I MEMOIRES VU VICOMTE
An. 1 647. M. Rofcn n'ayant aucun équipage , mais feulement quatre perfonnes âvec lui , afin d'ôier tout foupeon : mais aulfi M. Rofen n'avoit pas un fi grand crédit qu'il ne fut aifé de voir que les troupes ne prendraient pas fon parti quand il feroit arrête.
On arriva à huit lieues de Philisbotirg , dans une petite ville nommée Etlingcn , où un Régiment d'Infanterie des mutins faifoit la garde : M. de Turcnne fit venir la nuit cent moufqueiaires de Phiiisbourg , leur comînanJa de fe trouver à la pointe du jour à l'ouverture de la porte , s'y en alla lui-même , perfonne n'étant levé dans le quartier , en biffa cinquante à la porte , ordonna à la garde de pofer les armes , & envoya les cinquante autres chez M. Rofen ; après l'avoir fait lever, il le fit marcher à l'inflant à PhilUbourg , le faifant embarquer fur le Rhin à deux lieuës du quartier. Il envoya quérir en même temstous les Officiers qui commandoient les Régimens de Cavalerie , à qui il dit qu'il avoit fait arrêter M. Rofen , & leur commanda de ne le plus reconnoître. II trouva une parfaite obéïffance dans tous les Officiers, qui promirent qu'ils feroient ce que M. de Turenne leur commanderait. La même mutinerie demeura cependant parmi les Cavaliers ; mais depuis la prife de M. Rofen , il ne leur relia perfonne pour les commander : tous les Officiers jufqu'aux Caporaux demeurèrent auprès de M. de Turenne ; deux Rcgimens même rentrèrent dans le devoir , & ne voulurent point fuivre les autres , qui marchèrent vers la Franconic , ayant élû des Chefs parmi les mutines.
M. de Turenne les fuivit avec tous les Officiers , & avec quelques efeadrons ; & au bout de deux jours il les atteignit dans la vallce du Tauber : comme c'étoit un pays ferré , il ne craignit point de les approcher , quoiqu'ils fulfent en beaucoup plus grand nombre j eux qui croyoient qu'il n'osât les attaquer*, commencèrent à défiler pour gagner une montagne. M. de Turenne les ayant vu , fît charger leur arricre-garde : les autres qui étoient engages dans le pafTage voulurent rebroulTer en diligence j mais on les mit en telle confufion qu'on les rompit entièrement : M. de Turenne penfa être pris à une première charge qu'il avoit faite avec quinïe ou vingt chevaux : on tua deux ou trois cens hommes , & on en prit autant de prifonniers : te qui étoit engage par delà le pafTage s'en alla en diligence à la rivière du Mein , & une partie de ce débris hors quatre Régimens , joignit quelque tems après les Suédois.
Comme la campagne n'étoit pas achevée en Flandre , où M. de Turenne avoit envoyé la Cavalerie qui lui reftoit après la mutinerie des AUemans.,
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51 racommoda avec ce débris tons les Régimens , hors deux , mit des Offi- An. i 6*4 7. ciers dans toutes les Compagnies , Se leur donna des Cavaliers qui avoient été pris , ou qui s'étoicnt venu rendre après le combat des mutinés. II marcha enfuite dans le Luxembourg avec fon Infanterie & ces Régimens racommodés i mais il reçut ordre de la Cour de ne pas pafTer outre, & d'y faire fcnlement une divcrfion , en prenant quelques méchans Châteaux j "ce qu'il fit ,& obligea M. Bec de fe féparer de l'armée de Flandre, avec un Corps de quatre ou cinq mille hommes.
