‹ Histoire du Vicomte de Turenne, Maréchal Général des Armées du RoyChapitre 40 sur 50 · X-iy« V · texte numérisé non relu

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LE Roi, malgré l'envie qu'il avoit d'envoyer quelqu'un en Portugal } a i6û< jugea plus à propos d'attendre M. de Sande , lequel devoit venir il y ' along-iems : mais ayant appris ia mort du Roi d'Efpagne, il à jugé n».

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ccflaire de faire choix d'une pcrfonne de mérite &- d'expérience dan» les négociations. Et comme c'eft M. de S. Romain , & qu'il n'efl pas inflruit de ce qui s'efl paflfc en Portugal à l'égard de la France , il doit en être informé , afin que connoiflïint le fecret des affaires , il les puifle mieux difpofer à ce que le Roi fouhaitte qu'il falTe dans fa négociation.

Le Rot depuis la mort du Cardinal Mazarin , Se incontinent après , donna pour le fecours des Portugais deux cens mille écus au Roi d'Angleterre , pour contribuer à l'envoi de trois mille hommes de pied & de mille chevaux qui furent conduits par Morgan fous Milord Inchiquin.lcfquels, quoique promis par le mariage du Roi d'Angleterre avec la Princefle de Portugal , ne feroientpas partis fans cette fomme : depuis ce temps , le Roy a donné diverfes fommes , tant pour retirer des vaifleaux de guerre , que pour faire des levées des Régimens François d'Infanterie & de Cavalerie , & cinquanre mille francs pour unereciiie de mille Anglois l'année paflee qui furent levés à Londres , & les batteaux pour leur palTage loués aux dépens du Roi. II a été auflî fourni par Sa Majellé l'argent pour l'entretien du Corps François & d'un Régiment Allemand , qui a monté par an à deux cens mille écus que le Marquis de Sandc à rapportés d'extraordinaire , & qui ne font point entrés dans la fomme du payemen t des troupes. Il y a eu plufieurs autres dépenfes moins confidérables dont je ne fais ici aucune men* tion.

Après la paix des Pyrennées M. de Schomberg paflà en Portugal avec deux ou trois cens hommes , dont il commença à former le Corps François : enfuite le Roi trouva bon que M. de Turenne envoyât à Lisbone fon Sécrétaire Haflet , pour propofer le mariage de Mademoifelie avec le Roi de Portugal , fans néanmoins avoir fait convenir Mademoifelie de l'accepter ; mats dans la penfée , ou qu'elle l'agréeroh t ou du moins que cela romproit les mariages que l'on propoferoit au Roi de Portugal , & lui feroû tourner la vue du côté de la France pour fe marier. Le mariage de Mademoifelie ayant été Iong-tems négocié fans pouvoir réuflîr , M. le Marquis de Sandes traitta enfuite pour celui de Mademoifelie de Nemours ; & comme l'on croyoit qu'il pourroit fe conclure , le Roi trouva bon qu'il vint inconnu en France , où il a demeuré fept ou huit mois chez le Vicomte de Turenne ou dans une maifon à la campagne : mais des difficultés s'étant trouvées dans cette affaire , à caufe des engagemens de cette Princefle avec le-Prince Charles de Lorraine , & une confuliation d'Eccléfiaftiques n'ayant pù décider aflez nçttemem fur la nullité de ce

7> R E V V B S. xxxjx mariage , M. de Torenne propofa , par ordre , celui de Mademoifelle d'EIbeuf. Apres que le Portugal eût repondu qu'il ne vouloit point de cette dernière Princefle , on recommença à parler de celui de Mademoifelle de Nemours j 8c on en avoit levé toutes les difficultés , lorfque M. de Savoie l'époufa. Alors on propofa aux Portugais fa fœur Mademoifelle d'Aumale avec quatre cens mille écus en mariage , & ils l'ont acceptée. M. de Sande devoit revenir pour achever le mariage & l'emmener en Portugal cet Eté : depuis il a été retardé par la mort du Roi d'Efpagne qui furvint en ce temslà. Voila ce qui s'eft paffé jufqu'ici entre la France & le Portugal.

