‹ Histoire du véritable Saint-Genest du RotrouChapitre 11 sur 26 · V. G Devant celte action, où le ciel s'intéresse · texte numérisé non relu

V. G Devant celte action, où le ciel s'intéresse

Un ange tient la place, un ange me redresse ;

LE FINGIDO VERDADERO 49

Un ange par son ordre a comblé mes souhaits, Et de l'eau du baptême effacé mes forfaits. . .

V. 6. Un ange par la main m'a conduit dans le port, M'a fait sur un papier voir mes fautes passées Par l'eau qu'il me versait à l'instant effacées.

Cette vision de Saint-Genest se comprend beaucoup mieux, à notre sens, quand on sait qu'elle est l'interprétation toute spirituelle, quoiqu'un peu subtile, d'un événement matériel qui se manifestait aux yeux de tous dans la pièce espagnole :

DIOCLÉTIEN

Ce passage a été remarquable.

MAXIMIEN

Il joue dans la perfection.

LENTULUS

11 n'y a pas de différcace entre cette situation et la réalité même'.

CAMILLE

Comme il imitait bien les chrétiens dans la cérémonie du baptême, humble et les mains jointes !

DIOCLÉTIEN

Il semble qu'il le soit lui-même ^.

Ginès redescend et reparaît sur Je plancher de la scène :

Sa feinte passerait pour la vérité même. ■^ RoTROU, IV, 6 :

Il feint comme animé des grâces du baptême.

Allons, amis, je reviens satisfait ; allons maintenant au martyre.

LE CAPITAINE

Par Apollon, nous voilà bien ! dans tout mon rôle je n'ai ni ce passage ni ces vers {esse pie) ; {i, p. 73\

Et sur ce vaoi pie, qui veut dire à la fois vers, mètre, et pied, Tacteur Ginès fait les plus déplorables jeux de mots : « Dieu a mis ces pieds » dans mon rôle... Je ne pourrais le suivre si je » ne le laissais guider mes pieds.. ., etc. ij, p. 74). »

Enfin le capitaine s'impatiente : Dites là-bas qu'on souffle à Ginès, car il ne sait plus où il en est.

LE SOLDAT

Holà, soufflez.

GINÈS

Mais ne vois-tu pas que c'est le ciel qui me souffle à présent', depuis que j'ai entendu un ange derrière le rideau bleu? Mon rôle était erroné : là oii je devais dire Dieu, mes amis, je disais le Démon ; au lieu de grâce, péché, au lieu de ciel magnifique, enfer (enfer oîi je serais allé si j'étais resté dans l'erreur) ; au lieu de vie, mort cruelle ; au lieu de gloire, pleurs éternels; mais depuis qu'un ange m'a enseigné tout ce que je devais savoir, j'ai récité mon rôle à Dieu, ainsi que VAve Maria qui en faisait partie. Dès aujourd'hui j'appartiens à Dieu, et le ciel peut dire

' RoTROu, iV, 6 :

Holà, qui tient la pièce? — Il n'en est plus besoin... Dieu m'apprend sur-le-champ ce que je vous récite.

LE FINGIDO VERDADEKO 51

que je serai le meilleur acteur {el mejor représentante) ' {l, p. 74).

LE CAPITAINE

Soufflez car il s'embrouille : tout ce qu'il dit est improvisé.

GINÈS

Oui, certes, et tout cela je l'ai appris par miracle.

FABio en ange.

Ginès, de la part de Dieu, je viens pour te parler.

LE CAPITAINE

Ce passage-là a été dit, et il est bien inutile que vous cbercbiez à l'arranger; la scène du baptême est terminée.

FABIO

Comment cela, je n'ai pas paru !

' Rotrou a imité d'assez près tout ce passage : Ce monde périssable et sa gloire frivole, Est une comédie où j'ignorais mon rôle; J'ignorais de quel feu mon cœur devait brûler; Le démou me dictait quand Dieu voulait parler; Mais depuis que le soin d'un esprit augélique M'a conduit, me redresse et m'apprend ma réplique. J'ai corrigé mon rôle, et le démon confus. M'en voyant mieux instruit, ne me suggère plus. J ai pleuré mes péchés, le Ciel a vu mes larmes : Dedans cette action il a trouvé des charmes. M'a départi sa grâce, est mon approbateur, Me propose des prix, et m'a lait son acteur.

J'ai souhaité longtemps d'agréer à vos yeux;

Aujourd'hui je veux plaire a l'empereur des Cieux ;

Je vous ai divertis, j'ai chanté vos louanges.

Il est temps maintenant de réjouir les Anges.

Il est temps de prétenrlre à des prix immortels.

Il est temps de passer du théâtre aux autels... (H', (i.)

LE CAPITAINE

Si, VOUS avez paru.

FABIO

Moi? Que dites-vous?

DIOCLÉTIEN

Avez-vous fait remarquer aux comédiens que je suis-là?

GIN ES

Seigneur, la faute en est à moi, et vous avez tort de vous étonner'.

DIOCLÉTIEN

Si vous ignorez vos rôles, pourquoi venez-vous jouer? et pourquoi vous disputez-vous ainsi en ma présence -.

LE CAPITAINE

Votre Majesté u'a-t-elle pas vu l'ange ici-même ?

DIOCLÉTIEN

Oui.

