‹ Histoire du xix.e siècle. (Œuvres posthumes)Chapitre 58 sur 79 · BONAPARTE ÉCHOUE À SA1NT-JEAN-D*ACRE · texte numérisé non relu

BONAPARTE ÉCHOUE À SA1NT-JEAN-D*ACRE

inauguré rexpédilion, avait été pour beaucoup dans ses grandes vues qui en ont fait la gloire. Vraiment, elle finit par lui. Après lui, le siège ne fut plus possible. Bonaparte lui-même vit une grande flotte de trente voiles qui venait aux assiégés, une flotte de trente vaisseaux turcs. Non-seulement nos nouveaux assauts ne réussirent pas, mais c'est nous qui peu à peu allions nous trouver assiégés. Ceux du dedans, habilement conduits par Phelippea'ux , s'étaient introduits entre nos lignes d'approche, et, de droite et de gauche, prenaient à revers nos tranchées.

Quoique Phelippeaux mourut frappé d'un coup de soleil, nous déclinions chaque jour, et Bonaparte devenait l'objet de la dérision des Anglais. Sidnéy Smith répandit, signa, garantit une proclamation turque, où, pour débaucher nos soldats, on leur répétait les bruits de Paris : « Que le Directoire n'avait rien voulu dans l'expédition qu'éloigner l'armée, dont il se défiait. » Cela ne produisit rien que de loriénses injures de Bonaparte à Smith, et un trèsvain cartel de Smith à Bonaparte.

Pendant ces sottes paroles de gens qui ne se connaissaient plus, quelqu'un, d'un langage muet, se faisait mieux entendre, finissait tout, la peste. La malignité du climat se liguait encore avec elle d'une autre manière. En quelques jpurs, des vers naissaient dans les blessures et les compliquaient.

Les nouvelles étaient efTroyables. Indépendamment des fanatiques du monde barbaresque dont j'ai parlé, les Anglais, maîtres dans la Méditerranée, se montraient dans la mer Bouge, et nous ne voyions plus autour de nous qu'un cercle noir d'ennemis.

Donc il fallut revenir, et, pour comble de misère, partir nuitamment, et si subitement que, quelque soin que Ton prit d'emporter nos blessés, plusieurs, un peu écartés, se croyant abandonnés, et cherchant leur chemin, se lancèrent dans les précipices.

Dans cette affaire d'obstination, 4'aveuglement désespéré, on aurait pu prévoir ce qu'on avait à attendre d'un tel homme, de sa surdité aux conseils. On pouvait dire déjà ce que quelqu'un dit plus tard ^iiand il répéta en Russie, sur six cent mille homineiy <i qu'il avait fait sur dix mille en Syrie : « Où poniMiioa trouver les garde-fous de son génie * ? »

Bonaparte avait quitté Saint-Jean-d' Acre le 1*' prairial (20 mai 99), à neuf heures du soir.

Nous ne savions pas encore tous nous malheon. Notre allié, Tippoo, qui depuis si longtemps regar* dait vers la France, délaissé , sans secours, étaitt mort en héros (avril 1799)*.

*■ Mot de M. de Narbonne, cité par H. Villemain, Mélanges.

* Ce qui fit un tort immense à Bonaparte, c'est que luirinéme renseigiit ses ennemis sur sa détresse, le besoin qu41 avait de secoun, etc. Sa correspondance interceptée fut publiée en un petit folnM |»ar Fnods d'Yvernois, le Genevois anglais, sous ce titre : Crimes des Français racontés par eux-mêmes, réimprimé à Paris par René Pinceboorde.

