COALITION DES ÉGAUX ET DES TERRORISTES
missait. Le G)rps législatif s'était montré si crédule à ces bruits terribles , que dès le premier jour et sans information, il chassa de Paris une masse de gens, nullement compromis, mais qui, par leur situation malheureuse, pouvaient être tentés de se compromettre: les fonctionnaires destitués, les militaires hors de service, et les ex-conventionnels.
Tout cela extrêmement favorable aux royalistes, dont on chassait les ennemis. Si le procès durait, si Tombre fantastique du partage universel et de l'abolition de la propriété occupait quelques mois la France et l'obscurcissait de ténèbres en quelque sorte, on pouvait croire que l'élection prochaine d'un tiers de l'assemblée serait toute pour les royalistes et pour les prétendus amis de l'ordre. Sous prétexte qu'un député, Drouet, se trouvait dans les accusés, on chargea du procès un tribunal exceptionnel, une haute cour, qu'on mit hors de Paris, à Yendôme, et qui mit une année pour instruire le procès de Babeuf, c'est-à-dire le fit traîner jusqu'aux élections.
On prétendait (à tort peut-être) que Gamot avait dit un mot fâcheux : a Avec les royalistes, il suffit de montrer l'épée. Avec les Jacobins, il faut frapper et l'enfoncer. »
Ce mot était le meilleur certificat que les royalistes pussent avoir pour les élections, comme amis de Tordre auquel toute la France aspirait. Gomment
m • FRANGE.
celte population, plus douce que celle de bien des grandes villes, est sujette à ces accès nerveux. Les uns sont des ouvriers qui tremblent que le travail n'arrête ; les autres des marchands inquiets de leurs billets et de la fin du mois ; les autres des proprié*, , taires craintifs, et moins encore peut-être pour la vie que pour la chère propriété.
Le Directoire, généralement humain, fut poussé certainement par la panique, par ce tourbillon de colère. La peur était impatiente, lui enjoignait de sévir sur-le-champ. Et alors il fit une chose insensé et inexplicable. Les gens pris à Grenelle furent jugés sur-le-champ par une commission militaire, tandis que Babeuf et ceux qu'on disait être les chefs du mouvement restèrent presque un an à Vendôme, devant la haute cour, attendant leur jugement.
On était si pressé, qu'à ces cçnl trente-deux accusés on ne voulait donner qu'un défenseur. Gamiis, au Corps législatif, empêcha cette barbarie.
La commission qui siégeait au Temple, sur quarante-deux, en adjugea d'abord treize à la mort, qui furent fusillés à Grenelle. Puis, en septembre, octobre, il y eut encore trois exécutions, de quatre, de neuf, de six. Dans le nombre des neuf il y avait trois anciens députés de la Montagne, il y avait ce riche et généreux Bertrand, de Lyon, qui fut peut-être le principal apôtre du grand partage universel.
Ainsi, de mai, en octobre, les exécutions conti-
GOAUTION DES ÉGAUX ET DES TERRORISTES. lél
nuèrent, sans que l'on s'avisât que la confrontation de ces accusés de Paris avec ceux de Vendôme était indispensable pour Tun et pour l'autre procès.
On les gardait (comme un épouvantail) . Machine utile avant l'élection. Dans le jeune Darthé, obstiné au silence, on avait la menace du terrorisme sanguinaii^. Babeuf parlait , prouvait qu'il n'avait fait qu'écrire, mais orgueilleusement menaçait d'un peuple immense, qui, disait-il, le suivait, était avec lui.
LES MODÉRÉS ET INDÉCIS, GARNOT, ETC. — INDULGENCE POUR LE GRAND COMPLOT ROYAUSTE, 1797/
Il ne faudrait pas croire que ces sévérités excessives de la justice militaire fussent un acte du gouvernement, le fait du Directoire. Les directeurs étaient fort modérés, la plupart philanthropes. Ce fut plutôt le fait sauvage de l'étourdissement, de la panique générale.
L'air du temps n'était nullement à la cruauté. Plus d'opinion tranchée et violemment fanatique. 11 n'y avait réellement que deux grands partis fort excités l'un contre l'autre, les acquéreurs de biens nationaux qui étaient ou qui se croyaient patriotes, et les royalistes rentrés qui réclamaient avec fureur pour des biens que beaucoup d'entre eux n'avaient eus jamais. J'ai connu un de ces fu-