‹ Histoire du véritable Saint-Genest du RotrouChapitre 25 sur 26 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

LE VERITABLE SAINT-GENEST A L'ODEON EN 1815 ET A LA PORTE-SAINT-MARTIN EN 1874.

Le samedi 15 novembre 1845, l'Odéon rouvrait ses portes. Son nouveau directeur était l'acteur Bocage. Un très spirituel prologue en vers de Th. Gautier commençait la soirée ; une non moins spirituelle comédie , un Bourgeois de Rome, de M. Octave Feuillet, auteur encore inconnu du public, la terminait. Le principal attrait de cette solennité, c'était la représentation du Véritable Saint-Genest. Un mois auparavant l'on s'était déjà quelque peu occupé deRotrou au Théâtre Français, dans une petite comédie de MM. Delaboulaye et Cormon, intitulée : Corneille et Rotrou. Les critiques de l'époque (J. Janin, dans les Débats, Albert Aubert, dans le National, Th. Gautier, dans la Presse, R., dans le ConstHutionnel) s'accordent à constater le grand effet que produisit la pièce de Rotrou. On admira, dit Th. Gautier, « ce vers dru, » abondant, spacieux ; cette grande manière » demi-latine , demi-espagnole (Th. Gautier

» avait vu juste), hautaine avec familiarité, » cette fougue cavalière... etc. » La surprise était générale. On n'en revenait pas de trouver dans une pièce que l'on croyait surannée « tant de » jeunesse et de sève, ces coquetteries héroïques. » cette variété de tons... etc. » L'acteur-direc- \e\iT Bocage, « la face illuminée de rayons, le » pas incertain, ne regardant plus que le ciel et » nageant dans un océan d'extase » produisit l'impression la plus saisissante.

Malgré cette brillante reprise, Saint-Genest en resta là, et il faut aller jusqu'en 1874 pour trouver dans les annales du théâtre une nouvelle représentation. C'est aux matinées littéraires de Ballande qu'en revient l'honneur. Le Véritahb Saint-Genest fut joué deux fois à la Porte-Saint- Martin en l'année 1874 (mars et novembre). Le 8 novembre la représentation était précédée d'une conférence de M. Jules Arboux à laquelle la compétence théologique de l'orateur donnait un piquant attrait. (M. Arboux est aujourd'hui pasteur de l'église réformée.) Dans une péroraison émouvante l'orateur fit ressortir la toute-puissance de la foi, de la croyance et de l'idée, combattues ici-bas par mille redoutables ennemis : « Souvent, disait-il, c'est la famille ellemême,

— 0 combat que surtout j'appréhende.

Page 1