Pour ce qui efl de la Cour de Lisbonne , l'état en efl caché > & il y arrive tant de petits changemens , que l'on fe tromperoit en voulant y aireoir un jugement aflïïré. II efl certain que le Roi efl fort gouverné par le Comte de Caitel-Melhor qui efl un affez jeune homme , mais de qui la conduite paroh fort honnête , & qui ménage aflez bien tous les cfprits des Grands du Royaume : on le croit bien avec le Marquis de Marialve , & que le Marquis de Sande qui a été ici efl bien avec lui. Pour celui-là , il cil plus connu que les autres : il efl très habile , patient quand il efl néceflàire, quoique aflez prompt de fon naturel ;très affectionné à fon pays, connoiffant mieux qu'aucun les affaires étrangères, témoignant beaucoup d'inclination pour la France, haïiïànt fort les Hollandois: s'il efl encore à Lisbonne quand M. de S. Romain arrivera , je crois qu'il aura grande part à la négociation.

Je penfe qu'il faut que M. de S. Romain en arrivant à Lisbonne , defeende chez M. Gravier qui le mènera chez M. de Caflel-Melhor, à qui il dira que le Roi ayant appris la mort du Roi d'Efpagne , & ne doutant point qu'il ne foit fait diverfes propofitions à la Cour de Portugal de la part du jeune Rot d'Efpagne , l'a envoyé pour aflurer le Roi fon maître de l'affection de Sa Majeflé très Chrétienne , & qu'elle veut continuer de Paffifler & le fecourir dans les occalîons ; l'aflurant qu'elle prendra toujours part à ce qui pourra contribuer à l'établiffement & à la fureté du Portugal. Après ce premier compliment , il faudra entrer enfuite dans ce que le Roi défire fur la conduite qu'il veut que les Portugais tiennent, 8c ce qu'il a à défirec d'eux.

Je penfe que frM. de S. Romain n'apprend pas que les Efpagnols aient rien fait propofer aux Portugais pour une négociation , & que M. le Comte de Caflel-Melhor ne lui dife rien , qu'il faut parler de la continuation de la guerre , & que le Roi leur donnera la même fomme qu'il a accoutumé,

,1 prévues.

faifant valoir qu*Ks toucheront les quatre cens mille écus du mariage • on verra bien s'ils repondront à cette propofition , comme des gens qui veulent lircr plus d'argent du Roi pour continuer la guerre , ou comme en étant las , & fongeant à faire la paix en ne preffant pas trop le Roi de leur don*ncr de l'argent, de peur que cela ne les engagea:. I» y a grande apparence que la chaleur qu'ils témoigneront à achever le matiage du Roi, ou les longueurs qu'ils y apporteront , fera connohrc s'ils entrent en négociation avec les Efpagnols qui commencent par vouloir rompre le mariage avec une Françoife.

S'ils négocient comme ne faifant point de difficulté fur le mariage, 8c comme voulant demeurer en guerre avec les Efpagnols , M. de S. Romain les prelTera d'envoyer quérir la Reine , demeurera pour voir tous leurs rHOUvcmens i avertira le Roi des projets qu'ils feront pour la Campagne , & fuivra les chofes de près , afin qu'il ne fc falTe point de négociation dont il pe foit averti. Il leur fera toujours bien connoitre que ce n'cll que la foiblefle des Efpagnols qui les obligera à rechercher le Porttig.il J que ce Royaume n'a point de fùrué plus grande que de demeurer uni inféparablemcnt avec la France ou en guerre ou en paix,

Si les Portugais ont quelque envie de faire la paix , il cft bon que le Roi ïeur témoigne qu'il prétend alors leur être fort utile , afin qu'ils ne cachent pas leurs négociations à Sa Majcflc.Comme on ne fçait pas de quelle manière l'I fpagne leur en fera les ouvertures , il faut que M. de S. Romain tâche d'en avoir communication , en leur faifant connoitre que le Roi entrera dans tous leurs intérêts & fouhahte leur avantage ; & comme apparemment fi les Efpagnols leur offrent la paix , ils voudront rompre tout j communication avec la France & empêcher le mariage , il faudra que M. de S. Romain leur montre qu'ils auront grand fujet de foupçonner la mauvaife foi des Efpagnols quand ils voudront les ft parer d'avec le Roi , & que fi la Cour d'Efpagnc vouloit agir de bonne foi & Iaifler les Portugais paifiblepicnt dans la poflcfllon du Royaume , elle devroit Iaifler achever les alliant ces que le Portugal projette avec la France, & même rendre le Rot caution de la paix. Si les Efpagnols vouloient au contraire négocier hors de ces termes , il faut s'y opp ofer autant que l'on peut , par toutes les raifons qui font aifées à trouver dans une affaire fi claire.

