MEMOIRES DU VICOMTE
An. 1 6 « x. ce lieu avoit tic fort ruiné par l'armée de M. de Lorraine quelque tems auparavant , les trois ou quatre premiers |ours que les armées étoient en préfence , tous les chevaux de celle du Roi ne mangeoient que des feuilles de vigne ; de forte que M. le Prince crut qu'en la ferrant de près avec le nombre de Cavalerie qu'il avoit , il ftroit impoffible que l'on pût fubfifler que fort peu de jours dans ce polie. Il fit aufll deux ponts entre Ville-neuve & Charenton , pour empêcher le» fourageurs qui alloient dans le Long boyau : mais après avoir bien Lit palifiader tous nos retranchemens , on envoyoh une bonne partie de la Cavalerie au fourage qui alloit des deux côtés de la rivière , & ainfi les ennemis ne pouvoLnt leur drefler d'embufcade fùrc. On envoya M. de Vaubecourt à Corbeil avec quelques troupes , iefquellcs avec d'autres qui vinrent de Monrond faifoient environ deux milie en tout. Corbeil fervh ainfi d'un entrepôt pour les fourageurs, lefqueia après avoir chargé deineuroiem à ce village, & on leur faifoit fçavoir du Camp de quel côté de la rivière il falloit qu'ils revinffent. Comme les armées étoient fi proches que l'on voyoit ce qui fortoit du Camp de l'ennemi, les fourageurs de l'armée du Roi partoient la nuit & d.meuroient deux jours dehors. Les troupes logées à Co.beil leur donnoient toute cette facilité , fans quoi certainement on n'eût pas pû demeurer dans le Camp : on fit auifi en ce tems-là defeendre quelques batteaux de foin , ce qui fit demeurer cinq femaines dans le Camp. Il y avoit fouvent des efearmouches entre les armées ; mais elles n'étoient pas confidérabies , & jamais aucun convoi des fourageurs ne fut rencontré par les ennemis , qui étoient fous les jours dehors avec une partie de leur Cavalerie.
A la fin , les chemins devinrent fi mauvais par les pluies continuelles , que les chevaux ne pouvoient plus aller au fourage fi loin ; de forte que l'on fut obligé de fonger à déloger. On avoit fait faire beaucoup de ponts ftir la rivière qui étoit au bas du Camp fur le chemin de Corbeil où on vouloit fe retirer. Au commencement de la nuit , on fit marcher tout le bagage vers Corbeil , & trois heures après toute l'armée décampa fans que l'ennemi en eut connoiflance que le lendemain qu'on arriva à Corbeil , où on avoit fait faire quelques redoutes par M. de Vaubecourt fur une hauteur pour y recevoir l'armée quand elle arriveroit. On neféjourna point à Corbeil qu'un jour , & le lendemain on marcha vers la Brie, pour enfuite gagner la rivière de Marne au-deflus de Paris , & tâcher d'aller vers POife i la Cour étant à Mantes en ce tems-là. M. le Prince étoit parti de fon Camp quelques jours auparavant la mar-
DE rVREltNE, lïVRE II xcvij —
che de Parmée du Roi , à caufe d'un peu d'indifpofition , 8c on a fort die
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que fans cela il Paurok attaquée dans fa retraite ; mais il cA certain que de la manière qu'elle fe fit , on ne pouvoit pas combattre entre le Camp & Corbeil. L'armée du Roi marcha enfuite vers Meaux , & paûant la rivière de Marne , alla fe pofler auprès de Senlis. Celle des Princes en partant de Villeneuve S. George , fe logea entre Paris & Dammartin ; & certainement les diverfes négociations , & même les patFe-tems de Paris , empêchèrent M. le Prince de prendre beaucoup d'avantages qu'il n'auroit pas négligé en une autre occafion. Après quelques jours d'indifpofition , il réfolut de partir avec fon armée & celle de M. de Lorraine des environs de Paris , & s'en alla fur la frontière de Champagne : M. le Comte de Fuenfaldagne l'attendoit avec l'armée d'Efpagne auprès de Laon. On s'efl aûez étonne de ce qu'il quittoit Paris fi aifément , étant certain que c'efl un . fort grand avantage de s'y maintenir , quand on ell allez malheureux pour faire la guerre à fon Roi ; mais les diverfes caballcs qui n'alloient pas à fon but , & un peu de manque de vûë pour les chofes qui dévoient fuivre fon départ , auffi-bien que les efperances qu'il concevoit de fa jonction avec les Efpagnols , l'obligèrent à quitter Paris. Une autre chofj y convioit fort M. le Prince : touché de la fiçjn dont M. de Lorraine vivoit avec fon armée , & las des affaires du Parlement , il défiroit fe mettre dans une manière de vivre femblable à celle de M. de Lorraine. Ainfi ils marchèrent enfemble , Se joignirent M. de Fuenfaldagne auprès de I.aon : comme on avoit mis cinq cens hommes de l'armée du Roi dans la Fertc Milon , ils pafll-rent tout auprès fans l'attaquer.