LaefautedeTippoo, la ruine de l'empire de Mysore ilÉMBliili malheur pour la France, bien plus qu'on ÉMwit^ni ^ans ce grand éloignement. Mysore et Sexi^palam étaient, depuis la perte de Pondichéry, le centre unique de notre commerce dans Tlnde. !l|^poo et son père Hyder-Ali avaient élé, malgré l^tVft^'nos malheurs, nos immuables alliés. C'était dii grand État qui avait des possessions sur les éMx mers. De plus, Tippoo, était, par ses qualités héroïques, le centre de l'Inde musulmane, peu nombreuse, si on la compare à l'Inde brahmanique, ne comptant guère que quinze, vingt millions d'hommes, mais tout autrement belliqueux, et, l'on peut dire le nerf de l'Inde même. Moins fins, moins délicats que les Indiens proprement dits, cm musulmans

leur étaient supérieurs en qualités \iriles, en dignité morale, en probité, fidélité.

Je suis ici dans ce triste chapitre, comme le voyageur qui, dans l'Inde d'aujourd'hui, se trouve en face des grands tombeaux, fiers et majestueux comme l'immense monument d'Acbar, ou tout au moins la gracieuse tombe de la fille d'Aureng-RezS Je Dépasserai pas sans les avoir salués, sans avoir dit le caractère viril de l'Inde musulmane. Plusieurs écrivains, même Anglais, ont dit combien la sévérité simple de leur culte imposait. Moi, je voudrais ici insister de préférence sur le sentiment de l'honneur et l'exaltation de la probité.

Je ne puiserai pas dans les livres, mais dans les récits graves et sûrs que me faisait parfois mon ami, le très-fin, très-savant Eugène Burnouf.

Il était en rapport avec beaucoup d'Anglais, nonseulement pour sa science, mais pour la confiance que son caractère inspirait. L^un d'eux, un colonel^ homme de grand mérite, qu'il voyait souvent triste et sombre, lui fit l'aveu suivant.

Il avait eu pour économe un musulman depuis longtemps. Cet homme passait pour fort honnête, et il avait une gravité qui imposait. L'Anglais, ii[isoucieux, faisait rarement ses comptes. Un jour, après dîner, il se met à les faire à cette heure un peu trou-

^ Voy. les piaiicli60 de Daniell, etc.

ble. Il a beau calculer, il trouve toujours un déficit, quelque chose de moins que ne comptait son musulman. Il se fâche, et recompte encore ; toujours même différence. L'autre, imperturbablement, soutient qu'il n'y a pas erreur, qu'il a très-bien compté, que le maître se trompe. Alors l'Anglais exaspéré, l'appelle fourbe, menteur, vol^r, etc* Enfin, n'en tirant aucune parole, il le frappe au visage. L'autre recule, et tire le poignard qu'ils portent tous, mais dit : ce Je ne vous tuerai pas; car, j'ai mangé voire pain. » Il se frappe lui-même, et d'une main si sûre qu'il en meurt à l'instant. D'après les croyances indiennes, celui qui a causé un pareil accident, et qui se trouve ainsi maudit par un mourant, n'a plus de repos en ce monde. Le pis, c'est que le mort avait raison, il était innocent. Le malheureux Anglais, rederveiFti à froid tout à coup, se met à refaire le calcul, et voit que c'est lui qui a tort. Dès lors, plus de repos : la chose le poursuit et ne le lâche plus; il la traîne jusqu'à la mort.

Cette race si fière et plus guerrière que propre aux arts, ne leur est pourtant pas hostile comme les Turcs. Bornés par le Coran qui défend toute représentation figurée, leur génie s'est tourné vers Tornementation et le décor en plusieurs genres. Tippoo dessinait ses jardins et en faisait le plan ; il a fait celui de Bangalore. La plupart de ces monuments

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musulmans, grandioses, charmants, sont de magnifiques mosquées avec de sublimes minarets à plusieurs étages, des galeries où l'on crie la prière, de belles et charitables fontaines, si précieuses dans ce climat, enfin d'admirables tombeaux % dont plusieurs tellement spacieux que leurs compartiments innombrables peuvent servir de logement.

