PRÉFACE. XII
à tout, incorporés à la Russie, où ils gèrent et la fortune de TEtat et la fortune des seigneurs, que la Russie, qui en souffre, ne peut s'en passer, et, si elle les écartait, croirait se dissoudre.
Aussi un accord étonnant s'est fait sur tout cela. Les Allemands, qui sont les grands scribes du monde, qui savent les langues du Nord, et sur rhistoire du Nord écrivent seuls, racontent les faits à leur manière sans être contredits. Par les mariages et les princesses allemandes, et leurs enfants, qui sont de petits Allemands, ils donnent incessamment des maîtres à la Russie.
C'est une des merveilles de ce temps que le czar actuel, Alexandre II, se soit affranchi des routines et ait hasardé la grande révolution qui avait fait reculer ses prédécesseurs : l'émancipation des paysans.
Paul, martyr de sa mère Catherine, et de sa première femme, que sa méchante mère lui avait donnée pour son supplice, fut tenu très-longtemps à part dans la campagne, et garda de vrais traits du caractère national. 11 resta un paysan russe, avec les qualités et les défauts de cette
Faoe. Eile «st mobilô, un peu fmtiàBqne. Mat& il n^en esA f)ieÎBtde meilleure. Eki'géQjéiii]^ lepaysi» ^a^^. Russe, lithuanien, Polonais, estuneloct douce 4;»^éaiura. Le» longs hivers du N^rd^ qm les tiennent Tenfermés plusieurs mois^ les font infiniment sensibles à la famille^, fari dépen* dantâ de l'en&fii, de lu femme, afiiis des^an^i^ maux«
Si l^eiai i^'en ce ^ys, d^uo^e histoire ai teivrible^ les voyages présentent un toml autre tableau. Sous les tsagédies poUilîques il y a^^ (des mœurs agincoles, idrkdciuDes^ em grand «aoÉmaÉe. Mais, à part les mois d'hiFer etrdeTBckBion^G^est une rftoe mobile, un peu capacieusB. Tel £al PatiiL Jîurfic des élans génipaiiR de miiure. Par vn secret instinct^ il aima Ibrt la Franne^^ Et d^'aherd la France qui demandait asile, la.France émignée. Puis il se rarâsay se rapprocha de ki Franoe républicaine (sous eeluâ qu'orn croyait alors uu Washington). Ame oetbe aliiftiiee, il ppojetmt deux cboses : d'une paît, établir la Idberté des imaos !en. protégeant les feibles : Danemark, Suède, Haïaèiinirg, etc., contre k tyrannie des
PfifePMZE. XXI
flottes ang^atses; â: autre part^ il Tonlait' eiiib^e*prendre (a«rec la FVance, L'Autriche, etc.) le démembreneiii; des ^ys qu'en dét Turcs \ et pour lesquels la Turquie n'a jamais den fait ^ue leur diifflier Tanarchie disoordaate du gonvemiement de&pacfaaB. Ces pachas avaient par teui ksâ marchands anglais pour associés dans l' exploitation dwpays;
Pour ce graud projet, Paul, oulre ralliance de la France, seiable avoir eu l'idée de faille appel sux Slaves, Cosaques et Polonais. Et déjà il avait rappelé les Polonais de Siibérie. Cela fit b*emblfr ceux qui possédaient leucs hiens.
L'Angleterre :arvait ]e plus grand iniënêt à sa mort« Mais beaucoup s'en chargeaient, (kitpe les Anglais de PétersbâfRrg, tous les Ailemnds 4e Russie avaient hâte de remplacer Paul ou par l'impératrice qui était Allemande, ou par son fils soumis aux influences allemandes et anglaises. 9e jà 1 a-cata»tiiopke
Je ne connais malle ^cène phis touchante que
* Je prouve ceci par un document russe, tout â fait inconnu, que ja doH'à'II. Ivran^ottrgaeaefX.
xxir PRÉFACE.
celle de Paul entrant dans la prison de Kosciuszko pour le délivrer, et, devant ce pauvre grand homme, blessé encore et alité, versant d'abondantes larmes. (Voy. Niemcewiz.)
Larmes précieuses qui firent espérer la réconciliation des deux sœurs, Russie et Pologne, et la résurrection de celle-ci.