L'année du Roi qui ctoit en ce tems-là auprès de Senlis , & d'où l'on avoit envoyé de l'Infanterie fous M. le Comte d'Etirées pour fe mettre dans Laon , ne bougea point de fon pofle , attendant la refolution des ennemis après leur jonâion. Comme Paris refta un peu ébranlé par i'éloignemcnt de M. le Prince , quoique M. d'Orléans y demeuroh , la Cour recevoit divers avis pour fa conduite , fclon les diverfes vûi:s que ceux qui étoient à Paris avoient , ou pour l'y faire aller ou pour l'en empêcher : les Counifans étoient même partagés fur ce fujet , chacun ayant diverfes penfées ; ce qui feroit trop long à déduire. M. de Turenne ayant fçù l'état des chofes , fit agréer à M. le Maréchal de la Ferté de demeurer à l'armée , & il s'en alla à la Cour , où la Reine lui ayant demandé à fon arrivée fon fentiment , fi le Roi devoit aller à Paris i n'y ayant qu'elle &
le Roi préfens, il lui confeilla de n'en point perdre le tenu; & comme
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An. 1 6 j i. il avoit la connoifiance de l'état de l'armée , & du peu de moyens qu'il y avoit d'avoir de l'argent pour ia remettre fans être à Paris , il prefla fort cette raîfon qu'il joignit à beaucoup d'autres» qui étoient, que l'autorité du Roi étoit fi diminuée , que l'on ne vouloit plus le recevoir en aucune grande Ville ; que fi l'hiver fe paflbk fans aller à Paris , toute la France fe fouleveroit ; que le Roi n'ayant plus d'armée , ni d'argent , ni de quartiers pour en remettre une fur pied , ce qu'il avoit enfemble fe reduiroit peu à peu à rien , les Officiers quittant tous les jours , faute de fubfiflanec. Ces raifons perfuaderent la Reine y de forte que la Cour quitta Mante , & s'en alla coucher à S. Germain , où l'on féjouma trois ou quatre jours, durant lequel tems il y vint des Députés de la bourgcoiOc de Paris, pour fupplicr le Roi d'y venir. M. de Châteauneuf y vint auflî , mais avec une différente intention j car il vouloit bien que le Roi allât à Paris , mais il fouhaittoit qu'on y lailfit Monfieur, qui foûtenoit la ca— balle oppofée au retour de M. le Cardinal , & qui ne vouloit fe raccommoder avec la Cour , qu'à condition que le Miniflrc n'y revint plus : M de Châteauneuf pretendoit que le Roi ne verroit point GaAon les premiers jours i mais qu'après , tous les interefles à empêcher le retour de M.. le Cardinal unis en cela feul , & ftparés d'ailleurs en tout , s'accorderoientenfemble à fupplier le Roi de ne point faire revenir M. le Cardinal , & ne demanderoient autre grâce que celle là. Le Roi 6< la Reine envoyèrent en ce tems-là M. d'Aligre à Paris j mais il s'en revint à S. Germain, fans avoir rien reçu de pofitif fur la négociation.
M. de Turenne & M. le Tellier étoient alors ceux à qui la Reine avoit le plus de confiance : ils furent d'avis de continuer la refolution d'aller à Paris , fans fçavoir celle que Monfieur prendroit. On lui envoya une perfonne de confiance , pour lui dire que le Roi étoit en chemin , & qu'il arriveroit le foir à Paris : cet Envoyé revint , & trouva le Roi & la Reine entre S. Cloud & le bois de Boulogne, & rapporta que Monfieur ne prenoit aucune réfolution que celle de demeurer à Paris. Sur cela on fit arrêter le carolTe de la Reine , laquelle étant avec le Roi , fit fortir les femmes qui étoient dans fon carollè , & commanda à trois ou quatre perfonnes nui ctoLnt là de s'approcher pour dire leur avis. Ceux qui s'y rencontrèrent furent le Prince Thomas , M. le Maréchal de Villeroi , M. le Maréchal du Plefils & M. de Turenne , lequel fut d'avis de continuer fon chemin , & que le Roi& la Reine allafient enfemble jufqu'à la croix dur tiroir j que de-là la Reiae s'en iroit au Louvre, & le Roi droit à Luxem-
DE TU RENNE, LIVRE IL xdx
Bourg , où étoh Monfieur , pour le convier de venir ou l'emmener même avec lui au Louvre , étant certain que Monfieur n'attendroit point cela , ôc qu'il s'en iroit , qui en* ce qu'on demandoit. Ii eût été fort dangereux de laifler Monfieur au Luxembourg j car au bout de deux jours , les réjoiiiffances qui arrivent aux entrées du Roi étant paflces , les chofes euflent changé de face , ôc il eût été hors du pouvoir du Roi de faire fortir Moniteur de Paris , & principalement ayant pour lui le prétexte fpécieux de n'avoir rien à demander , fi ce n'étoit que M. le Cardinal ne revint plus à la Cour. C'eft ce qui obligeoit M. de Turenne à confeiller qu'il falloit fe fervir de l'entrée du Roi à Paris pour en faire fortir Monfieur.