La supériorité de l'Inde musulmane pour la gravité des mœurs et pour la guerre, la rendait dédaigneuse pour l'Inde brahmanique. Ce fut la faute de Tippoo dont le fier caractère, les tendances sévères, héroïques, exagérèrent la discorde des deux Indes qu'une meilleure politique aurait tâché de rapprocher.

Chose curieuse, à l'autre bout da monde, le diihuitième siècle est le même, singulièrement actif et agité. Tippoo pour la curiosité, l'inquiétude d'esprit, l'amour des nouveautés, nous fait penser à Joseph U. Mais, d'autre part, sa fixité dans le travail, et le nerf

^ Ces monuments de famille et de piété sont souvent fort touchants. A Agra, Shah Ichan, quittant cette ville pour Delhi, a fondé un délicieux monument pour sa sultane morte en couches en 1651. Dans l'ancienne Delhi, on voit une sépulture sainte, et quoique musulmane, révérée des Hindous C'est celle de Jeanazah qui ne quitta pas son vieux père pendant dix ans, enfermée avec lui dans le château d'Agra, et qui mourut empoisonnée. ^ (Tandis que sa sœur Boxanore fut l'instrument des desseins parricides de leur frère Aureng-Zeij.) — Sa tombe simple, porte cette inscription : c Que la terre et la verdure soient les seuls ornements de ma tombe : c'est ce qui convient à celle qui vécut humble d'esprit et de cœur. > Et sur un côté on lit : c Ci-gît la périssable fachir /ehannazah Begnm, fiUe du Shah Icban, disciple de, etc. »

indomptable qu'il montra dans un climat si dissolvant, sont d'un véritable héros, d'un Frédéric barbare. 11 était cruel, mais très-juste, d'une justice impartiale. Nul privilège de naissance. Nulle place n\3 s'accordait qu'après des épreuves et une sorte d'apprentissage. Les commerçants français de Séringapatam avaient formé sous lui un club, «t dans l'égalité d'une société muâtilmane, réalisaient à leur manière quelque chose de l'égalité Jacobine ^

U n'y avait pas daos Tlnde, un ryot (laboureur), qui se mit au travail avant Tippoo. La journée ne suffisait pas à son activité. Il voulait savoir tout*.

Les arts, les découvertes, l'agriculture, l'intéressaient aussi bien que la guerre.

De grand goiatin, il recevait d'abord les rapports, donnait les premiers ordres.

A neuf heures, il se rendait près des secrétaires d'État, dictait un grand nombre de lettres '.

Puis, il se mettait au balcon pour voirseséléphanls,

^ Ce fait tout simple de cinquante-neuf marchands français réunis en club, sekm la mode du temps, a été étrangement défiguré, sans doute par le gouverneur Weliesiey qui, pour pousser la Compagnie à la guerre, lui fit cet épouvantail ridicule d'une grande explosion jacobine en pleine Asie. Les cockneys de Londres et les dames actionnaires ont dû pâlir. (Voy. Salmon, mai 97, p. 39. Londres, 1800.)

* Sur la personne et la vie intérieure de Tippoo, voyez Mill, Wilson, Barchou de Penhoên, etc.

* Plusieurs de ces lettres , fort confidentielles, indiquent ses brouilleries avec son père Hyder-Âli. Ces lettres fort covtes, et bien différentes sans doute de celles d'un Européen, m'en lool que plus curieuses. Select, LeUert of Tippoo^ tr. by Kirkpatricb, 1811« iB-4* (avec des autographes].

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ses tigres dressés pour la chasse, que l'on promenait avec leurs manteaux d'or*.

Après déjeuner, assis sur un sopha, il recevait ceux qui désiraient audience. Un officier lisait des requêtes, auxquels il répondait sur-le-champ. Pendant cette audience, trente ou quarante secrétaires écrivaient assis le long du mur. Des courriers arrivaient, déposaient les dépêches aux mains d'un secrétaire qui les lisait, et Tippoo dictait les réponses, les signait, les scellait. Les grands vassaux avaient leurs ministres près de lui.