L'hiver approchant , & ôtant tout moyen aux uns & aux autres de rien faire dans ce canton , M de Turenne apprit que les chofes étoient bien changées en Allemagne , Se que M. de Bavière voyant l'Empereur preflTé par les Suédois , avoit rompu le traitté fait avec les deux Couronnes , Sè avoit envoyé foli armée joindre celle de ('Empereur , pouffé les Suédois jufques dans le pays de Brunfvick , regagné beaucoup de pays que l'on avoit conquis quand les armées de France Se de Suéde fe joignirent l'année d'auparavant. Cette nouvelle obligea la Cour de lui envoyer des ordres de retourner en Allemagne. Ayant appris fur fa route que la garnifon de Frankendal aflîegeoit Wormes , il envoya un Corps de Cavalerie qui en fit lever le fiege , 6V marcha vers Maycnce, Se prit dans fa marche le Château de Falkileim : il fit faire un pont fur le Rhin auprès d'Oppcnheim, & demeura dans le pays de Darmllat bien avant dans le mois de Janvier , «ii attendant que les Suédois fufient en état de marcher ; mais l'état de Lur armée ne le permettant pas , Se ayant béfoin de quelque teins pour remettre Se remonter leur Cavalerie , M. de Turenne fut obligé de fe retirer vers Strasbourg.
Ayant eu permiffion d'aller à la Cour , Se ayant diftribué des quartiers en " — -
Lorraine pour l'armée , il étôit prêt à partir pour la France ,lorfque Ma- ï<>4«»» dame la Landgrave de Hefie lui envoya un Gentilhomme , qui avoit ordre de lui dire que l'armée des Suédois étoit en état de marcher , pourvu que celle du Roi rcpaflTat le Rhin pour la joindre. CTétoit un grand contre-tems d'être obligé de marcher huit jours par le pays dont il étoit venu , & qui étoit entièrement ruiné , avec une armée bien délabrée , qui s'attendoit d'avoir des quartiers pour fe remettre : néanmoins M. de Turenne crut l'affaire fi importante qu'il fe contenta d'envoyer M. de Vautorte à la Cour , pour lui apprendre qu'il alloit repaffer le Rhin , Se la prier de l'affilier. II donna dix jours pour remettre l'artillerie , envoya en Suilfe chercher de* chevaux , retourna à Mayence dans le mois de Février , y repafla
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ÂK. 1648. le Rhin & alla dans la Franconîe joindre les Suédois, quoiqu'il fut huit: jours pendant cette marche fans trouver prefque de paille pour les chevaux. Pour l'Infanterie il commanda que Ton lit des manteaux à caufe que la faifon étoit fort rude ; de forte qu'il fe trouva au-delà du Rhin avec quatre mille hommes de pied , quatre mille chevaux & vingt pièces de. canon avec douze ou quinze Places conquifes en fort bon eut.
Quelque teras avant que de paffer le Rhin > M. de Turenne écrivit à M. le Duc de Bavière & lui manda que des qu'il s'étoit déclaré contre les. Suédois ,1e Roi avoit réfolu de rompre de fa part le traitté qui s'etoit fait avec lui. M. de Turenne fçavoit bien que l'intention de la Cour étoit qu'il fit ce qu'il pourroit contre l'Empereur ; mais il n'avoit point d'ordre exprès de déclarer la guerre à M. de Bavière. Comme le bruit fe .répandit dans toute l'Allemagne que l'on s'entendoh toujours en 'France avec M. de Bavière , il crut qu'une déclaration ouverte raffureroit les Suédois & tous les Princes Allemans alliés de la France , & l'on approuva cette démarche à la Cour.
