‹ Histoire du Vicomte de Turenne, Maréchal Général des Armées du RoyChapitre 25 sur 50 · AUTRE · texte numérisé non relu

AUTRE

I f A chere Sœur , je vous dirai avant toutes nouvelles que je ne vous -1 Vi. crois aucunement changée pour m'avoir fait des réprimendes, & je vous jure que quand je fuis négligent à vous écrire , c'eft l'alTurance entière que j'ai que vous m'aimerez toujours fans pouvoir changer.

On donna avant-hier près de Nordlingue la plus grande Bataille qui fe foit vue depuis la guerre. La Cavalerie Françoife avoit la droite Se moi la gauche avec ma Cavalerie. La droite a été entièrement défaire, comme aufli l'Infanterie Françoife ; Nous avons eu Dieu merci plus de bonheur à la gauche ,& y avons gagné le champ de Bataille , pris prefque tout le canon des ennemis ; & Gléen qui commandoit l'aîle droite des Bavarois y a été fait prilonnier ; M. le Duc par le plus grand bonheur du monde , après avoir eu deux Chevaux tués finis lui ,& un peu blette au bras , s'envint du côté ou j'ecois un peu devant que le côté où il avoit réfolu de fe tenir fût rompu.

II témoigna être aifez fatisfait de ce que j'ai fait en cette occafion. Vous feaurez par les Relations tous ceux qui font motts Se prifonniers. On a eu nouvelle de M. le Maréchal de Grammont , que les ennemis ont mené en Bavière , où leur armée s'eft retirée , c'eft-à-dire fut le Danube , après avoir quitté le champ de Bataille. Pour leur perte elle a été plus gtande que la nôtre , quoique l'armée Françoife ait été entièrement repoulTce ; Je fuis bien afluré que l'on ne dira pas autrement à Paris , que la Cavalerie Allemande n'ait entièrement gagné la Bataille. M. le Duc m'a fait là-detfus plus de romplimens devant toute l'armée que je ne fçaurois vous dire , ni auflî exprimer ce qu'il a fait en cette occafion de fa perfonne Se de eccur & de conduite. J'avois quatre bataillons d'Infanterie , deux que commandoit M. de Chabot,pour foutenir l'armée de M, le Duc , &deux autres auprès de Ion Infanterie ; mais la Cavalerie Francoife en s'enfuyant a emporté tout cela , de forte qu'il n'eft refté que la Cavalerie Allemande Se les Heflîens : M. le Duc }ic fçauroit aiTcz fe louer des Allemands , & en effet il leur a obligation de la.

Preuves. V]j

vie & de la liberté. Il n'eft pas croyable comme il me fait l'honneur de bien vivre avec moi. Je vous fuplie de témoigner à Madame la Princeflc 8c k Madame de Longucville, combien je lui en fuis obligé.

Je fuis très en peine de ce qu'on me mande que vous avez fi fouveht la fièvre. Je prie Dieu de tout mon cœur de vous vouloir conferver , n'ayant point de plus grande joie au monde que celle de vous fçavoir en bonne famé/ adieu , chere Satur.

Au Camp dtvm Sordhngut , et %j Août 1 <♦ r.

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