On partit d'auprès du bois de Boulogne en cette réfolution : le Roi monta à cheval pour faire fon entrée à Paris , & manda à Monfieur par M. Damville ce qui avoit été réfolu ; lequel apprenant que le Roi dans une demie heure alloit y entrer , l'envoya fupplier de trouver bon qu'A y demeurât encore cette nuit-là , & que le lendemain il partiroit de bon matin. M. Damville vint retrouver le Roi comme il marchoit , & ctoit prêt d'entrer au faubourg ; de forte que dans cette aflurance du départ de Monfieur le lendemain , il s'en alla au Louvre , où M. le Cardinal de Retz ôc tout ce qu'il y avoit de gens de qualité à Paris l'attendoient , pendant qu'une fouie incroyable de peuple marchoit au devant de lui.
Dans le tems que M. de Turenne demeura à Paris , qui ne fut que cinq ou fix jours , il vit M. le Cardinal de Retz , qui lui témoigna fouhaitter de fe raccommoder avec M. le Cardinal , Ôc lui parla du mariage de Mademoiselle de Retz avec fon neveu , le priant même de le (aire fçavoic à M. le Cardinal , ôc l'afiurant qu'il le prendrait pour témoin dans toutes ies circonflances de cette liaifon. M. de Turenne qui fçavoit bien que de s'entremettre d'une affaire comme celle-là , lui étoit aûcz inutile , & qu'il lui en pou voit bien plus ai fé ment arriver de l'embarras que quelque fruit confidérable , dit à M. le Cardinal de Retz qu'il feroit avertir M. le Cardinal qui étoit à Sedan , bien exaâement de tout ce qu'il lui avoit dit , ôc que s'il y avoit une réponfe pofitive , qu'il la lui feroit bientôt fçavoir ; mais que s'il n'avoit point promptement de fes nouvelles , qu'il ne lit aucun fondement fur cette négociation , & qu'il prit fes mefures comme n'attendant aucune réponfe par lui.
M. de Turenne étoh perfuadé que M. le Cardinal de Retz vouloit s'accommoder tout de bon en ce tems-Ià , ôc ne doutoit point que fi une per- Ibnne de grande créance en eût voulu faire fon afiaire , qu'il n'eût pû y
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c MEMOIRES DU VICOMTE
An. 1652. rcuffir : mais M. de Turenne partit peu de jours après de Paris ; & M. le- Cardinal de Retz n'ayant perfonne de la Cour à qui il fe fiât , ni qui fe liât à lui , on fe donna tant de foupçou de part & d'autre , que les mefurcs au bout de deux ou trois mois furent prifes de l'arrêter ; ce qu'on fit un joue qu'il virt au Louvre , où il n'entroit qu'avec grande méfiance depuis quelque tems. M. de Turenne ayant envoyé M. deVarennes trouver M. le Cardinal , lui fit dire tout ce qui s'étoit palTé entre lui & M. le Cardinal de Retz, dont il n'eut aucune reponfe ; de forte qu'il ne fe mêla plus du tout de cette négociation. II partit de Paris , & alla rejoindre l'armée auprès de Sentis , après avoir dit au Roi qu'il efperoit empêcher que les ennemis ne prirtent leurs quartiers d'hiver en Fr.nce.
Les ennemis étoient auprès de Laon , d'où ils partirent en grande diligence , & aller . nt invertir Rhetel , dan» lequel y ayant peu de gens , la Ville fut prife en peu de jours. Toutes les armées des ennemis jointes enfemble montoient bien à vingt-cinq mille hommes : celle du Roi ne paffoit pas dix mille. Elle marcha le long do la Marne ; & approchant de Chàlons, on apprit que les ennemis après la pri e de Rlietel avoient afiîegé Sainte Menehouid , dans lequel auflî il le trouva peu de gens ; mais ils rirent une bonne réfillaiice. Quand on en Içut la prife , l'armée du Roi étoit auprès de Vitri , & n'ofoit pas s'approcher trop près de celle des ennemis , qui de Sainte Menehouid marchèrent à Bar.cJuc, où M. de Turenne avoit jetté fix cens hommes de pied , & félon qu'il connoi oit la fituationde la Ville & du Château , il falLit qu'une armée le féparât pour l'attaquer ; de forte qu'il réfolut de marcher au fecours , quoiqu'il crut que toute l'armée d'Efpagne y étoit avzc M. I: Prince : elle étoit néanmoins partie de Sainte Menehouid , avoit parte la Meufe , & s'étoit retirée dans le Lu\embourg. M. de Turenne qui étoit auprès de Vitri quand l'armée du Prince alla devant Bar , marcha toute la nuit droit à S. Difier, d'où ii vouloit partir après avoir un peu fait r.pofer les troupes , pour aller fecourir Bar , qui n'en cft qu'à trois lieues ; mais il apprit que la LalTe Ville ayant été furprife , le Château s'étoit rendu en vingt-quatre heures. II ell certain que M. le Prince entreprit ce liège là , n'y ayant pas beaucoup fongé ; & on n'a point vû d'adion où il ait commis l'armée avec ÛV peu d'égard comme en celle-là , étant très-conlLnt que li le fiége eut duré, comme il le devoir félon toutes les apparences , il ne pouvoit pas fàuver fon canon , & il ç[\ fon Yrai-femblabie que fon armée ne fe fut gai retirée bien aifement.