De trois à cinq heures, il se retirait, restait dans ses appartements.

A cinq heures, au balcon, il voyait défiler ses troupes, et des secrétaires écrivaient (des notes relatives à la guerre?).

A six heures et demie, c'était le repos, l'apparition de la cour, les bayadères, même certaines comédies.

Dans cette vie si active, une seule chose manque, celle qui tient tant de place et de temps chez les Anglais, je parle du repas, avec ses continuations de boisson et d'ivresse, prolongée dans la nuit.

Tippoo n'eut qu'un défaut , l'orgueil, la haine et le mépris des idolâtres, chrétiens et indiens brahmaniques. Il renversait les temples de ceux-ci. Et quant

^ l\ avait pris le tigre pour emblème, comme Panimal le plus fort dans rinde. Ces tigres: étaient promenés par la yille avec de petits capuchons, qu'aux moindres choses qui les eût effrayés, on les leur rabattait sur les yeux.

aux musulmans, il les mécontenta, les alarma euxmêmes ; à répoque où le Mogol était prisonnier d'un rebelle, Tippoo prit le titre de padisliaw (empereur). Aussi lorsqu'en 97 il s'adressa au sultan musulman de Caboul, celui-ci ne se joignit pas à lui et resta à part.

Il est curieux de voir comme, au contraire, dans l'Inde brahmanique, le principal chef des Mahraltes, Sindiah, s'éleva par l'humilité. Chez ces tribus où tous les guerriers étaient en concurrence pour le pouvoir, on choisissait souvent un chef étranger à leur classe. C'est ce qui, pendant trente années, les avait fait obéir à une femme, une sainte de leur religion. Sindiah de même réussit, comme personne pacifique qui ne pouvait porter ombre aux guerriers. Il était de la caste des Yaisya (marchands), dont l'industrie a, dans les contrées voisines de Cachemire une grande influence. Il se faisait gloire de descendre d'un serviteur bien humble de la cour, dont la charge était de garder les pantouffles du Peishwaw (chef de religion des Mahrattes). Aux grandes audiences de ce chef, Sindiah se présentait toujours avec la paire de pantouffles, et insistait pour s'asseoir au-dessous de tous les chefs militaires. Cela lui réussit. Peu à peu tout l'ascendant fut à cet homme si humble qu'on jugeait le plus pacifique \ Les guerriers se groupant

* Sar ce '^personnage et en général sar les Mahrattes, Toy. l'histoire si curieuse et si instructive de H. Grant Duff.

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autour de celui qui semblait n'avoir nulle yae ambitieuse, il devint fort, et se trouva en face des Anglais, de Tippoo.

La Compagnie anglaise, aux premiers temps, s'était présenté (comme Sindiah [d'abord), toute pacifique et mercantile. Et même dans sa grandeur, ses patentes ne portaient pas un autre titre que celui de marchanda anglais. Beaucoup de dames étaient dans ses actionnaires, et comme la puissance et la valeur des votes, étaient proportionnée à la mise, ces dames pouvaient avoir très-grande part au gouvernement. Aussi la Compagnie, la bonne dame , comme l'appelaient les Indiens, faisait la guerre, mais toujours malgré die (disait-on).

Entre la bonne dame de Calcutta, eilefih de marchands Sindiab, entre ces deux hypocrisies s'agitait la puissance franchement militaire, Tippoo, qu'on appelait le tigre.

Tigre mutilé, qui regardait de tous côtés pour trouver un jour pour s'élancer.

Les choses en étaient là lorsque Comev^allis fut appelé en Irlande, et qu'à la place de cet esprit modéré, pacifique, le parti de la guerre obtint pour vice-roi le violent Wellesley, avec son jeune frère, le morne et sévère Wellington.