Dès lors le mur fatal qui depuis si longtemps a comme divisé le monde, et séparé l'Occident de l'Orient, ce mur tombait. La Russie, l'Orient, tenus loin de l'Europe par Pinlerposition de la grosse Allemagne, entraient dès lors en communication avec l'Occident, le Midi s'alliait à des races plus en rapport avec la vivacité russe, et rélectricilé toute méridionale de ce peuple que les invasions tar tares ont seules rejeté dans le Nord.
Dans cette courte préface sur la Justice historique, comme un redressement des jugements précipités que portent les contemporains, j'ai négligé son aspect le plus haut, celui d'un effort
PREFACE. xxin
du cœur, de la raison, pour anticiper ici-bas la Justice suprême qui doit régner dans Tunivers. . Mes aspirations en ce sens ne viennent pas du cœur seul. Elles sont autorisées par une sérieuse considération du monde.
Ce monde présente en tout des lois analogues, une identité admirable dans ses méthodes, ses procédés. Les prétendus savants qui nient cela ne s'aperçoivent pas qu'ils font deux mondes différents, Fun soumis à la règle et au plus parfait équilibre ; Taulre tout inharmonique , désordonné, un vrai chaos. — Je ne connais qu'un monde, et voyant partout l'équilibre, la justesse dans les choses physiques, je ne doute pas qu'il n'y ait également équilibre et justesse dans les choses morales. Sinon ici, du moins ailleurs, dans les globes et les existences qu'il nous sera donné de traverser.
La Justice, ce Dieu qu'à mon âge de force, à la mort de mon père, j'invoquai (dans la préface de ma Révolution)^ est toujours mon soutien. J'y trouve un sérieux bonheur, une espérance qui ne peut me tromper, contre les deux écoles so-
BUT PRBnUX.
phî^HfiK9,i\BMdaiiésiDL, l'autre de Farbilraife, du capffîee êkàn.
}ïkmCy nadgré Tâge, je contôme mem œufre.
% powtant elle devait finir ici, je ne me plaiadrais pas. Je vois qu'en toutes eboses hd progrès est l:!dlune canetante de cette PuissMare de la vie qm va toujotsrs de bien en m^ex^ eL je garde Fespoir, comme un courageiBL euvrier^ qae de mes travaux imparËails j'irai à on travail meillem*.
Pariss 1*' mar» i813
LlYRE PREMIER
LE PREMIER PITT. — LA GUERRE ET LES EMPRUNTS. — LE TRAITÉ DE 1763 A UVRÉ LE MONDE AUX ANGLAIS.
Dans le premier volume de cette histoire du dixneuvième siècle, nous avons exposé le dehors, la mise en scène du théâtre, mais pas assez ei^core le dessous, le dedans, ce qui se trouvait sous les planches.
Nous avons raconté les rapides succès de Bonaparte, et Teffet d'éblouissement qu'il avait dès lors sur le monde. EflPet interrompu par la levée du siège de Mantoue, et sa prostration personnelle, dont deux grands médecins, Masséna, Augereau, le remontent à Castiglione (4 août 96).
Paris fut ébloui. Mais non TEurope, puisqu'en octobre, l'envoyé anglais Malmesbury dit à Paris que
« la France ne pouvait espérer de paix, à moins de rendre tout : l'Italie, les Pays-Bas, le Rhin. »
Donc ces grandes victoires de Bonaparte ont eu peu d'effet. Tout lui reste à recommencer. Le déluge barbare qui sans cesse fond sur lui des Alpes ne peut être arrêté. A peine il vient à bout des Allemands de Wurmser, qu'il a sur les bras le torrent des Slaves et Hongrois d'Alvinzi. Ces brillants coups n'expliquent rien, si l'on ne se rend pas bien compte de la force lointaine qui, par des canaux peu connus, leur opposait sans cesse la vaillante barbarie du Danube.
Cette roue épouvantable avait son grand moteur à Londres, où Pitt, assis sur la masse docile des créanciers de l'État, professait, faisait croire l'axiome de Price : c< Plus on emprunte et plus on est riche. »
Obscur et poétique mystère de richesse insondable !
L'or qu'on y puisait sans mesure allait fasciner, éblouir ce monde héroïque et sauvage. Et tout n'arrivait pas : beaucoup restait à Bâle, chez un agent anglais qui, de là à Strasbourg, à Lyon, et surtout à Paris, soldait es traîtres et les espions, des Fauche et des Pichegru, etc.
Mais Pitt avait deux poches. De la seconde (étrange abîme) sortait à flots le torrent des faux assignats, chefs-d'œuvre de gravure, que Puisaye fabriquait.