L'armée du Roi fe trouvant au-delà du Rhin, marcha en biffant la rivière du Mein à la droite , & joignit les Suédois entre la HefTe & la Franconic
, Apres cette jonction , un Corps de Heffiens qui étoit venu avec les Suédois
s'en retourna au pays de HefTe & les deux armées paflerent le Mein. Celles de l'Empereur & de Bavière qui s'etoient affoiblies par de petits fiéges dans la HefTe , après avoir pouffé les Suédois , s'en retirèrent en diligence vers le Danube , repayèrent ce fleuve & fe mirent à couvert d'Ingolflat, Place qui appartenoit à M. de Bavière. Les armées de France & de Suéde s'arrêtèrent fur le bord du Danube où l'on féjourna quelques jours dans l'incertitude où l'on iroit. M. Wrangel qui commandoit l'armée de Suéde avoit deflèin d'aller dans le haut Palatinat : mais comme M. de Turenne craignoit qu'infenfiblement le progrès de la guerre ne le menéxoit vers la Bohème, & que par-là on s'éloigneroit trop de la Suabe qui étoit le feul Lieu dont il pouvoit tirer les chofes néceffaires pour l'armée , ne voulut point y aller. On fut quelques jours en négociation fans qu'il parût néanmoins rien d'altéré dans les efprits : on fe fépara enfuite n'étant point d'accord. Les Suédois marchèrent à l'entrée du haut Palatinat , & M. de Turenne avec l'armée du Roi s'en alla entre la Franconie & l'Evêché de Bamfaerg , fçachant bien que les Suédois n'iroient pas feuls en Bohème , & fe tenant alTez près d'eux pour pouvoir les rejoindre quand ils auxoient changé de penfée. Les Cavaliers mutinés dont j'ai parlé que. l'ont
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avoit chargés fur le Tauber, qui étoient avec les Suédois, obligeoient An. i^^g atifli M. de Turenne à ne pas s'éloigner de la Suabe. Il y en avoit bien quatre cens qui s'ctoient remis dans l'armée du Roi, & les Suédois craignant de perdre le relie , vouloient attirer l'armée Françpife dans uneguerre éloignée du Rhin & du Danube , afin par-là de dégoûter le refle des Allemans qui n'efpéroient plus l'argent qui leur pourroit venir de France , & les quartiers que M. de Turenne leur avoit promis dans la Suabe. Les Régimens même de mutinés qui étoient dans l'armée des- Sucdois caufoient tous les jours de petits dëfordres entre les Officiers desarmées i mais il n'y parut rien au' procédé des Généraux qui le voyoient tous les jours. 11 s'y paua là-dedans force petites chofes qui feroient trop» longues à écrire.
Les Suédois ayant vû que Tannée du Roi demeurait aux frontières de TEvêchc de Bamberg , & ne jugeant pas devoir s'éloigner davantage des- François , fe donnèrent rendez - vous vers Rottembourg fur le Tauber,. & marchèrent enfemble pour fe rafraîchir aux frontières de Wirtemberg. Après y avoir fejourné environ trois femaines , fçachant que les ar-r mées de l'Empereur & de Bavière étoient vers Ulm , ils y marchèrent. Comme on arriva auprès du Danube, les armées ennemies qui étoient audelà paflerent un pont auprès d'UIm , où il y eut quelque efearmouche ; & le lendemain continuèrent leur route entre Lavingeit & Ausbourg , & fe campèrent à trois lieues de Lavingen, Place que le Roi tenoit fur 1er Danube.