CAMILLE

Et cependant il s'obstine à dire qu'il n'est pas entré en scène, et il veut recommencer le passage.

FABIO

Puissant Empereur, je veux avoir la tête tranchée, si l'on peut prouver que je suis entré en scène (/,p. TS).

' RoTROu, IV, 6 :

Excusez-les, Seigneur, la faute en est à moi...

Votre désordre enfin force ma patience Songez-vous que ce jeu se passe en ma présence? Et puis-je rien comprendre au trouble où je vous voi?

LE FIXGIDO VERDADEKO 53

La discussion continue ; mais Fabio ne veut pas en démordre. Ginés appuie ses affirmations :

Fabio dit vrai, car c'est un Paranymphe du ciel qui avec une voix divine a récité tout son rôle '.

DIOCLÉTIEN

Comment un Paranymphe?

GINÈS

Un ange qui m'a montré un livre sacré où j'ai vu tout ce que j'ai appris et tout ce que j'ai dit. Césars, je suis chrétien, j'ai reçu le saint baptême : c'est ce que je vous représente, parce que Jésus-Christ est mon directeur. Votre colère est écrite dans la deuxième journée, et dans la troisième je représenterai le martyre (ni, p. 7~).

Dioclétien et Maximien s'irritent et somment le comédien d'adorer Jupiter.

DIOCLÉTIEN

Eh bien! je vais jouer mon rôle, et tu mourras au théâtre, puisque tu as vécu sur le théâtre -. Je siège ici comme juge, amenez-le.

1 Paraninfo. — Voici Tarticle du Dict. de rAcadémic :

En su riguroso significado es el padrino de las bodas. —

Comuumente se toma por el que auuncia alguna felicidad

— Eu las universidades el que anuucia la entrada del

curso, estimulando al studio con alguna oracion retorica.

* RoTROU, IV, 6 :

Fermez les actions par un acte sanglant :

Qui vécut au théâtre expire dans la scène;

Et si quelque autre atteint du même aveuglement

A part en son forfait, qu'il l'ait en son tourment.

Sainl-Genest. 4.

GINÈS

Bien dit. Me voici : Je renie tes dieux et j'adore Christ, le Dieu vivant.

DIOCLÉTIEN

Et moi je te condamne à mort : tu vois que le jugement est court ; et je terminerai mon rôle quand Lentulus et Sulpice auront arrêté et questionné tous ceux qui sont avec toi. Sortons d'ici, Camille.

M.VXIMIEN.

Rustre, pourquoi as-tu perdu la grâce de TEu.pereur ?

GISÈS.

J'ai celle de Dieu ' {n, p. ").

Ginès est arrêté, chargé de chaînes et emmené en prison. On passe alors à l'interrogatoire des comédiens. Eotrou a encore imité, quoique considérablement abrégé, cette scène : la voici tout entière dans l'original espagnol :

LENTULUS

Appelez les comédiens et qu'ils entrent un à un sans que personne puisse se dérober.

Y a-t-il parmi vous d'autres rustres (villanos) qui viennent aussi pour se moquer de César?

• RoTROu, IV, 6 :

Simple, ainsi de César tu méprises la grâce ? — J acquiers celle de Dieu.

LE FINQIDO VERDADERO 55

LENTULUS

Il n'y a qu'un chrétien qui puisse avoir une telle impudence.

Chaque coméôÀen entre et est questionné à son tour.

Entre margelle.

Que me voulez-vous ? — Dis qui tu es ? — Je suis Marcelle. — Quel rôle jouais- tu avec Ginès? — Ne l'as-tu pas vu? Je représentais les femmes.

lEntre octave.

Toi, qui es-tu? — Son époux. — Quel rôle avaistu ? — Les rôles d'amoureux {galanes).

Entre serges te.

Vous, que faisiez-vous ? — Les. . . {rufianes), les soudards {el soldadillo perdido)^ , le capitaine fanfaron et autres choses du même genre, à l'occasion.

Entre fabio.

Et toi? — Je fais les jeunes gens, les princes, et les autres rôles du jeune âge.

Entre albinus.

Moi, les malheureux bouffons {graciosos), pas heureux du tout si tu te mets en colère : je fais aussi les bergers, quand quelque dame s'égare et m'appelle dans la montagne.

' he Dictionnaire de l'Aradémie de 1726 explique le mot soldadillo par l'expression de solàdiào pequeno h poco lucido, lai. parvus miles, despectus, pusillus : Cf. Littré, Dictionnaire et supplément, verbe péquin.

n6 HISTOIRE DU VERITABLE SAINT-GENEST

Entre salluste.

Je fais les traîtres. — Lentulus. C'est un vilain personnage. — Salluste. Seigneur, je suis bien né et je n'ai jamais trahi personne.

Entre fabrigius.

Je fais les pères, les rois, les personnages graves. — Lentulus. Alors vousjouez mon rôle ? — Fabricius. Seigneur, j'ignore les lois.

Entre celia.

Je fais les seconds rôles de femmes ', les servantes, les bergères et autres rôles moresques [y otras figuras de Moras) .

Entre le costumier (El guardaropa).

Je suis le costumier, et je m'appelle Ribctc.

Entre marcius.

Je suis le fossoyeur [sepiilturero)

lentulus.

Je suis désolé de vous voir en cet état : ce serait une cruauté de vous arrêter : l'épondez-moi brièvement : êtes-vous clirétiens?

Page 1