LA LEGENDE CHRETIENNE
Ajacis furmtis personam agens tantopere eo est raptus affeciu ut in insaniam vere fuisse converswii recitet Luciajius.
Saint-Genest devint très populaire au Moyen- Age ; il s'appelle alors Genis, et nous avons donné récemment une longue analyse et d'importants extraits d'un mystère dont le manuscrit est conservé à la Bibliothèque Nationale ' .
Nous nous bornerons pour l'instant à transcrire ce nouveau passage qui reproduit très exactement les textes latins que nous venons de rapporter :
En après jay vehu de certain
Dessus moi venir uue main
Dessendant du cyel en luanges,
Et si ay vehu venir les anges
Rayans de splandeurs par regart
Qui estoient do chescunne part
De moy, à haulle voix lisans
En ung livre en recilans
Tous mes pechies : par tel magnière
Genis, tas fait bonne prière
Car ceste eau ta lavé
Tous tes pechiés et anuUiés.
Par leau du batiesmant
Ce livre aussi pareillemant
Feust si très blanc et si très net
Quon s'il uyeust oncques si net.
' Ly>toire du glorieux corps Saint Genis à XLIII personnar/es, fonds français, n" 12537. Voir l'App'^ndice et de nouvelles citations dans la BOte de la page 86. Nous nous taisons un devoir de répéter ici que nous avons trouvé l'indication de ce mystère dans l'Histoire du Théâtre Français de M. Petit de JuUeviUe.
A son tour Lope de Vega, prêtre et familier de l'Inquisition, s'empara de ce sujet et composa une pièce de théâtre intitulée : Lo Finyido Verdadero, tragicomediafamosa, dedkada al R. P. presentado F. Grauiel Tellez, Religioso de niiesfm senora de hi Merced, Rede ne 10 II de cautiuos; En Madrid 1622. Le catalogue du théâtre espagnol de la Barrera, joint au titre principal la mention suivante : Lo Fingido Verdadero, el mejor Représentante, o vida, muerte y martirio de san Gines. Tout cela se comprend facilement, mais comment traduire en français ces mots de Fingido Verdadero/ Rotrou y pensait-il quand il disait : le Véritahh Saint-Genest V (Voir page 79.) En tout cas, il nous donne un sens très exact dans le dernier vers de sa pièce, où l'on annonce le trépas de l'acteur qui voulut
D'une feinte, en mourant, faire une vérité.
Serio agere cœpit qui jocis antea actitabat; verum reprœsentavit ex fido, avait dit Baronius.
La pièce de Lope de Vega n'est pas seulement une comedia, divina ou de Santos^, dans laquelle la pieuse légende est fidèlement suivie et respectée : c'est encore un vaste tableau d'histoire ' romaine où prennent place , en un large cadre, les événements extraordinaires qui furent la
' L'expressioa à'auto sacr ameutai que nous avons employée précédemment n'est pas exacte.