Les armées du Roi & de Suéde marchèrent droit à Lavingen où M. de- Turenne , M. Wrangel & M. Konigfmarc lailftrent l'armée qui fe campa à une lieuë de Lavingen , prirent trois mille chevaux avec eux , & paûcrent le pont pour aller reconnoître. Comme ils eurent traverfc le marais qui eib au-delà de Lavinghen , qui dure bien une lieuë , & où il faut toujours défiler, ils firent alte & envoyèrent un parti pour feavoir ce que fahoient le* ennemis u au bout de deux heures il rapporta que leur armée étoit campée: à une heure & demie de-Ià, qu'ifs n'avoient point d'alarme , que tous leur» chevaux étoient à la pâture & qu'il n'avait rencontré aucun parti qui eûr découvert les trois mille chevaux , ni qui pût voir fi le* armées confédérées étoient arrivées près de Lavinghen. On délibéra quelque tems fi avec ces trois mille chevaux on pouflèrok la grande garde, ou fi on tomberait fur leurs chevaux qui étoient à la pâture ; mais on réfolut de demeurer la. nuit en un lieu couvert avec les trois mille chevaux r & d'envoyer des Ajudans avec l'ordre aux armées de marcher toute la nuit , de Lutter, laur
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An. 1 648- bagage dans le quartier & de fc rendre au point du jour au lieu où on ïet attendoit. Cela réiiflit comme on l'avoit propofc , & à deux heures du jour les ir nues étant arrivées , celle du Roi ayant levant-garde, on marcha droit au Camp des ennemis , en détachant mille chevaux commandés pour les engngT au combat- Comme on arriva près de leur Camp, on vit qu'il brùloit & qu'il y avoit environ trente efeadrons en altc , & quelques bagages qui filoient par un bois. Dans le tems qu'on avançait en diligence f quelques uns de ces efeadrons s'approchount du bois , & les mille chevaux commandes commencèrent à efearmoucher s mais comme il y avoit de l'Infanterie dans le bois & que les efeadrons ennemis fe revin rent fort à propos , ils ne s'embarraflerent guère* de ces commandés qui furent fore fouvent repoulTés. Le Régiment de Cavalerie de M. de Turcnne s'étanc avancé pour fournir les commandés, chargea l'Infanterie de l'ennemi dans le bord du bois , 6V en ayant tué quelques uns , leur Cavalerie fe mit en confufion. C'étoit l'arriere-garde de Montecuculli qui commandoit une aile de l'armée de l'Empereur • on ne peut pas fe mieux comporter qu'il faifoit en cette retraite : mais comme la Cavalerie de l'armée du Roi & des 5uédois arri voient de tous côtés, il fut împoffible que la confuûon ne vint à la (in à cette arriere-garde^aquclle fut pouffée à travers ce bois. Dans une plaine au-delà , Mélander Général de l'armée de l'Empereur emmena deux mille moufq ue taires , quelque Cavalerie & du canon pOur foutenir cette arrierc-garde & arrêta quelque tems notre Cavalerie ; à la lin Melander fut tué , & fa Cavalerie repouiïce dans un autre bois par-delà la plaine. Son Jnfanterie étoit au bord du bois ; mais les Suédois ayant pris avec leur Cavalerie un chemin à gauche, la coupèrent au milieu du bois: la Cavalerie de l'armée du Roi pallà par la plaine par où elle vouloit fe retirer ; deforte que dans la plaine & dans le bois les ennemis perdirent cette Infanterie avec huit pièces de canon , beaucoup d'étendarts & une partie de leur bagage. On les fuivit bien une heure & demie depuis la mort de Melander, oc après que leur Cavalerie fe fut un peu remis enfemble ; car leur Infanterie étoit à plus de quatre heures derrière ; on vit au-delà d'un ruifTeau fort creux fix ou fept efeadrons de l'ennemi qui faifoient alte i on n'y trouva point de palfage que celui qu'ils gardoient qui étoit fort étroit. Comme on eût fait alte on vit venir trois bataillons d'Infanterie qui vinrent s'y fortifier ; & fur les hauteurs loin de-Ià on voyoit quelques troupes 5c du bagage tout en défordre. On attendit le canon pour faire déloger la Cavalerie & l'Infanterie ennemie qui fe retranchoit : niais on tira avçc
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quinze ou vingt pièces contre cette Infanterie & cette Cavalerie, dont il An. 1 6^Z* y en eût plus de la moitié tués fur la place , fans que les ennemis quittaient le partage. Les efeadrons ne faifoient que changer de place , & l'on voyoit un efeadron de fix vingt ou cent cinquante chevaux réduit à cinquante ou foixante , fans s'ébranler.