DE TVRENNE, LIVRE 1 1. c) M, de Turennc ayant appris la prife de Bar , & que l'armée d'Efpagne " 1 n'ctoitplus avec M. le Prince, réfolut de s'approcher de lui , fie de le coin. Ah ltf J1# battre au premier lieu où il en trouveroit l'occaGon. Ainfi il marcha à Vaucouleurs , afin de fe trouver du même côté de la rivière de Meufe quo M. le Prince , qui après avoir pris le Château de Void s'approcha de Toul. Il y avoit quelques jours que M. d'Elbeuf avoir joint l'armée du Roi avec deux mille hommes des troupes de Picardie ou de nouvelles levées : avec ce renfort l'armée marcha à Vaucouleurs , oïl elle pafla la rivière de Meufc , afin d'être du même côté qu'ecoit M. le Prince -t fie le lendemain matin on marcha vers Void, d'où ayant délogé des la nuit, le Prince fc retira à Coinmerci , qui étoit un lieu dont il s'étoit faifi , fie où il y a deux bons Châccaux. Mais ayant fçu que l'armée du Roi continuoit fa marche après lui , il y laifla garnifon , & fc retira le long de la Meufe à Saint-Mihel, grande Ville dont les murailles étoient à demi démolies. Il tâcha de trouver quelque lieu propre à fc pofter j mais comme il n'avoit pas beaucoup d'Infanterie , & qu'on ne lui donna pas le tems de fe retrancher , il fut oblige de fe retirer jufqu'à Damviller, qui eft une Place qu'il tenoit à la frontière de Luxembourg , ayant laifle de fon Infanterie dans Barlcduc , dans Ligni y dans Void Se dans Commerci , qui tiennent tout un canton de pays. A la faveur de ces Places , il penfoit y faire hiverner fon armée ; ou fi l'on en attaquoit une, que fe mettant à couvert d'une autre, il incommoderoit fort les aîficgeans, à caufe de l'hiver dans lequel on étoit entré. Mais M. de Turenne qui voyoit bien par les petites Places qu'il prénoit , Se où il mettoit des gens , quelle étoit fon intention , marcha toujours droit à lui , taillant les Places fans les attaquer ; fie ainfi en cinq ou fix jours de tems il l'obligea; de fe retirer dans le pays de Luxembourg.
(i) M. le Maréchal de la Ferté arriva en ce tems-làdc Nanci à Saint- Mihel : cette marche rompant à M. le Prince toutes fesmefures, lui fit perdre l'efpcrance d'hiverner ni en Champagne, ni fur les frontières do Lorraine. Ayant féparc fa Cavalerie Se fon Infanterie de tous les Corpsqu'il avoit taillés dans les Places , il ne les pût rejoindre , Se une partie de cette Infanterie fut prife pendant l'hiver à diferérion.
De Saint-Mihel on matcha devant Lignifie devant Bar , où arriva M. le Cardinal Mazarin , qui avoit toujours demeuré à Sedan depuis fon dépare de Pontbife. On tailla quelque Infanterie pour attaquer Ligni ; Se ayant
10 Voyez les Mémoires de M. le Duc d'Yorck, »• Parue des preuves , page xtix.
cij MEMOIRES DV VICOMTE
— — — emporté la baiTe Ville de Bar par afiaut , le fiége dura dix ou douze joarf Av. 1651. à la haute Ville Se au Château. M. le Prince vint avec quelque Cavalerie jufqu'à Vaubecourt ; mais comme il fçut qu'on marchoit à lui , il le retira à Damvillcr. Apres fept ou huit jours de ficge Se d'une fort bonne défenfe , Par Se Ligni fe rendirent à diferction , avec fept ou huit Rcgimens qu'il y avoit dans ces deux lieux. De-là l'armée marcha vers Sainte-Menehould ; nuis la rigueur de la failon Se le nombre d'hommes qu'il y avoit dans la Place , empêchèrent qu'on ne l'aflicgeât : la gelée étoit fi forte qu'il y mourut beaucoup de foldats de froid en marchant. La même raifon obligea à ne point aflïcger Rhetcl , étant impoftîble de travailler à la tetre : d'ailleurs l'armée de M. le Prince , qui s'étoit jointe au Corps que les Elpagnols avoient ramené quand il alla aflîéger Bar , empêcha auifi que l'on ne fit ce fiége ; parce que les ennemis qui tenoient Château-Porcin auroienc pû facilement fecourir la Place. Pour ne pas faire un fi grand fiége, on alla faire celui de Chateau-Portien qui dura iix ou fept jours , que les afltcgés demandèrent pour avertir M. le Prince s'il les vouloir fccouiir : le Prince qui étoit loge avec toute fon armée & celle d'Efpagne à Aubenton & Rumigni , qui n'en eft éloigné que de fix ou fept lieues , tint coni'eil la-deflus , & rélolut enfin de ne pas marcher , de forte que Château-Porcien le rendit. On demeura prefque toutes les nuits du fiége à la campagne avec toute l'armée , par les plus grands froids qu'il eft pollable d'endurer.
