‹ Histoire du xix.e siècle. (Œuvres posthumes)Chapitre 27 sur 79 · DE LA SECONDE RÉACTION QUI MÈNE EN FRUCTIDOR · texte numérisé non relu

DE LA SECONDE RÉACTION QUI MÈNE EN FRUCTIDOR

la Réveillère-Lepeaux ; de plus, ayant longuement étudié pour ma Révolvtion les Hémoires successifs que les Garnot ont publiés, je ne me doutais guère de ce qu'était au fond ce grand procès. Des lueurs indirectes, mais très-vives, m'en vinrent dès la publication ofOcielle de la Correspondance de Bonaparte. Dans ces lettres, on voit très-bien ce que Garnot luimême dit% que Bonaparte eut pour auteur de sa fortune et protecteur bien moins Barras que Garnot même. G'est à dire que, dans ces traités célèbres où Bonaparte fit grâce au Piémont, à rAutriche (96-97), il eut pour appui au Directoire Garnot, vrai dictateur aux affaires militaires et par suite dans celles de la diplomatie. En cela, et en tout, Garnot (soit générosité, soit entraînement d'amitié et de société) protégea le parti du passé, ceux qu'il croyait les faibles, et que lui-même au Gomité de salut public il regrettait d'avoir persécutés.

Far e;Kemple, nos lois contre les émigrés étaient toujours sévères. Et quoique toute la France fût déjà pleine d'émgirés rentrés, quelques-uns furent encore l'objet de la rigueur des lois. Beaucoup d'entre eux, jadis réfugiés à Goblentz, l'avaient quitté, et occupaient Turin et le Piémont, ce royaume qui, par mariage, se trouvait uni aux Bourbons. Les tantes de Louis XVI y étaient encore. Quand Bonaparte vainqueur approcha de Turin, grande panique. L'héritier

> Réponse à Bailleol.

du royaume alla supplier Bonaparte. Et nul doute aussi qu'à Paris, la société la plus distinguée ne suppliât Carnot de ne pas enlever cruellement aux émigrés leur dernier asile. Sans doute ia famille Carnot ne fut pas la dernière à désirer et demander cela. Les lettres de Bonaparte où il se recommande à madame Carnot montrent assez qu'elle comptait beaucoup près de son mari. Carnot avait l'âme tendre, passionnée, et il était toujours douloureusement affecté du déplorable souvenir de tant de signatures données de confiance à Robespierre et au terrible Comité. Indépendamment de ceci, son frère, Carnot-Feulin , son collègue Letourneur, tous deux officiers du génie, devaient lui rappeler ce noble corps, dont une partie était resiée en France et l'autre partie avait émigré (exemple, Phélippeaux, plus tard célèbre à Saint-Jeand'Acre). Madame Carnot, certainement, par bon cœur et sensibilité, put lui rappeler que les nobles, comme le duc d'Aumont, seigneur de son village, avaient toujours protégé sa famille, et lui-même aux écoles, qu'enfin ils avaient été les premiers promoteurs de son avancement et de sa fortune.

Pourquoi enlever avec Turin le dernier asile aux émigrés? Le traité d'ailleurs était excellent. Il livrait tant de places et permettait de lever l'argent dont on avait besoin. En bonne guerre aussi, il y avait grand avantage à se débarrasser d'un de ses ennemis, le Piémont, avant d'attaquer le plus grand ennemi,

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