Quant à l'Angleterre , il y a grande apparence que I'Ambafladeur d'An* glcterre qui cft présentement à Madrid , & qui a été long-tems à Lisbonne ayeedç la réputation , y aura çonferve des habitudes 6c de la créance. E^

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ii les Efpagnols entrent en négociation avec le Portugal , ce fera par Ton moyen. II faut donc que M. de S. Romain fafTe connoître que les Anglois n'agiflent préfentement en faveur des Efpagnols , que par oppofition pour la France qui va fe déclarer contre eux pour les HoIIandois : mais qu'aufli-tôt que cette guerrefera terminée,te Roi rentrera dans fes anciennes Iiaifons avec l'Angleterre j 8c qu'ainfi le Portugal demeurera fans aflurances du côté de France 8c d'Angleterre , & n'aura plus d'amis que les Efpagnols , auxquels ils connoifTent bien qu'ils ne fe peuvent jamais fier. II leur fera aufli voir bien clairement , qu'il n'y a aucune fûreté pour eux ni dans la guerre ni dans la paix, qu'en ne fe féparant jamais d'avec la France laquelle aura toujours un grand intérêt à leur confervation , & ne peut pas changer de ma' ximes fur cet article. Que par le traitté des Pirennées , le Roi ne devoit plus les aflîfler ; qu'ils ont vu néanmoins comment il s'y eft porté : qu'il n'y aura jamais un tems où ils dûfient fi peu attendre de fecours qu'à préfent } & qu'ils peuvent être perfuadés cependant qu'ils feront continués & qu'ils deviendront plus grands à l'avenir , foit par les affi fiances que le Roi leur enverra , foit par les diverfions que les intérêts du Roi l'obligeront peut- -être à faire. M. de S. Romain a ici une belle matière à s'étendre, en leur montrant que le Roi ne peut s'empêcher de fouhaitter & de contribuer à leur aggrandiflement , puifqu'il doit chercher toujours la diminution de la puiflance des Efpagnols qui efi fi fufpecle à la France , 8c dont on voit toujours des effets funeftes au moindre defordre qui arrive dans notre Royaume.

Mémoire du Vicomte de Turenne fur le paffage du Rhin. N*. XVIII.

Liv. V.

T 'Empereur ne pouvant envoyer une armée dans I'AIface , la Lorraine , An. 1666.

le Luxembourg & le Pays-bas, fans qu'elle pafle le Rhin, il efi néceflaire de fçavoir fon cours depuis fa fource jufqu'à ce qu'il fe perde dans la mer d'Hollande, & de faire connoître quels font les Princes & les Etats qui le confinent , pour juger de la nécefiîté de leur alliance , fuivant leur fituation & leur puiflance.

Le Rkîn , en fortant des montagnes de SuifTe , commence à trouver une plaine aux Villes Foreftieres dont le Roi en a gardé trois, Seckingen, Wdfiuft 8c Rhinfeld , qui lui ont été rendues par la paix. Il faudrait que l'armée de l'Empereur pour y venir pafsât dans le Cercle de Soiiabe & traversât les montagnes de la foret noire,qui eft une marche très difficile.. La

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plus grande fûreté du Rot feroit de propofer i tous les Princes de ce Ce*» de & à M. de Bavière , de s'unir pour empêcher l'Empereur de pafler dans ce Cercle , pendant que l'armée du Roi pafferoit le Rhin pour attaquer le» terres de la Maifon d'Infpruch : ce n'eft pas que cette entrée des Villes Foreftiéres , quand même les Princes du Cercle de Souabe ne s'uniroient pas , ne fût très difficile à l'Empereur , pareequ'il faut pafler des montagnes prefque impraticables avant que d'entrer dans le Pays de Montbéliard & dans le Comté de Bourgogne : Se 0 l'Empereur vouloh , après avoir paflè le Rhin aux Villes Forciliéres , entrer en Alface ; quoiqu'il y rencontrât un bon pays , il n'auroit pas une grande ville pour lui. Il faudrok cependant que le Roi , fans l'union des Princes du Cercle de Souabe , tint dans l'Alface un petit Corps de troupes outre les g&rnifons du pays , en cas que Sa Ma» jeflé eût guerre avec l'Empereur.