Ces deux frères, de race irlandaise (et primitivement espagnole?) avaient été élevés (comme Pitt) pa un évoque, haut dignitaire de l'église anglican' ,

FIN DE LINDE HUSIJMâW. 313

Tarclievêque Cornewallis, frère du vice-roi des Indes. Un des frères Wellesley fut évêque aussi, et chapelain du roi.

Les Anglais-Irlandais, comme ceux-ci, sont plus aigres que les Anglais réels, avec quelque chose souvent delà violence du Midi. Wellesley charma Pitt, dit-on, par un discours acerbe contre la France et la Révolution. Donc, Pitt accorda Wellesley comme viceroi, au parti qui voulait la guerre et la conquête de rinde.

C'était une nouvelle Angleterre qui venait tard et d'autant plus avide. Alléchés par les gros traitements qu'avait institués Cornewallis, elle avait hâte d'étendre ce système à de nouveaux pays, d'exploiter ce Pactole immense qu'allaient offrir des emplois de toute sorte, militaire, judiciaire, ecclésiastique. L'Ëglise indienne qui relève de Cantorbéry est la plus riche du monde. Ënorme accroissement de l'Ëglise anglicane, partant, de la Couronne qui donne tout cela, de sa puissance électorale et de la corruption du parlement.

Wellesley, porté au pouvoir par le parti de la guerre, n'était pas cependant impatient de la faire. La Compagnie ne la voulait pas , prévoyant qu'avec le système actuel de luxe et de dépense, l'armée serait terrible à nourrir. Mais le 18 juin 98^, le comité se-

^ J. Salmon, A Review of the war with Tippoo, 1800, ia-^. C'est un recueil de pièces. Hais, comment le 18 juin put-on savoir cela? Je ne le comprends pas.

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cret des directeurs est averti (par Suez, Bombay) do passage de Bonaparte en Egypte. Et quoique, pen après, la destruction de la flotte française à Âboukir pût le tranquiliser, les démarches inquiètes de Tippoo font persister Wellesley pour la guerre. Non-seulement Tippoo tramait une ligue avec la France, la Perse, Gonstantinople, mais ce qui était bien plus grave et plus immédiat, il avait établi une correspondance avec Raymond^, un Français qui avait formé un corps discipliné de seize mille Européens, chez le Nizam, prince indien, allié des Anglais. Raymond avait planté un arbre de liberté devant le palais du Nizam. Peut-être il aurait joint Tippoo et lui eût donné cette armée française. Tout à coup, Raymond meurt. Cette mort fut sans doute un miracle accordé aux prières du parti anglais. De plus le vieux Nizam qui refusait encore de licencier son corps européen, devient malade, et voit son fils impatient de succéder qui se fait Anglais. Le père, de désespoir en fait autant, licencie ses Français que les Anglais accueillent gracieusement et reportent en Europe.

C'était un coup terrible pour Tippoo qui l'écrivit à M. Magalon, notre consul d'Egypte.

En même temps, d'après le conseil d'un horloger français, son favori, Tippoo envoyait demander secours aux Français de File Bourbon ; il n'eut que deux cents hommes.

* Voy. Salmon, Appendice B, Ce fait si carieux ne se troaTe que là.

Là on place la scène du club Jacobin dont les Anglais ont tant parlé. Elle avait eu lieu plus tôt, le 5 mai 97. Un Rigaud, un corsaire français avait assemblé le club, planté l'arbre de liberté et le drapeau français que Tippoo salua en bon hôte, ami de la France,

Tippoo, non secouru par nous, n'en eut pas moins d'abord un avantage sur le jeune colonel Wellington. Biais la diplomatie vint encore au secours de la guerre. Les Anglais avaient une autre armée de huit mille hommes sur la côte de Malabar; il fallait l'appeler, lui faire passer la chaîne des Gattes. Le passage était gardé par un petit sultan que Tippoo croyait sûr. Les Anglais lui persuadèrent de ne pas se perdre • avec Tippoo ; il livra le passage , les deux années anglaises réunies eurent dès lors la victoire assurée. • Gela donna le signal de sa ruine. Tippoo, presque abandonné, dit aux serviteurs qui lui restaient : «Nous voici à nos derniers retranchements... Que voulezvous faire? » Tous lui dirent : « Mourir avec vous. »