L'armée des ennemis fç.ichant la prife de Chàceau-Porticn, marcha à Vervins qu'ils prirent , n'y ayant que trente hommes de garnifon. L'armée du Roi marcha droit à Mai le, Se de-là à Vervins , où les ennemis n'ayant lai fie qu'un Régiment d'Infanterie Se un de Cavalerie, la Place fe rendit en douze heures ; les ennemis fe retirèrent dans leur pays , & on donna des quartiers à l'armée du Roi dans toutes les Provinces.
M. le Cardinal Mazarin qui étoit venu à l'armée au commencement du An. 105:. ficge cje jjAr> ne quitta point l'armée que le fiége de Vervins ne fut fini vers la fin de Février j après quoi il s'en retourna a Paris , où l'autorité du Roi étoit affermie depuis fon retour. La prife de M. le Cardinal de Retj qui fut arrêté durant l'hiver, Se en l'abfence de M. le Cardinal Mazarin, avec fa participation , Se conformément à fes ordres , n'avoit caufé nulle éijtotion : il étoit en prifon dans le Château de Vinccnnes. Il ne fe fit nul chargement confiiérable a la Cour pendant l'hiver : on envoya une partie de l'armée dans les Provinces , & il demeura peu de troupes fur les fron»
DE TU RENN E , LIVRE IL cîîj rieres ; & comme on étoit rentré fort tard dan» les quartiers d'hiver , tant T 7"~"" du côté des Efpagnols que de celui du Roi , on ne fe mit en Campagne N* J qu'allez avant dans le mois de Juin. M. le Prince tenoit Sainte Menehould & Rhetel fur la rivière d'Aifne , qui font des polies fort confidérables pour entrer en France , & principalement Rhetel , y ayant de-là une communication aifée par la Capellc que les Efpagnols tenoient , aux autres Places du pays bas ; & M. le Prince tenoit auflî Stenai fur la Meufe , qui lui donnoit la communication du Luxembourg. M. de Turenne qui fçavoit bien la conféquence de ce pofte-là , par la connoifTance qu'il en avoir «u , durant la guerre qu'il faifoit après la prifon de M. le Prince , fit trouver bon à M. le Cardinal qu'en affemblant l'armée du Roi , il allât aflieger Rhetel , pour ôter par là aux ennemis le moyen de joindre l'armée qui étoit dans le Luxembourg , & celle qui étoit fur la Sambre derrière la Capelle. L'armée du Roi fe logea en pafiant la rivière d'Aifnc à trois lieues plus avant que Rhetel , qui étoit juftement l'endroit où Tannée de Flandre' Se celle de Luxembourg dévoient fc joindre.
M. de Turenne qui avoit été Iong-tems à Stenai , voyoit fort bien que les ennemis pouvoient penfer fc joindre en ce lieu-là , & connoiiïbit que cette jonction étant empêchée par l'armée du Roi , il faudrait deux ou trois jours au moins aux ennemis pour fe réfoudre , fi l'armée qui étoit fur la Sambre iroit en Luxembourg , ou fi celle de Luxembourg pafljroit la Meufe pour joindre celle de la Sambre ; & que félon l'un ou l'autre parti , il falloit quatre ou cinq jours au moins pour la marche du Corps,, qui iroit joindre- l'autre j ce qui donnoit huit ou neuf jours de fùreté pour entreprendre le fiége de Rhetel , fans avoir l'armée des ennemis fur le* bras.. On entreprît donc ce fiége avec la moitié de l'armée du Roi : M. le* Maréchal de la Ferté y étoit auflî avec une partie de fon armée.
II n'y avoit que huit ou neuf cens hommes dans Rhetel : on prit les dehors en arrivant , & le fiége ne dura que trois jours. II n'y a rien eu dan* toutes ces dernières Campagnes de guerre de plus confidcrable que d'avoiraiïemblé l'armée du Roi dans le pays au-delà de Rhetel , & d'avoir empêché M. le Prince de commencer la Campagne fur la rivière d'Aifnc : il avoit cette année-là une armée beaucoup plus forte que celle du Roi. Laguerre de Bordeaux continuoit encore j & s'il avoit marché fous Rhetel & l'avoit confervé , ayant à fa main gauche la Meufe , où il tenoit Moufon- & Stenai , & à la main droite la frontière des Pays-bas , d'où il pouvoit tiret des vivres, A auroit été impoflible de couvrir tous les pays qui lui
cîv MEMOIRES DU VICOMTE
An. 1653. étoient expofés , comme Verdun , S. Difier, St Vitri d'un côté , & de Pautre Guife , Laon & Soi irons , & en tête Rlieims & Châlons. L'armée du Roi n'avoir pas cette Campagne-là plus de fix à fept mille hommes de pied , avec Icfquels il falloit tenir la Campagne , & garnir les Places. M. de Tufenne plus d'un mois avant que de partir de Paris, confiJcrott l'entrée de M. le Prince par Rhetel comme le plus grand mal qui pût arriver ; c'eft pourquoi des qu'en alllinblant l'armée du Roi auprès de Châlons , il fçut que M. le Prince faifoit le rendez-vous de la fienne , il envoya à M. le Majéchal de la Ferté , qui étoit auprès de Sainte Menehould , pour le prier de marcher ; ce qu'il fit ; & lui par un autre côté s'en alla paner à Château* Portien , & fc logea vers le Château de Chaumont , où il y avoit deux cens hommes des ennemis qui fe rendirent à diferetion , d'où l'on alla afliéger Rhetel le lendemain.