Le Rliin defeend depuis Baie par Rhinfeld , Brifac & Strasbourg jufqu'à Pliilisbourg. Les montagnes de la forêt noire s'étendent dans cet intervalle, qui cil de trente lieues le long du Rhin , à la diftance quelquefois de quatre ou cinq licuës un peu plus un peu moins. La M .ifon d'Autriche tient quelque» lieux entre ces montagnes & le Rhin , comme Fribourg Se Lautfembourg ; le relie eft à divers Princes & Seigneurs particuliers : les Princes de Bade & Dourlach y ont beaucoup de terres 8e de petites villes. Au-delà de ces montagnes eft le pays de N^irtemberg , qui occupe avec quelque peu de villes Impériales Se de bien de la Nobleflê prefque toute la diftance de Baie à Pliilisbourg , de forte qu'il peut y avoir dix ou douze lieuës du Rhin au pays du Duc de Wirtemberg, qui étant dans l'union du Cercle de Souabe , couvrirait l'abord du Rhin : d'ailleurs le Rhin fait tant d'isles , & fon abord eft fi incommode , qu'il n'y a aucune apparence qu'une armée de l'Empereur penfe à paflcr le Rhin entre Bâle Se Pliilisbourg. Le pays au-deflbus de Philùbourg, en defeendant trois ou quatre licuïs , commence à être plus ouvert , & le Rhin defeend à Manhcim qui eft une grande Place appartenante à M. l'Electeur Palatin , à l'endroit que le Necxre entre dans le Rhin , lieu très aifé à y faire un pont. Il y a dans cet endroit de grandes plaines au-delà & en-deçà du Rhin , Se l'armée de l'Empereur , pour y arriver, ne paûèroit point fur les terres du Duc de Wirtemberg , IauTeroit la Bavière bien loin à gauche ; & après avoir pafle le fleuve , entreroit en Lorraine ou dans le pays de Luxembourg fans réfiftance, à mo ns que le Roi ne fut afluré de l'Eleâeur Palatin , & que Sa Majefté ne tînt une armée confidérable en-deçà du Rhin : car au-delà depuis b

? R E V y E S. xliij Bohème jufqu'âu Bas Palatinat , on ne pafle fur les terres d'aucun Prince puiflànt qui oferoit s'oppofer à ia marche de l'armée de l'Empereur } ce pays étant mêlé de petites villes Impériales , de terres des Comtes de l'Empire , & des biens de l'Ordre Teutonique.

L'EIeâeur Palatin tient auflï une ville en-deçà du Rhin , nommée Franciendal , qui n'en eft diflante que d'une demi-lieuc , qui donneroit un grand avantage pour le paflagedes troupes Impériales: il a encore Oppenheim qui eft une petite ville fur le Rhin , où l'on a Couvent fait des ponts dans les guerres précédentes: Dans l'efpacc depuis Manheim jufqu'à Mayence , qui eft de douze ou treize lieuës, il y a la grande ville Impériale de Wormes i & entre Philisbourg & Manheim eft la ville de Spire en-deçà du Rhin. Tous ces lieux font dans la plaine & de fort bons pays , où l'armée de l'Empereur paflèroit aifcment s'il n'y avoit perfonne pour s'y oppofer ; & de-là elle iroit au pays de Trêves pour entrer dans le Luxembourg fans réfiftance , fi les Eieâeurs de Mayence & Palatin confentoient à fon paffage.

Plus bas que Mayence il'y a une petite ville à M. PEIefleur de Mayence » nommée Bingen , qui eft en-deçà du Rhin , où il y auroit encore un paflage j & de-là jufqu'à Hermenftheim , qui eft une place forte fur le Rhin à l'endroit où la MofcIIe y entre , il y a de plus divers Châteaux en-deçà du Rhin qui appartiennent à différens Princes , & où l'on ne pourroit pafler le Rhin ; comme Baccarach à M. l'EItâeur Palatin , S. Geneft au Landgrave Erneft qui a été à Paris , & Obervefel à M. de Schomberg : mais pour pafler dans ces endroits , il faudroit que l'armée de l'Empereur pafsât néceflaîrement par la Franconie. Si M. I'EIeâeur de Mayence pouvoit faire enforte que ce Cercle , dans lequel il a l'Evcché de Wurtzbourg qui en compofe une bonne partie , pût faire une union comme celui de Soù'abc , pour empêcher qu'aucune armée n'y pafsât , fous prétexte de fe garantie des François & des Suédois atifll-bicn que des Impériaux ; cela couvrirait le Rhin jufqu'à la MofcIIe , c'eft-à-dire jufqu'à Hermenftheim. Cette ville appartient à I'EIedeur de Tréves,dont la ville &l'Evêché font fi expofés aux armes du Roi , que je ne doute pas qu'il n'entre dans les mêmes fentimens que les autres Eieâeurs Eccléfiaftiques.Scn inclination eft pour l'Empereur; mais l'intérêt de fon Evêché & l'exemple des Eieâeurs de Cologne & de Mayence l'obligeroient apparemment à fe joindre avec eux.

