‹ Histoire du VelayChapitre 60 sur 125 · L'INQUISITION AU PUY · texte numérisé non relu

L'INQUISITION AU PUY

Le 3 décembre 1585, Châtillon croyant avoir facilement raison de la ville du Puy, à l'aide d'environ deux mille soldats auxquels il avait fait traverser en tonte hâte les montagnes déjà couvertes de neige, s'avança furtivement pour la surprendre pendant la nuit. Le rusé capitaine avait laissé son armée à une ou deux portres d'arbalète dans le vallon de la Borne. Suivi seulement d'une centaine de pionniers, il s'était embusqué, vers les neuf heures du soir, derrière les murailles du couvent des Jacobins. Châtillon comptait sur Tobscurité pour disposer à son aise ses batteries et pour faire

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sauter la porte du Nord (celle des Farges), contre laquelle il venait d'appliquer deux gros pétards en fonte. Tout était prêt; il allait allumer les mèches, lorsqu'une grêle de pierres fondît brusquement des créneaux, et le força à s'éloigner au plus vite. La sentinelle placée au-dessus de la porte avait découvert ses manœuvres, mais plus prudente que lui elle avait répandu l'alarme saus qu'il pût s'en apercevoir. Un de ses hommes fut pris et pendu peu de jours après. Quant à lui, dont l'intention n'était pas de perdre dans ce pays un temps et des soldats plus utiles ailleurs» voyant son plan déjoué, il allfi^ rejoindre Montmorency.

Les Aniciens, enchantés de l'heureuse issue de cette affaire, montèrent à Notre-Dame pour rendre grâce à Dieu. Un des pétards abandonnés par Châtillon fut suspendu en trophée aux voûtes de l'église (^). On décida que chacun jeûnerait et communierait, et que pendant quarante jours on ferait des processions. Gomme le bruit s'était répandu

(1) Ledit Cbâtillon et ses troupes se retirèrent à leur confusion, liiissant un de leurs pauvres serviteurs pour enseigne, qui après fut pendu au Marlouret. Et le pétard, porté à la maison consulaire, fut baillé à Monseigneur du Puy, puis, quelque temps après, fut mis en lumière devant le grand autel de Notre-Dame. Et l'on fit escrire le long du diçt pétard les raisons et les noms des seigneurs consuls. Burel.

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que les huguenots avaient des intelligences dans la place, il fut proclamé officiellement, à son^ trompe, par les rues et par les carrefours, une promesse de cent cinquante livres à ceux qui dénonceraient les traîtres à la justice (l). On poussa même si loin la sévérité des recherches à cet égard, qu'un citoyen, convaincu de s'être endormi pendant sa faction, fut condamné à faire amende honorable, en chemise, avec inscription sur le dos.

Grand nombre de suspects avaient été arrêtés et rais en prison, entre autres, le fils d'un notaire, appelé Jean Aimeras^ qui jadis avait porté les armes pour la réfoime, sous le commandement de Chàtillon. Ce jeune homme fut mis à la torture, et forcé par la douleur de faire les révélations qu'on Uii demandait. Pressé par le juge inquisiteur, il dit que deux à trois cents habitants du Puy, parmi lesquels étaient Reynard, Balalhon, Guitard et les deux frères Sabatier, n'attendaient que l'éclat des pétards de l'ennemi pour s'élancer à son secours et lui livrer la ville. Sur cette déclaration, arrachée

(l) Seroit faicte une criée et proclaDiaUon par les carrefours de la ville iiue : Qmsauroit des nouvelles, parouy-dire ou autrement, de qui auroil manié et pratiqué avec les dicts voleurs et les avoir fait venir pour la ruine de la ville, que on leur donneiroit cinquante escus pour leur vin,

BUREL

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à une victime étendue sur le chevalet, la justice dirigea ses poursuites et entama un procès qtii ne dura pas moins de trois mois. Tous ceux qui refusaient de répondre ou dont les paroles ne semblaient pas assez précises étaient appliqués à la t

question. Enfin, le 4 janvier 1586, Aimeras fut condamné à être pendu au çibet du Martouret. Au moment où ce malheureux montait sur Téchafaud pour subir sa sentence, il fit une rétractation publique, déclara que c'était faussement qu'il avait accusé les prisonniers, et leur fit demander humblement pardon.

Cet événement jeta un grand trouble dans la ville. Les parents et les amis des intéressés, s*emparant des dernières paroles d'Alméras, s'assemblèrent en tumulte pour réclamer à grands cris la délivrance générale des détenus. La justice résista avec vigueur, et comme elle craignait quelques violences, elle fit immédiatement fermer les portes de la ville, puis, sans désemparer, poursuivit le cours de ses informations.

Aussitôt il fut publié un monitoire prononçant l'excommunication de tous ceux qui sauraient quelque chose et ne viendraient pas immédiatement le déclarer. L'inquisition allait si vite dans ses impitoyables enquêtes et se montrait si confiante dans les dénonciations consignées au fond de ses téné-

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