A S.A.R. M. LE DUC D'ORLEANS
M ONSEIGNEUR,
Me voyant accablé de tant de malheurs , dans le tems , j'ofe le dire à V. A. R. que je devois tout efperer , & que malgré la droiture de ma conduite, j'étois expofé ftns ceftbaux faux raports de mes ennemis, j'ai crtf que pour leur ôter tout prétexte d'interpréter à mal mes plus innocentes a&ions, je devois me retirer dans un lieu où ils ne pourroient plus colorer leurs mauvais offices , & où la fincerité de mes intentions pourra être reconnue par mes démarches. Je vous avoue aufli , Monfeigneur , que je ne
Cvois continuer de refter dans une Cour où l'on me donnoit continuel, enr des marques d'une défiance injurieufe à mon honneur Se contraire à mes fentimens. Ce qui augmentent encore mes déplailîrs , étoit de paroître déchu de la bienveillance dont V. A. R. m'avoit fait l'honneur de m 'affluer. Je ne puis imaginer ce qui a pu me caufer ce mal , étant bien éloigné de croire , quoiqu'on ait voulu m'en perfuader , que V. A. R. m'aceufe d'avoir été le premier auteur du Traité d'Elpagne , puifque je n'ai befoin pour me difculper, que de rappeller avec foumiflion & refpeét à V. A. R, le fouvenir de ce qui s'eft pailè , 8c la fupplier de vouloir bien me dire fi j'avois aucun deftèin lorfqu'elle m'envoya chercher en Province , fi elle m'en fit communiquer aucun lorfque je la vis à Paris j fi la réfolution des fien* n croit pas déjà prife avant mon arrivée , 8c fi depuis je pris d'autres engagement que celui de lèrvir V. A. R. lorfqu'elle me fit entrevoir une fubverfion d'Etat en cas de la mort du Roi , & celui de demeurer fermement attaché aux intérêts de la Reine , dans la confervation des Mefteigneurs fes en fans qu'on voulott lui ôter. Il me fuffit pour ma juftification de faire voir que je n'ai point d'autre crime que celui d'avoir été ferviteur de V. A. R. Cette confidérarion feule , Monfeigneur , m'empêche de confentir à un échange qui étant honteux lailferoit à V. A. R. quelque marque de crime j puifque je ne fus jamais aceufé d'autre que de celui où vous étiez enveloppé. Qyelqu'amour que j'aie pour mon bien 8c mes dignités , je ne les ai pas confidercs lorfqu'il s'agiflok du fervice de V. A. R. àc dos intérêts de TEiac, je m'en fuis dépouillé avec joye pour me fauver l'honneur & me donner le tems de faire voir mon innocence 8c la pureté de mes intentions. Comme je tâcherai toujours de les conièrver par ma conduite à l'avenir. J'ofe très»
PREUVES. V humblement fupplier V. A. R. de ne point dénier quelques marques de l'honneur de fà bienveillance à celui qui a toujours tâché de la mériter par fes très-humbles fervices , ôc^qui a cette fatisfaôion d'avoir montré à toute la terre qu'il a été fans aucune réfcrve , Votre très-humble , très-obéïÛant te très-fidele Serviteur,