupe* furîetisey^quî savait plutôt besoin d*être maintenue que provoquée, se constitua intimédiatemeiit ^m tinbiâffîl'VBngewri G-était un terrible spectacle , de voir à pafeiltei heure cinq ou six cents rebellés, armés' de tdrchës él 'de poignards, assemblés sous les voûtes profondes du manoir qui salua Charles YII^ et là, comme les inquisiteurs qu'ils maudissaient , condamner, sans vouloir même l'entendre, leur chef; icelui quîvemrit de les rendre redoutables à tant dé braves ci-

SIÉGÉ D*ESPALr. 141

loyehs. — Là mort de Guyft?d fut résotae au milieu des imprécations de ses jugtîs , et l'arrêt n'était pas^ même encore fendu , que déjà les plus exaltes salaient élantés dans sa chambre pour rasâassiuer (1). Lé lendemain, cette nouvelle fut apportée à Saille- Vidal en même temps qu*un courrier du Languedoc lui apprenait sa nomination de gouverneur liu Velay. Ce double événement fut un grand sujet de joie pour la TiHe. Morfouse, qui peut-être avait secrètement été gagné, se montra plus facile que son prédécesseur, car îl ne tarda pas à conclure un traité avec les consuls du Puy, dont voici les clauses principales :

1 » Il sera compté deux mille écus d'argent pour toute la garnison.

2* Il y aura une paire de chausses pour le capi-

(1) Fm faiote une foasae lettre pour porter à Morfouse» son Ueutensnt» eoiiti^nant que ledict Guyard avoit prooUa à ceux du Pmy de leur rendre Morfouse et les autres soldats, et de les faire tuer. — Laquelle lettre porta le seigneur Saint-Agrève . huguenot gagné. Et Jouant son personnage, la bailha et rendit à Moribnse, disaht secrètenlent que luy doimoit advisdeson profit. -^ Bt todt' à rheure, iot-toé d'un 490upde pistolet au travers du corps Guyard, et le fils de Fuoc, pour l'avoir voulu soutenir.

BUREL

\i2 SIÈGE d'espalt.

taine, des souliers, des chapeaux et des épées pour les soldats.

3» De son côté, le capitaine Morfouse s'engage, pour lui et pour ses gens, à évacuer de suite le château et le bourg d'Espaly.

4<> Enfin, pour garantie de l'exécution du présent traité , des otages seront donnés de part et d'autre (1).

Tout fut fidèlement exécuté, et les clefs de la place furent remises entre les mains de l'évêque. Mais une circonstance qu'il ne faut pas oublier ici et qui par malheur se reproduit trop souvent à cette époque désastreuse, c'est la barbarie de la populace des faubourgs. « Oui , dit le chroniqueur in-

> digne, disons-le, après la rendue du chastcau

> d'Espaly, les ha1)itans et le peuple du Puy sor- » tirent hors de la terre le corps de Guyard, à qui, » par grand'dérision , on arrachoit la barbe et les * yeux de la tête à grands coups de pierre »

(1)... — De la partdu Puy, noble Louys d'Albiac, seigneur de Ferranbe, et Jean Pandrau, cnyratier de la villô, et bailbé en leur lieu le seigneur de Monteils et de Montréal. — Et ledict Morfouse bailba quatre de ses soldats pour demeurer enostage.

BUREL

ADIAC. — CHAPTEUIL. — TENCE.

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