On dit qu'à ce dernier moment, voyant déjà une trouée dans les murs de sa ville, il but, selon l'usage indien, dans une coupe de marbre noir, et invoqua les dieux de l'Inde, en même temps que Mahomet. En combattant, ses anciennes blessures se rouvrirent, et son cheval frappé tomba sur lui. Tous les siens lui firent un rempart de leur corps, le placèrent sur un palanquin. Il avait quatre grandes blessures et une à

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la tempe, mortelle. Il n*en blessa pas moins encore ceux qui furent assez hardis pour vouloir le prendre.

Il était temps pour les Anglais. Car ils n'avaient plus de vivres, comme Cornevirallis en 1792.

Wellesley , habilement magnanime, donna aux officiers de Tippoo plus qu'ils ne recevaient de lui. Il rendit Mysore, devenu un petit Ëtat, à un enfant issu de l'ancienne dynastie indoue. L'enfant avait trois ans. Par une bizarre hypocrisie, on lui donna un sérail, pour faire croire qu'on voulait que celte dynastie se perpétuât.

ADMINISTRATION CONQUÉRANTE, DÉVORANTE DES WELLESLEY. DÉSESPOIR. — CULTE DE U MORT.

Une chose étonne dans ce qui précède : comment l'armée anglaise, peu nombreuse en 92 sous Cornewallis, en 99 sous Wellesley, arrive-t-elle tout d'abord au bout de ses vivres. Cornewallis eût péri sans Tassislance des Mahrattes, et WelJesley fut obligé de brusquer Tattaque, n'ayant de vivres que pour huit jours.

C'est que nulle prévoyance ne suffisait pour nourrir des armées si mangeuses, où dix mille soldats traînaient avec eux cent mille bouches inutiles (on le voit parfaitement dans la campagne de Lake, en

*■ Voy. Miil, Barchou de Peoboën, etc. Celte armée de dix mille hommes, sous Lacke ei Wellington, avait une suite de cent mille hommes ; plus, force

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Toute l'administration, civile et militaire, s'était depuis vingt ans montée de plus en plus sur un pied monstrueux. Et, de leur côté, plusieurs puissances indiennes, les Mahrattes, le Nizam, etc., payaient fort largement des troupes européennes.

éléphants et chameaux. Nombre de servitears pour dresser les tentes. — Chaque cheval, outre son cavalier, avait deux domestiques, Tun pour l'étriller, Tautre pour les fourrages. Ajoutez un bétail immense, et des bœufs de transport, de nombreux serviteurs pour porter les palanquins, les malades, etc. Les soldats recevaient, avec les rations de viande que donnaient des troupeaux, des rations d'arack. Les officiers avaient en outre des moutons, des chèvres pour leur usage particulier. — Un simple lieutenant avait dix domestiques, un capitaine vingt, un major trente, etc. Même les soldats avaient leurs suivants. U fallait un porteur d'eau pour ciuique tente, un cuisinier par tente de dix ou douze soldats.

Plus des femmes, marchands, et inutiles [aventuriers qui cherchentet trouvent les grains cachés) . Le camp était comme une ville. On y voyait de longues rues de boutiques dans tous les sens, avec marchands européens, indous, mongols. De riches restaurants qui étalent viandes, légumes, fruits rares ; — des boutiques de changeur; de l'or en abondance, des draps fins, mousselines transparentes, étoffes brochées d'or, d'argent; diamanls, pierres précieuses. Des femmes vendant essences, guérissant par enchantement. — Groupes de danseuses ; autres disent bonne aventure» cliaiiteat chansons, pendant qu'un molicien joue d'un instrument d'airain. — Des grou()es de jongleurs étalent leur dextérité. «- Les tentes miiitahres étaient établies sur modèle uniforme ; les autres variées. A travers ces rues irr^olières, des troupes d'éléphants et chameaux circulant gravement avec leurs <^lochettes. On voyait là une foule de costumes et de langues diverses : an* glais, persan, indoostan, arabes et dialectes provinciaux.

