AUTRE A LA MEME
MA chere Sceur , je continue à être bien en peine de votre mal ; 6c quand vous ferez guérie , je ferai dans une autre , de peur que vous ne foyez fâchée contre moi de ne vous avoir pas écrit plucôt. Je vous avoue qu'au commencement , je ne pou vois me refoudre a vous rien écrire de mon malheur arrivé près de Mariendal , fçachant à quel point cela vous toucheroit. J'en étois auflî honteux pour vous que pour moi. Et quoique ce foit une plaifante raifon , je vous jure que je ne pouvoir me réfoudre de vous l'écrire moi-même. Si après un malheur qui m'eft arrivé par compaffion pour les Troupes qui étoient fort fatiguées , & trop de complaifàncc pour les Officiers , on fe peut confoler en quelque chofe ; ce feroit que Ici Ennemis n'ont profité en rien de leur victoire. Les Troupes de M. Konigfmarc & de Hefle avec les miennes, qui toutes enfemble joindront M. le Duc d'Enguien, met- Mat les affaires en meilleur état qu'on ne les eût jamais pu efpcrcr. Je fuis
vj PREVUES.
à deux mille hommes près , de ce que j'érois avant le combat. J'ai pris depuis trois ou quatre jours une petite Ville où il y avoit cent hommes de l'Ernemi qui ont pris parti avec moi. J'ai bien de l'obligation a Madame la landgrave de Hellè d'avoir voulu envoyer fes Troupes fi loin avec moi , Se dans un tems que l'Ennemi pouvoir entrer dans fon pais : je vous allure que c'eft une fort honnête perfonne, je vous conjure de m'aimer toujours étant la chofe du monde qui peut me donner le plus de joye. C'eft, ma chere Sœur, Votre très-humble & irès-affc&ionné Serviteur Se Frerç,
TURENNE
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