GRISE SUPRÊME DE L'ANGLETERRE
Un formidable cri s'éleva, et tout d'abord s'inscrivit sur les pavillons : La république flottanle. Hélas ! ce mot de république, tant oublié depuis Gromwell, et dans tous les temps plats delà maison de Hanovre, qui peut alors bien savoir ce que c'est? Chose rare et singulière, fort peu anglaise : Ils perdirent le respect^ ils mirent leurs officiers aux fers. Maintenant qu'allaient-ils faire? Remonter la Tamise? On le croyait, on construisait des batteries pour les arrêter au passage. Et s'ils passaient, qu'auraient-ils fait, ces diables égarés, demi-fous? Ils auraient fort bien pu brûler Londres, comme au temps du Complot papiste. La Banque défaillit de frayeur, et la Bourse tomba à cinquante pour cent. C'est justement l'excès d'effroi qui soutint Pitt. Ses adversaires votèrent pour lui et lui accordèrent tout. La Banque fut dispensée de payer, sinon en billets. Les créanciers de l'État furent trèsbraves à force de peur, firent tout ce qu'on voulait, agirent comme un seul homme. On attrapa, ou ^«désarmala foule, lui accordant toutes ses demandes, comme paye et comme nourriture. Force pardons surtout. Puis on pendit les chefs et tout rentra dans le devoir (juin 97).
Dans cette terrible aventure qui, il est vrai, dura peu, Pitt eut ce grand bonheur que le gouvernement français n'existait pas, pour ainsi dire, était paralytique. Cette leçon ne fut pas perdue. Par des moyens désespérés, et surtout par un déluge immense, épou-
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vantable, d'or, d'argent, on prépara, on hâta, à Paris, en France, la grande trahison royaliste. Pendant que, de l'Est, du Midi, Pich^u venait avec les Francs- Gom tcis et Lyonnais, de la Yendée, de la Bretagne, qui paraissaient dormir, vinrent les brigands^ les amis de C harette, avec lenrs ceintures pleines d'or. Les Autrichiens eussent aimé mieux peut-être que le mouvement n'eût lieu que quand la mauvaise saison allait rendre la guerre impossible. Ikis les Anglais étaient pressés, après cette grande panique; ils vonlaient se remettre le cœur par le naufrage de la France.
Ll FAUSSE ÉLECTION DE 97 . — MORT DE BÀBEDF (26 MAI).
L'indulgence excessive des procès royalistes, les fusillades atroces des procès jacobins, montrèrent suffisamment au parti monarchique qu'il pouvait tout oser, et que, quoi qu'il osât, on ne punirait que ses adversaires.
Gela commença par des farces, des amusements de jeunes gens, qui, la nuit, abattaient ]es arbres de liberté. Puis ils trouvèrent plus gai d'en prévenir l'autorité insolemment. Alors, on osa davantage ; on s'amusa, la nuit, à arrêter les diligences. Histoire de rire. Mais quand elles étaient chargées de l'argent des impositions, on le prenait. Histoire de rire.D^ailleurs, n'était-ce pas l'argent du roi? Des fonctionnaires malappris qui réprouvaient ces choses furent
poignardés. On s'amusait aussi à tirer des coups de fusil aux acquéreurs de biens nationaux. Ceux qui tirent sont pris, jugés, absous. Les tribunaux ont peur, et les acquéreurs patriotes sont traités comme des bêtes fauves .
Un courageux juge de paix osait commencer des poursuites contre les royalistes. Mais c'est lui que l'on met en jugement.
Partout les prêtres réfractai res prêchent le meurtre, les vengeances. Ils organisent deux petites Yendées, au Vivarais et aux ÂIpes-Maritimes, et guident les bandes sauvages des Barbets.
La guerre civile est imminente. Alors Boissy d'Ânglas, toujours sous son impression de Prairial, ne craint qu'une jacquerie jacobine, et obtient pour son département, l'Ardèche, qu'on y fasse venir de Marseille le général Willot. Ce général, accusé justement comme traître par l'armée dltalie, arrive, pour porter secours aux royalistes triomphants. Le long du Rhône, grâce à lui, les royalistes eussent massacré à leur aise les républicains. Heureusement, la Drôme, un département vigoureux, coupa l'horrible chaîne qui, de Marseille, allait s'étendre à Lyon.
Que faisait donc le Directoire? Â toute tentative pour remettre un peu d'ordre, on lui criait : a Laissez agir la libeité! c'est la lance d'Achille. Elle guérit les maux qu'elle fait. »De sorte que la Réveil* 1ère et la majorité républicaine du Directoire, étant