‹ Histoire du xix.e siècle. (Œuvres posthumes)Chapitre 55 sur 79 · BONAPARTE ÉCHOUE A SAINT-JEAN-D'ACRE · texte numérisé non relu

BONAPARTE ÉCHOUE A SAINT-JEAN-D'ACRE

forcée dans ses retranchements, elle pût résister tout de même.

Qu'on en vînt là, c'était bien peu probable, avec cette facilité iniinie que donnait la mer et la flotte d'introduire dans la ville des forces nouvelles. Bonaparte, ayant enfin quelque léger renfort d'artillerie, s'obstina comme un furieux dans cette entreprise impossible. Il ne voi^ pas voir que ses munitions tarissaient, si bien qu'il était obligé de recueillir les boulets de l'ennemi pour les lui renvoyer ; on les payait aux soldats qui les ramassaient. En soixante jours, on s'obstina à faire quatorze assauts, inutiles et sanglants, ruineux pour notre petit nombre. L'ennemi fit vingt sorties, s'inquiétant peu de ses pertes, qu'il réparait à volonté.

L'obstination, l'aveuglement de Bonaparte étaient inexprimables : c'était comme une dispute entre lui et la Fortune, infidèle pour la première fois. C'était plutôt une inepte gageure avec l'impossibilité même.

Représentez-vous l'image ridicule d'un buveur obstiné qui s'efforce de boire, de vider par en bas un tonneau 'qui sans cesse se remplit par en haut.

Le peu qu'il tuait d'hommes à la tranchée du côté de la terre était à l'instant suppléé, du côté de la mer, par ceux que la flotte pouvait faire venir en quantité illimitée.

Sa rage aveugleétait si grande, qu'il mina d'abord.

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puis Toulut emporter à tout prix une tour avancée qui semblait tenir à la ville, mais qui en était réellement séparée et n'y donnait nulle ouverture.

Nos soldats, devant la folie du héros, n^objectaient rien; on se faisait tuer. Kléber seul disait avec une sévérité ironique : a Nous attaquons à la turque une ville défendue par des moyens européens. »

Beaucoup de Syriens, ennemis de Djezzar, venaient au camp, faisaient des vœux pour nous. Mais nous voyant limités là sur un étroit espace, ils se gardaient de se déclarer. L'ennemi était trop heureux de nous voir aheurtés à des murs, nous cassant le nez sor des pierres, tandis qu'un beau et riche pays, la Galilée, était là derrière nous. Il était trop évident que l'ennemi devait craindre les batailles, et nous, les désirer. Â lui la mer, à nous la terre. Kléber sut un gré infini au pacha de Damas qui , voyant Bonaparte obstiné sur la côte, prit la route du Mont-Thabor, et vint à nous avec vingt-cinq mille hommes. Bonaparte, s'il l'eût attendu, se serait trouvé assiégé lui-même, ayant Acre devant lui, et ceux de Damas derrière. Il ne put s'empêcher d'envoyer Kléber à la rencontre, mais l'envoya avec si peu de munitions qu'après un seul combat, Kléber en manqua tout à fait et fut dans le plus grand danger.

Sans doute, Bonaparte en avait {)eu, mais on peut croire aussi, quand on connaît son génie astucieux que, pour ces batailles livrées au Mont^Thabor, près

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