Aux grandes ploies, cette foule ne trouvait pas d'abri, sauf parfois de vastes niausoléat indiens. L'immense sépulture d'Acbar, avec ses cinq voAtes de marbre blanc et noir, ses terrasses et ses minarets, ses précieuses mosaïques reçut trois régiments de dragons. Les officiers logèrent dans les vingt chambres sépulchrales où les fondateura des grandes familles rcpo^ saient autour de leur maître. Les tombes, si longtemps silencieuses, retentirent des banquets bruyants prolongés dans la nuit. Ces outrages des chrétiens, communs aux deux populations, indiennes et musulmanes, durent les rapprocher plus qu'au temps de Tippoo, et sans doute amener la coalition que nous avons van en 1857.

Les Indiens de Tarmce anglaise, même les Irlandais, auraient pu chercher une discipline moins sévère, un commandement plus doux, si l'armée anglaise ne les eût retenus par une nourriture supérieure, une grande facilité d'amener beaucoup de serviteurs.

Une telle armée était un centre d'attraction, si séduisant, que souvent elle pouvait rendre la guerre inutile. Tippoo lutta jusqu'à la mort avec quelques serviteurs dévoués, mais fut abandonné du reste. Perron, général des Mahrattes, avait cela à craindre. Les Mahrattes, dès leurs premières défaites, s'engagèrent joyeusement dans l'armée anglaise. Lorsqu'une armée, si bien nourrie, vêtue, servie ; lorsque cette image de bien-être et de luxe, de dissolution même, apparaissait, cerles l'armée opposée avait besoin d'une grande vertu pour résister et demeurer fidèle. C'est ce que comprirent Boigne, Perron. Voilà pourquoi ils quittèrent la partie.

On n'avait pas besoin d'exciter la désertion. Elle se faisait d'elle-même, et même fut trop forte à la fin. En 1805, on ne savait plus que faire de tant de volontaires. L'armée anglaise était devenu un piège, un filet trop tentant, où tous eussent voulu être pris.

La grande difficulté était que^ sans diminuer ce luxe séducteur , cet attrait de corruption, il fallait y mettre de l'ordre, établir dans cette vie de jouis-

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sances, une forte discipline militaire, tenir très-ferme ce soldat corrompu. Notez que la plupart étaient des Irlandais, une race avec qui on est plus tenté de mollir.

L'inflexibilité nécessaire et plus qu'anglaise se i trouva dans le jeune Wellington, né en Irlande, mais, dit-on, d'origine espagnole, sec comme ces hommes du Midi, vrais cailloux plus durs que le fer.

Il débuta par une défaite ; ce qui l'encouragea ; telle était sa nature. Et avec cette résistance, chose contradictoire, il avait un instinct prompt pour la guerre, la chasse à l'homme. Dans ses premières lettres , on voit que, sans savoir encore les langues de rindeS il jugeait à merveille les choses du pays. Il fut de bonne heure le grand oiseau de proie, la funèbre et redoutable caricature que nous avons vue en 1815.

Si sévère de nature, il dut lui coûter fort de respecter ce système honteux qui était une séduction, un embauchage tacilepar l'attrait de la corruption même. Hais aux moindres infractions à la discipKne s(m caractère se retrouvait inflexible et inexorable. Si cette armée était comme une fête, une bacdianale, elle avait des intermèdes atroces, la potence et le fouet sanglant'.

^ H. Grant DufT, rhistorien des Mahrattes, qui yit ses lettres de cette époque, en fait la remarque.