M, le Prince à qui les menues firent rompues , n'avant pas alTez vû la conféquence de Rhetel , entra en France par la frontière de Picardie avec une armée de trente mille hommes , où il trouva de grand? obflacles , Se où certainement il n'y avoit pas la même facilité, à faire quelque chofe de confidérable que du côté de la Champagne , quand on a Rhetel & le? autres Places de la Meufe , comme Moufon Se Stenai. On étoit bien avant dans le mois de Juin quand on prit Rhetel ; ce qui ôta l'exeufe d'être prévenu à fe mettre en Campagne j mais fouvent les perfonn-s les plus habiles font des fautes qu'il efl plus aifé de remarquer que de prévenir.
Après la prife de Rhetel , comme l'armée des ennemis 'étoit mife en- (èmble vers la Capclle , l'armée du Roi tourna de ce côté-là , & alla logée auprès de Verv:ns. En ce tems-là , le Roi avec M. le Cardinal vint à l'armée , qui fe loge 1 à Ribemont , comme on fçut que celle des ennemis marchoit à Fonfomme. Pendant le fejour du Roi dans fon armée à Ribemont , celle des ennemis fût toujours à Fonfomme ; & les gardes des deux armées n'étoient qu'à un quart de lieue l'une de l'autre : on demeura cinq; ou fix jours de cette manière > après quoi le Roi s'en alla â Paris.
Les ennemis qui avoient fejourné à Fonfomme ayant donné les ordres nécefTaires pour la provifion de leurs vivres Se pour le Corps qu'ils laiffoient dans le pays , marchèrent Se entrèrent en France avec un bon nombre de pionniers ; & (aidant la rivière de Somme à leur main droite , Se la rivière d'Oife à leur gauche , paflTerent à une lieue de Ribemont , Se allèrent loger entre S. Quentin & Ham. L'armée du Roi marcha le même jour , & alla loger à Achcri , qui efl à une Ueuë de La Fere , Iaiflant ce
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jour-là la rivière d'Oife entre elle & les ennemis. Le lendemain leur armée An. 1 6 5 3« marcha de grand matin , & IaifTant Ham à main droite , s'avançoit vers Chauni. Elle étoit fort confidcrable , ayant feize mille hommes de pied , onze mille chevaux , & trente à quarante pièces de canon , fans compter un troifîcme Corps qui étoit aux environs de Cambrai. Cette marche menaçoit beaucoup de lieux , car ils pouvoient aller ou à Compicgne , ou prendre les polies qui font entre Compicgne & Pontoifc fur la rivière d'Oife , comme Creil & Pont S. Maxence , & de-là s'avancer jufqu'aux portes de Paris pour y mettre toutes chofes en confufion j les efprits y étant fort chancelans , Se le Roi n'étant pas en fureté fi l'armée de l'ennemi en eût été proche. Ils pouvoient Suffi aller à Beauvais où il n'y avoit point de garnifon , &Ie peu *~ d'Infanterie qu'il y avoit dans l'armée du Roi avoit oblige à ne mettre perfonne dans S. Quentin , ni à Ham , ni à Péronne , ni dans les autres Places de la Somme , fur l'une defquelles ils fe fuffent facilement jettés fi l'armée du Roi fe fut éloignée d'eux.
M. de Turenne fut d'un fentiment contraire à celui de toute l'armée , & M. le Maréchal de la Ferté y entra > c'étoit de ne point continuer à fuivre la rivière d'Oife pour couvrir Compiégne , Creil Se Pont S. Maxence , parce qu'on expofoit par-là aux ennemis celle des villes fur la Somme qu'ils . auroient voulu aifiéger : mais de paflfer la rivière d'Oife du même côté qu'etoient les ennemis & de fe loger à deux heures d'eux dans un Camp fort fur. II faut conftderer que n'y ayant que fept mille hommes de pied dans l'armée du Roi Se point d'Infanterie dans les Places , qu'on ne les pouvoh fauver qu'en fe tenant toujours près de l'ennemi , & lui donnant à juger que l'on arriveroit toujours douze ou quinze heures après lui devant la Place qu'il voudroit aflieger. Si on avoit mis de l'Infanterie dans ' les Places , l'armée n'auroh ofé fe tenir en campagne près de l'ennemi , 6c ainfi elle lui auroit donné. le moyen d'entreprendre tout ce qu'il auroit jugé à propos. M. le Prince commandant l'armée ennemie on pouvoit e'attendre à toutes les vigoureufes réfolutions qu'il y a à prendre, quand un ennemi fe fépare & qu'il Iaiflc tant de lieux expofés. II valoit donc mieux fe réfoudre à côtoyer toujours l'ennemi ( quoique cela fut un peu dangereux ) que de prendre un des deux autres partis qu'on propofoit : c'étoit de marcher avec l'armée vers Compicgne fans pafTer l'Oife , ou de jetter de l'Infanterie dans les Places & de s'éloigner de l'ennemi avec la Cavalerie. Par le premier il efl certain que les ennemis auroient pû aflieger la Place Ja plus confidcrable fur la Somme , ayant un Corps près de Cambrai av ec
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An* 1 6 j 3 . de* pionniers du pays toujours prêts , & l'armée du Roi n'auroh pâ y arriver que quatre ou cinq jours après eux. Par l'autre , l'ennemi auroit eu moyen de marcher à Paris ne voyant point d'armée en Corps , ou bien auroit aflïégc une Place où il n'auroit eu qu'une plus forte garnifon à craindre ; mais point d'armée à appréhender. J'inlîfle un peu ià-deiïus » parcequ'aflÏÏrément la réfolution de palier la rivière , de ne mettre perfonne dans les Places ,6c de s'aller loger proche de l'ennemi, a rendu ceue entrée en France de nul effet ; & fouvent pour appréhender trop de chofes , on prend des partis dificrens de celui-ci, qui réuflifleiit fort mal. Ce n'eft pas que celui-là foit hien fûx , car un ennemi peut marcher à vous & combattre : mais quand on a une bonne armée , quoique plus foible , & que l'on prend bien garde comme on campe & aux mouvemens de l'ennemi t c'efl le parti le plus afliïré.
