‹ Histoire du xix.e siècle. (Œuvres posthumes)Chapitre 56 sur 79 · BONAPARTE ÉCHOUE A SAINT-JEAN-D'AGRE. S · texte numérisé non relu

BONAPARTE ÉCHOUE A SAINT-JEAN-D'AGRE. S

Nazareth, en des lieux si célèbres, il craignait fort qu'on ne vainquît sans lui , et tenait à signer luimême un bulletin de Nazareth. Il vint donc, à la course, avec Bon, Rampon, la 32"^ et huit pièces d'artillerie. Ceux de Eléber, rassurés par rapproche du secours, avaient déjà rétabli la bataille et repris l'offensive. Ceux de Bonaparte sabrèrent un camp de Mamelucks qui se tenait à part. Et l'armée de Damas, voyant partout les nôtres, toute nombreuse qu'elle était, prit peur, et se crut entourée. Il y eut un vertige immense, une débandade générale. Les uns se précipitèrent derrière le Mont-Thabor, d'autres se jetèrent dans les eaux du Jourdain (26 germinal, 15 avril). Le lendemain matin, Murât entra dans Tibériade, déserte, sans garnison, ety trouva des magasins immenses. On vit là ce qu'on eût gagné à profiter de l'avantage et à poursuivre vers la riche Damas. Ce qui souvent a garanti cette ville, c'est que dans les plaines on craignait la cavalerie. Mais les batailles des Pyramides ,de Nazareth , montraient combieii ces craintes étaient exagérées. La prise de Damas eût été un coup de tonnerre qui eût effrayé nos ennemis, rassuré nos amis, et leur eût fait prendre les armes. Bonaparte se fût trouvé à la tête d'un grand peuple, et les Anglais, si redoutables dans Saint-Jean-d'Âcre, se seraientrils hasardés jusqu'à quitter la mer, et venir nous offrir une bataille rangée?

On ne pouvait pas prendre une ville, mais bien la

Syrie tout entière, et faire de notre petite armée le noyau de tout un peuple belliqueux.

Je me figure que c'étaient les vues du wai bon sens, celles deKléber et de son ami Caffarelli,qui,à sa mort, eut, dit-on, une vive dispute avec Bonaparte.

Celui-ci avait d'autres vues. Il regardait la France. Pour elle, il lui fallait d'abord ne pas se retirer de Saint-Jean-d'Âcre, et de plus dater son bulletin de Nazareth .

De même qu'il avait fait le pèlerinage des sources de Moïse, écrit son nom au registre du couvent, il s'arrêta au couvent de Nazareth, y coucha, et vit dans Téglise le miracle du lieu. Près de l'autel une chapelle est, dit-on, la chambre de la Vierge même. Une colonne de marbre noir engagée au plafond y parait suspendue, parce que l'ange, au moment de l'Annonciation, frappa du talon la base de la colonne, la brisa. Cette légende, telle quelle, toucha quelques-uns de nos blessés qui, se mourant, faiblirent, demandèrent Pextrême-onction .

Voilà comment un intrigant, peu digne d'une telle armée et de si grandes circonstances, faisait platement sa cour à la réaction de Paris.

Dans cette armée pleine de gens d'esprit et d'expérience, il n'y avait personne qui ne vît que l'aveugle général s'obstinait dans une vaine entreprise où son orgueil eût immolé le monde. C'était une chose touchante de voir ces hommes aussi dociles que vaillants

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