Le Régiment d'Infanterie de Turenne vouîut gagner le partage , mais it y perdit cent cinquante hommes & fut obligé de fe retirer fans l'emporter. C'étoit M. le Duc Ulric de Wirtemberg qui commandoit cette Cavalerie comme Général Major , & qui certainement fauva le refle des armées de l'Empereur & de Bavière. On fe Iafla de tirer contre lui avec ce nombre de pièces qui n'étoient éloignées que d'une petite portée de moufquet. Les troupes de l'ennemi qui avoient été un peu ébranlées d'abord fe rartuperent enfuhe & perdirent plus de la moitié de leurs gens à coup de canon , fans témoigner d'épouvante. On voyoit cependant l'armée de l'ennemi qui tâchoit de fe ralTembier fur une hauteur à une demi Iicuë du partage & qui envoya des gens pour relever les troupes qui avoient été fi minces du canon : mais il n'y en vint qu'une partie , l'autre ayant été diflîpce & ayant pris la fuite par les coups d'artillerie qu'on leur tiroit quand on les voyoit venir en Corps. Comme on avoit fuivi l'ennemi plus de quatre heures 8c avec grande diligence, le Corps d'Infanterie ne put arriver qu'un peu devant la nuit , & ainfi on ne la put pas employer a forcer ce partage. L'ennemi , des qu'il commença à faire obfcur , fe retira avec le refte de fon armée fous Ausbourg , qui n'etoit qu'à deux heures de-là, & y paffà la rivière du Lcch.
On fejourna le lendemain & on marcha le jour d'après au pont de Rain y qui ert une Place que M. de Bavière tenoit fur le Lech à cinq heures' au-defious d'Ausbourg. Les ennemis mirent le feu au pont & demeurèrent avec leur armée de l'autre côté de l'eau , au même lieu où Tilli avoit tâché de défendre le partage au Roi de Suéde ; & nous avançâmes le canon & mîmes des moufquctaires au même lieu où Gullave avoit logé les fiens. Après un efcarmoucfie qui dura depuis midi jufqu'à la nuit : les ennemis fe retirèrent de leurs portes fans bruit & marchèrent avec toute leur année vers Munich. Le lendemain matin on lit pafler un gué à la Cavalerie Stiédoife & â celle de l'armée du Roi commandée par M. de Duras, au nombre de mille chevaux ; mais avec grande difficulté , parceqtie ce gué ne valoit rien : ce détachement fuivit les ennemis pendant deux outrois h ués, & fit quelques prifonniers à leur ariere-garde. Toute l'armée* pafla au pont de Rain que l'on, fit racommodex & que les ennemis aban^-
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^ ç g donnèrent , & on marcha vers Neubourg. On laifla pour garder le pont de ^ ' Raîn deux mille hommes commandés par M. de Laval , Général Major dan» l'armée du Roi : on campa la nuit à Neubourg & Ton marcha le lendemain vers Frifingen qui eft fur la rivière d'Ifer. Les ennemis fe trouvèrent encore de l'autre côté, ayant abandonné la ville de Frifingen qui efl en-deçà : on s'y logea & l'on tenta divers paflages fur l'Ifer. Alors les ennemis fe retirèrent derrière la rivière d'Inn , après avoir mis un bon nombre de leur Infanterie dans Municb , dans Wafiembourg & dans Ingolftat.
M. de Bavière en ce tems-là quitta Munich où il étoit, fe retira derrière la rivière d'Inn & s'en alla avec fort peu de fuite dans un âge fort avancé dans l'Archevêché de Saltzbourg , où il fut à peine reçu qu'il fongea à pafi*er dans le Tirol. Les armées traverferent l'Ifer & marchèrent fur i'Inn où l'on ne pût attaquer "Waflembourg , à caufe du nombre d'Infanterie qui ctoit dedans. Alors on marcha plus bas le long de la même rivière pour fe loger à Muldorf , où on fît toutes chofes poflibles pour la pafTer : mais comme elle étoit beaucoup plus large & plus profonde que le Lech & l'Ifer, & que l'on n'avpit point de batteaux , on ne put jamais plantée des pilotis dans l'eau, quoiqu'il y eût une fort petite réliftance de l'autre côte , de la part des ennemis, qui ne parurent qu'au nombre de quinze cens ou deux mille tout au plus.