L'armée de l'ennemi marcha de Chauni à Roye , Se celle du Roi auprèsde Noyon , ne fe retrancha point ; mais regardant bien à ce que les. ennemis faifoient, fe logea toujours en des lieux affea avantageux* On fçut qu'ils attaquoient Roye „ où il n'y avoit point de foldats i le fiege dura deux jours, & l'on ne fongea pas à fecourir la Place , n'étant qu'une petite ville qu'on ne pouvoit pas garder. Quand ils eurent pri» Roie , ils commencèrent à être fort embarrafles de la réfolution qu'ils prendroient: ils n'ofoient s'avancer dans le pays où ils n'a voient point de Places ; pendant qu'une armée ennemie logeoit à trois heures d'eux. II» ne pouvoient auflî attaquer une Place fur la Somme , où il faut fe feparet à caufe des marais , & où l'armée du Roi fut arrivée le même jour. Comme Corbie ne vaut rien , M» de Turenne y envoya cinq cens chevaux fous M. de Schomberg.
En ce tems-là on prit une lettre que l'on envoya à la Cour pour déchiffrer , par laquelle on fçut certainement que les ennemis, avant que de rien entreprendre ( leurs premières mefures ayant manqiiccs ) voulaient faire venir un Corps de Cambrai avec une grande quantité de vivres : & comme on s'enquit diligemment par Bapaumes de ce qui fe fcifoix à Cambrai , ou fçut que le Corps ctoit prêt de partir. L'armée du Roi laiffant fon bagage pour la fuivre , paffa la Somme à Ham ; & marchant vers Peronne, M. de Turenne s'avança avec cinq mille chevaux jufqucs auprès de Bapaumes , pour attendre ce Corps, qui ayant eu nouvelle de cette marche , fe retira à Cambrai. L'armée de l'ennemi fâchant que l'on étoit entre eux & leur convoi j Se ayant perdu le tems d'avancer dans le pays ou d'attaquer une
DE TURENNE, LIVRE II. ^) Place manquant de vivres , quitta Roic & marcha pour repafler la Somme An. i 6 J 3, à Cerifi, qui efl entre Péronneoc Corbie , ayant jetté beaucoup de fafcines fur le marais. En moins de vingt-quatre heures toute l'armée avec le bagage fut paflce du côté de leur pays , & ayant appris que l'armée du Roi étoit logée à une heure de Péronne proche du mont S. Quentin fans être retranchée , ils partirent la nuit & marchèrent tout droit avec réfolution de combattre. On fut quelque temsen doute s'ils quittoient. tout-à-fait les ponts qu'ils avoient faits pour palier la Somme : mais on vit par leur marche qu'ils les abandonnoîent entièrement.
L'armée du Roi avoit le front à un ruiffeau ; mais les ennemis marchoient pour le prendre à la fource qui n'étoh qu'à une demie heure du Camp & ainfi venoient par le flanc de l'armée. C'étoit celle de M. le Maréchal de la Ferté qui étoit du coté que les ennemis venoient , & il étoit impolTîble de fc mettre en bonne poflure devant eux ; la lîtuation du lieu ne le pertnettoh pas & donnoit un grand avantage aux ennemis qui avoient le moyen de s'étendre. M. de Turenne avança , ayant M. le Chevalier de Crequi avec lui & deux ou trois de fes gens pour reconnoître les ennemis. Ayant vû qu'ils prenoient leur marche , & qu'il n'y avoit point de tems à perdre , il fit confiderer à M. le Maréchal de la Ferté la mauvaife poflure où il étoit ; & étant retourne à fon armée qui étoit à l'aile droite & un peu plus loin de celle des ennemis , il envoya Varennes qoi faifoh la charge de Maréchal des logis de l'armée, pour voir comment étoit fait le pays par-delà un petit bois: il reconnut que c'étoit une allez grande plaine où une partie de l'armée pourrait être en bataille , & que les ennemis ne l'avoient pas encore occupée , mais commençoient à y faire avancer quelques efeadrons, & que le bois pour y aller étoit fort clair. M. de Turenne envoya auflï-tôt avertir M. le Maréchal de la Ferté qu'il marc h oit à cette plaine & lui demander s'il lui plaifoit y venir prendre la gauche j ce qu'il jugea fort à propos : & ainfi M. de Turenne commença à marcher d'auprès du mont S.Quentin, & avec un grandiront, paflant au travers du bois, arriva dans un vallon à côte : il fc mit en bataille dans ce vallon, où faifant promptement travailler l'Infanterie à cinq oufix rédans à la tête de l'armée, en deux heures on fut bien retranché.
