‹ Histoire du véritable Saint-Genest du RotrouChapitre 7 sur 26 · ACTE I · texte numérisé non relu

ACTE I

Nous sommes en Mésopotamie : les soldats romains, épuisés par la fatigue, accablés par la chaleur, maudissent l'empereur Aurélien qui les emmène si loin sous ce climat meurtrier, laissant à Rome un de ses fils, Carin le débauché, pendant qu'il expose l'autre, Numérien, à tous les hasards de cette rude campagne. Parmi les mécontents. Maximien et Dioclétien se distinguent par la violence de leurs attaques ; toutefois Dioclétien se calme bientôt et demande qu'on parle plus doucement de l'Empereur : « Car ce n'est pas peu

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» de chose que de tenir le sceptre, et moi-même )) je pourrais bien un jour être Empereur. » [a, page 61.)

Camille, une jeune paysanne (foZ^raf^ow), vient offrir du pain aux soldats. Dioclétien, qui n'a pas d'argent, promet de la payer quand il sera Empereur, et la jeune Camille lui prédit ce glorieux sort quand il aura tué un sanglier [jahaU]. (b, page 62.)

Un orage épouvantable éclate ; les nuages obscurcissent le ciel ; les éclairs brillent de tous côtés. Aurélien apparaît couronné de laurier, il apostrophe les dieux, Mars et Jupiter, et tombe foudroyé. Numérien est immédiatement acclamé par les soldats et nommé consul en présence de son beau-père Apw.

Un changement à vue nous transporte dans les rues de Rome, pendant la nuit. Carin se promène avec deux musiciens, Célio son valet, et une femme habillée en homme, Rosarda. (c, page 62). Après toutes sortes de plaisanteries, de jeux de mots et de lazzis, ces étranges personnages vont frapper à la porte de l'acteur Ginès. Carin demande à voir les actrices de la troupe. La meilleure, dit Ginès, vient de partir : elle s'est faite chrétienne. En continuant sa promenade nocturne, Carin est attaqué et tué par le consul Lelius dont il a déshonoré la femme.

Ici se produit un second changement à vue :

nous sommes aux portes de Rome ; les légions de Mésopotamie arrivent et apprennent la mort de Carin; Apio ramène son gendre Numérien fatigué de la route, malade, enfermé dans sa litière \silki de inanos). Dioclétien prend une couronne de laurier et veut le saluer Empereur ; il entr'ouvre les rideaux de la litière^, aperçoit une figure livide, touche une main glacée : Numérien esi mort empoisonné par son beau-père Apio. Dioclétien accomplit alors la prophétie, tue Apio, fait '&oTs.'pronunciamento, harangue les soldats, est acclamé par eux et marche sur Rome avec toute l'armée.

Il est à peine besoin de faire remarquer que pour cette parenté et cette descendance d'Aurélien, de Carin, de Numérien et d'Apio, ainsi que pour la mort de Carin, Lope de Vega en prend à son aise avec l'histoire. (Cf. Eutrope, livre IX. ) Quant à la fameuse prédiction, elle fut faite à Dioclétien, non pas en Mésopotamie, mais à Tongres. Enfin, la façon dont le poète espagnol arrange les mots de la prophétie est assez curieuse dans sa naïveté. Voici le passage; c'est Dioclétien qui parle :

Je me souviens qu'en vendant son paiu, une paysanne, que je promettais de payer quand je serais Empereur à Rome, me dit : <s Tu seras Empereur quand ta brillante épée aura tué un sanglier jabali) »; mais alors puisque le consul se nomme Apro, ce qui, dans notre langue latine, veut dire sanglier

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(Jabali), et puisque sa méchanceté le rend senfiblable à cette bête, sans aucun doute la prophétie s'accomplit aujourd'hui. » (d, page 62).

Or partout ailleurs, Apro, clans la pièce espagnole, s'appelle J.jj'ïo; il faut donc, pour comprendre ce passage, identifier ces trois mots : Apio, Apro oi jabali.

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