Le Rhin defeend à Cologne , qui eft à dix ou douze lieuës de Hermenftheim. Le pays de Berg au-delà du Rhin de ce côté-là appartient au Duc

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de Neubourg : au-delà font le* terre* du Prince de Darmrtadt, & la Heflê n'en efl pas loin. Si M. l'Eledeur de Cologne & M. de Neubourg ctoieat uni» , Ks troupes de Hcflc-Caflel , de Darmftadt & de Brunfvick fe ponrroient joindre pour empêcher le partage de l'Empereur De plus , fi M. PElcdeur de Brandebourg étoit affermi dans les intérêts du Roi , il pourroit- fe trouver de ce côtéJà un très grand Corps qui s'oppoferoit depuis Maycnce jufqu'à Wefel à tout ce qui viendroit pour pafler le Rhin. Le pays de la Marcx au-delà du Rhin appartenant à l'Eleâeur de Brandebourg , & fe joignant au pays de Bcrg qui cft à M. de Neubourg , & a» Duché de Weilphalie que poflede l'Eledeur de Cologne, il efl capitalde gagner ces trois Princes avec le Duc de BrunfvicK & le Landgrave de Hc (Te qui couvrent tout l'Evcché de Munfler , qui étant en guerre avec . les Holiandois nos Alliés , l'Empereur tâcheron d'y faire une jondion : mais il faut que le Roi commence à forcer cet Evêque à faire la paix , & par-là on mettroit à couvert tout le cours du Rhin.

N*. XIX Mémoire du Vicomte de Turenne fur Us Suédois.

Liv. V. J

An. i666. T^rnr ayant préfentement rien à craindre du côté d'Angleterre , & n'y

ayant pas d'apparence que la Hollande fe mêle dans ce qui concerne

la Flandre fans être appuyée de l'Empirej! efl néceflaire de pourvoir promp-

tement aux moyens par lefquels on puifle empêcher l'Empereur d'envoyer

un Corps d armée en Flandre. Après les précautions qu'on a déjà prifes,il

efl certain qu'aucun Prince d'Allemagne ne s'intereflera ouvertement pour

les aflairesde la Flandre, quand elle fera attaquée j & qu'il n'y a rien à

craindre, finon que l'Empereur fe ferve de leur neutralité pour L partage de

fes troupes , & n'en gagne quelques uns qui facilitent & le partage de ces

troupcs,& Yî moyen de les fortifier dans leur paflage.Tout ce que le Roi peut

efperer des Princes qui lui feront les plus arkdionnés , c'efl de tacher

d'obtenir de l'Empereur que fon armée ne parte point dans leurs terres , &

de faire connoitre que puifqu'il ne s'agit que des afikires de Flandre , ils

croyent n'être pas obligés à fe joindre à l'Empereur qui n'agit pour fecou-

rir ia Flandre que comme Prince de la Maifon d'Autriche , & point comme

Empereur. Dans cette diverficé d' nclinations , de fentimens & d'intérêts

qui règne parmi les Princes d'Allemagne , l'armée de l'Empereur marchera

toujours, paflèraie Rhin & arrivera en Flandre i de forte qu'il n'y a que

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fermée Suédoife qui puiffé farre un Corps en Allemagne pour réfifler aux forces de l'Empereur , ou pour empêcher leur paflage , ou pour fortifier fermée du Roi , en cas qu'elle eût befoin de troupes , celles de l'Empereur étant paflëes ; ou même pour donner telle jaloufie à l'Empereur que demeurant à l'Evcché de Bremen , il n'osât envoyer de Corps con* fidcrablc en Flandre , & aimât mieux attaquer les Suédois en Allemagne" ce qui feroit toujours la même diverfion, & empêcherait les troupes de l'Empereur de venir en Flandre. Le feul & grand inconvénient que cauferoit l'armée de Suéde , c'efl qu'elle obligeroit beaucoup de Princes à fe lier à rEmpereur & c'ell ce qu'il faut éviter ; de forte que je penfe qu'il feroit bon que le Roi put s'affurcr par un tramé avec les Suédois qu'il, tiendraient douze mille hommes dans l'Evcché de Bremen , pour anir quand le Roi le defireroit , contre les troupes Impériales , farls fc incttre cnaétiop , que lorfque l'Empereur feroit marcher une armée en Flandrecar il en de grande conféquence au Roi . qu'il ne paroiffe pas qu'il veuille troubler le repos de l'Empire par les Suédois ; mais pourvu que l'Empereur commence le premier à fe mettre en campagne , & à faire marcher des troupes en Flandre, les AlUés du Roi en Allemagne pourront faire difficulté d'accorJer le paûdgc , étant foûtenus des Suédois. Je crois donc qu'il ell neceftaire que le Roi apporte de la facilité au traitté , par IequcL il pourra s'affluer que douze ou quinze mille Suédois demeureront dan» l'Evêché de Bremen , Se agiront du côté de Flandre , fuivant les mouvemens de l'armée de l'Empereur, & le défir du Roi.