L'armée de l'ennemi voyant celle du Roi en cet état , 6c ayant été obligée de faire un peu d'alte pour attendre fon Infanterie , demeura fans avancer , 6c après quelques efearmouches commença à fe loger fur une hauteur à un quart de lieue de Tannée du Roi. La nuit fui vante on avança les tra-
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An. i 6 5 5 • vaux. On a dit que ce jour M. le Prince vouloit combattre , mats que les Efpagnols l'en empéchoient : je crois que la difficulté vint par leur longue marche , & que l'armée du Roi ayant changé de porte , cela les obligea à faire un grand tour qui leur fit perdre du tems & en donna à celle du Rot de fe bien retrancher : ce qui étant , il n'y avoit plus d'apparence que ni M. le Prince ni les Efpagnols eufllnt voidu combattre. Iiert vrai qu'avant que d'avoir changé de porte l'armée du Roi couroit grand danger , les ennemis ayant toutes les hauteurs fur elle ; & aûurcment l'on auroit combattu ce jour-là avec mauvais fucecs. On demeura deux ou trois jours en, préfence , s'y faifant beaucoup d'efearmouches ; & au bout de ce tems les ennemis marchèrent droit à Fonfumme , & envoyèrent trois mille chevaux fous M. de Duras pour invertir Guife.
L'armée du Roi ayant vù le matin que l'ennemi marchoh , pafla la rivière de Somme à Perônne , & on lit fipt lieuts ce jour-là. M. de Turenne fit marcher en diligence M. de Beaujeu pour entrer dans Guife avec deux mille chevaux. Les ennemis avo ent le chemin plus court de la moitié que l'armée du Roi pour arriver à Guife ; mais leur armée s'arrêta à trois heures de-Ià fur la difficulté que rirent les Lorrains d. faire ce fiege ; du moins on a dit que ce fut là le fujet qui fufpendit leur marche : U efl certain que s'ils l'euflent continuée ds y feroient arrivés un jour avant l'armée du Roi, & on ne fçah pas fi M. de Beaujeu y auroit pû entrer. Ce dcflTcin ayant manqué , ils s'en vinrent loger à Caulainc >urt qui ett entre le Caftelet & Hain , & l'armée du Roi auprès de Ham , la rivière de Somme entre deux : où ayant féjourné plus de quinze jours & t nu beaucoup de confdls avec M. l'Archiduc qui les vint joindre , ils partirent en diligence ; & lai flan t Guife à leur main gauche , ils allèrent aflïéger Rocroi, où la fituation eft fi avantageufe pour celui qui y arrive le premier à caufe des grands bois qui font autour de la Place , que l'on ne voulut pas y marcher avec l'armée pour la fecourir , & on aima mieux afliéger Moufon , où on arriva en très-grande diligence : les tranchées s'étant ouvertes en même tems aux deux Places , Moufon fut pris quatre ou cinq jours avant Rocroi. Les ennemis y avoient feize cens hommes & des meilleurs Régimens de l'armée. On ne fit point de circonvallation , & on ouvrit ta tranchée le foir que Pon y arriva. L-> fiége dura dix-fept jours; 8c comme on marchoh vers Rocroi, on eut nouvelle qu'il capituloit. Les ennemis après la prife fe retirèrent plus avant dans leur pays , & dans la penfée que l'on eut qu'ifs pourtoient afliégei la Raflée ou Bétune , n'ayant plus que cela à faire , en
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DE TUREXNE , LIVRE II. chc
y mît un fi grand nombre d'Infanterie , qu'ils ne purent aflîéger ni Tune Ak. 1 6 } y ni l'autre.
Les affaires de Bourdeaux étant finies cet Eté-là , il en vint quelques troupes au Roi avec lefquelles & fes Gardes Françoifes & SuiflesSa Majeflé fit faire le fiége de Sainte Menehouïdpar MM. d'Uxelles, Cafielnau & de Navailles. M. de Turenne marcha pour couvrir la Picardie & les Places de Flandre , & M. le Maréchal de la Ferté alla vers la Meufe pour s'oppofer à M. de Lorraine, qui venok avec quelques troupes pour fecourir Sainte Menchould , dont le fiége continua jufqu'au commencement de Décembre. Les troupes y furent afllz rebutées par les forties & parle mauvais tems, & on croit que le feu qui Te mit aux poudres des afllégés ne nuilït pas à la prife de la Place. Ainfi l'Hiver vint & les armées fe retirèrent de paît & d'autre : l'armée du Roi ayant pris durant la Campagne, Rhetel , Mouron 6c Sainte Menehould, & les ennemis Rocroi feulement j quoiqu'il n'y eut entre elles aucune proportion, de forces ; celles des ennemis étant beaucoup plus confidérables.
Fin tU fécond Livre
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