Les armées de France & de Suéde n'avoient jamais pénétré fi avant , fic.il étoit d'une extrême confpquence de palier la rivière d'Inn , à caufe du pays d'Obemperg qui en eft fort proche, & qui eft des terres héréditaires de l'Empereur que l'on eût certainement fait foulever : on féjourna quinze jours à Muldorf , durant lequel tems & celui qui s'étoitpafle depuis la mort de Mélander , l'Empereur avoit fait de grandes levées & M. de Bavière avoic envoyé beaucoup de chevaux à Paflaw pour remonter la Cavalerie , où M. dePicolominiqu; fut envoyé pour commander les armées,Ies mit enfemble ; & après avoir amafle un Corps très confidérable qui pouvoh bien être de neuf ou dix mille hommes de pied & de quinze mille chevaux avec beau-r coup de canon , il pafTa le Danube à PafTav, & les armées oppofées fe trou- verent à cinq ou fix heures les unes des autres.
On ne jugea pas à propos d'attendre l'ennemi fur l'Inn , mais plutôt fur l'Ifer , où on avoit la commodité de moulins ; ainfi on marcha à Dingelfîng , qui efl fur l'Ifer , où l'on campa. Les ennemis vinrent à Lindav qui en eft à une heure & demie fur la même rivière. Les armées du Roi & des Suédois commencèrent à fe retrancher & les Suédois à faire deux ponts
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far Pffer âvec des pilotis qui furent achevés en quatre ou cinq jours. Les Officiers de l'artillerie de l'armée du Roi apprirent d'eux à en faire de même j de forte qu'il y eût trois ponts faits fans avoir de batteaux, & fur une rrviere fort creufe & «uTez large. Les bleds étant murs , l'Infanterie alloit battre le grain quand la Cavalerie alloit au fourage , de forte qu'il n'y avoit point de nécellité. On demeura quatre fcmaines dans le Camp, les «nnemis étant fort près & les gardes à la vue les unes des autres : il s> pafTa fort fouvent des adions dans les convois de fouraces & dans les partis, (i)
Durant ce tems-Ià , l'armée de l'ennemi diminuoit beaucoup plu, que la notre: quand on arriva dans ce Camp , elle étoit beaucoup fupérieure : mais au bout des quatre femaines , elle avoit perdu beaucoup de gens M Konignnarc qui s'étoit féparc avec quelques troupes deux jours après la défaite de Melander , s'étant emparé de Pragucs, les /mpériaux y envoyèrent peu de troupes; mais la prifede cette ville leur abattit beaucoup le cœur. On demeura en Bavière jufqu'à ce que les mauvais tems de l'arrierefcifon obligèrent l'armée de fe retirer. Il y arriva durant ce tems là un accident aux Suédois par une chafle que M. Wrangel voulut faire auprès de Munich , où ii perdit quelques étendarts , fept ou huit cens chevaux & quantité d'Offici.rs.
Après que les armées furent forties de la Bavière , on repafla le Lech auprès de Landsberg ; on traverla le Danube à Donavert , &.l'on alla vers Aifchtet en tirant vers le haut Palatin*. Pendant cette irruption en Bavière, çu il y eut beaucoup de pays conquis & beaucoup d'intérêts diffé- ZZrl Vn eW ,3maiS ^ 9 9 1 amit h moindre aiSreur" infanterie de-
^c Ti^cTo^V' CaVa,CriCdC c^—--ouIoh d'une f 8 lamre' L« Officiers Généraux des deux armées corn mandoient à ieur tour aux detachemens ,* par-là il n'y avoh aucun , difficulté. Comme cette Campagne avoit fort gêné l'Empereur & M. de Bavière , ils prefW fort la paix qui fe conclut bientôt à Munûer. Alors M. de Tu enne reZ S^E? VCW & * *** Gèrent dans le payHe
Campagne 4 elle (êtt.uTcpnnik, papieSd^îkST * W9tt
F m du premier Livre.
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MEMOIRES