Sentiment d* Corp de Me fient* tes Méridmmx de France. N,. ^

Quelques uns de Meffieurs les Maréchaux de France nous ayant con- V" fultés pour Ravoir notre fentiment , touchant l'obOïTance qu'ils doivent rendre aux commandemens abfolus qu'ils ont reçus du Roi de prendre le mot du Vicomte de Turenne , Maréchal e France , n^us difons & déclarons qu'après les très-humbles- remontrances qui ont été faite; à Sa Maj:uc , perfiflant dans fa volonté , Meffieurs les Maréchaux doivent fe foûmettre à cet ordre , nulle raifon ne pouvant ni ne devant nous empêcher d obéir aux commandemens abfolus de Sa Majeflé ; c'ell là i.otre fen-

TT/ VCr0Te "7 le dlÇrS * d«larons, nous le lignons très vo- Jonticrs. Amfi ligne a l'original.

GRAMMOHT, PlesîIS PRA1X.IM, VlllERO.1 & D'AlJRHr

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N°. XXI. Extrait des Lettres de Madame de Scvigné , fur la mort du Vicomte Uv- VL de Turenne.

LETTRE CC

C'Eft à vous que je m'adrefle , mon clier Comte , ( r ) pour vous écrire une des plus facheufes pertes qui pût arriver en France j c'eft la mort de M. de Turcnne : fi c'eft moi qui vous l'apprends , je fuis alfiiré que vous ferez auffi touché & au(fi défolé que nous le fommes ici. Cette nouvelle arriva lundi à Verfailles. Le Roi en a été affligé , comme on doit l'être de la perte du plus grand Capitaine , 8c du plus honnête homme du monde. Toute la Cour fut en larmes , & M. de Condoin penfa s'évanouir. On étoit prêt d'aller fe divertir à Fontainebleau ; tout a été rompu. Jamais un homme n'a été regretté fi fincerement j tout Paris & tout le peuple étoit dans le trouble & dans l'émotion j chacun pari oh Se s'attroupoit pour regréter ce Héros. Je vous envoyé une très bonne relation de ce qu'il a failles derniers jours de fa vie : c'eft après trois mois d'une conduite toute miraculcufe , &"que les gens du métier ne fe laflènt point d'admirer, qu'arrive le dernier jour de fa gloire & de fa vie. II avoit le plaifirde voir décamper l'armée ennemie devant lui j & le vingt-fept , qui étoit famedi, il alla fur une petite hauteur pour obfcrvcr leur marche : il avoit deflein de donner fur l'arriére garde , & inandoit au Roi à midi que dans cette penfée , il avoit envoyé dire à Brifac qu'on fit les prières de quarante heures : il a mandé la mort du jeune d'Hocquincourt , & qu'il enverra un courier apprendre au Roi la fuite de cette entreprife ; il cachéte fa lettre , & l'envoyé à deux heures : il va fur cette petite colline avec huit ou dix perfonnes ; on lire de loin à l'avanture un malheureux coup de canon qui le coupe par le milieu du corps , & vous pouvez penfer les cris & les pleurs de cette armée. Le courier part à l'inftant ; il arriva lundi , comme je vous ai dit , de forte qu'à une heure l'une de l'autre , le Roi eut une let« tre de M. de Turenne , & la nouvelle de fa mort. Il eft arrivé depuis un Gentilhomme de M de Turenne , qui dit que les armées font aftez près l'une de l'autre ; que M. de Lorge commande à la place de fon oncle , 6V que rien ne peut être comparable à la violente affliction de toute cette armée*

A P»rii , U mertrtdi ji. i(7f.

. ( » ) M. Je Grignao.

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