* Wellington a toujours maintenu les châtiments corporels. A ceux qui,

Cette corruption sévère, celle rigaeur avec une telle connivence aux vices du soldat, exigeaient d'égj^ normes dépenses. Et l'administration n'était guère fr moins dévorante que l'armée. La Compagnie manfe^^^peaH, mais, pour se conserver son privilège, il fallait S^, qu'elle fît manger aussi ses actionnaires de Londres de qui elle dépendait.

Ces trois bouches (compagnie, administration, armée), qui séchaient l'Inde à mort, avaient des faims terribles qui ne souffraient point le retard. Wellesley fut obligé de sortir des ménagements, des lenteurs de Côrnewallis, il abrégea les formes, autorisa les zémindars qui levaient l'impôt sur le paysan à l'exproprier au moindre retard.

Pouvoir cruel. Ce paysan, ou ryot, que beaucoup d'Anglais raisonnables jugeaient le vrai propriétaire, Corne wallis l'avait fait simple fermier*, et Wellesley le mettait à la porte.

Jusque-là, tout avait pu changer, les empires et les dynasties, tout excepté ce i yot, plus mêlé à la terre qoe l'antique bananier qui ombrageait sa cabane^ mêlé par la vie, l'âme, les habitudes. Si même dans notre mobile Occident , l'expropriation est un fait terrible, souvent mortel, qu'était-ce dans l'Inde

d'après l'exemple de la France, voulaient les supprimer, il a dit à la chambre des lords : c On ne peut comparer. En France , l'armée est la fleur de la population, et en Angleterre le rebut. »

* Sur la vanité et l'impuissance des 'tentatives de Cornewallis, voy. le judicieux Hiil, livre Y.

3« ANGLBTERRE. — INDE. — ÉGIPTE.

OÙ l'existence est Ussue de tant de pratiques locales !

Le zémindar, si favorisé des Anglais, pouvait donc chasser le paysan natif, appeler un étranger qui aurait tout à apprendre. La terre produirait-elle autant, et selon l'impatience de ce gouvernement terrible 7 Le zémindar qui était jusque-là une sorte de seigneur féodal (j'en vois un, parent de Tippoo), ne tardait pas à s'ennuyer de cette terre chagrine qui devenait avare. Il eût voulu la vendre et s'en aller jouir à Calcutta, Delhi. Un spéculateur se présente, lui offre de le débarrasser de ce fief qui n'est plus qu'une place d'exacteur, toujours insuffisant pour le fisc affamé.

Gomment le nouveau zémindar, hier commerçant, banquier, de Calcutta, de Londres, pouvait-il, mieui que l'ancien, vrai fils de la contrée, savoir ce que le paysan peut supporter sans succomber. Dans la province de Madras, Thomas Munroe, un Anglais honnête et judicieux, dit qu'il fallait revenir à l'ancien système du pays, faire avec le paysan une estime de la moisson sur pied, estime que l'on jugerait par les registres antérieurs du village. Mais pour faire tout cela il fallait que le collecteur sût da vantée et les langues et les circonstances locales.

On n'y parvint pas. Ton revint au malheureux système de la taxation par village, par zémindarie. Mais avec cette différence que le zémindar actuel, étranger au pays, souvent vivant à Calcutta, n'exploi-

ADMINISTRATION CuNQUÉRANTESDES WELLESLEY 323

tait sa zémindarie que par des intermédiaires et sous: intermédiaires, une foule de vampires subalternes, et dans une complication difficile à surveiller.

Le paysan fuyait. Mais où? Dans l'Inde antique, même sous le Mogol, le malheureux, sans terre, dépossédé, ce qui n'arrivait guère, avait une ressource, celle de se mêler aux foules que chaque prince ou rajah traînait avec lui. Un homme déplus dans ces foules ne comptait pas ; personne ne songeait à le repousser du banquet. Voir au Râmâyana les foules innombrables qui suivent le roi, le bon père de Rama.

La ruine de chaque prince indien, c'est une table commune de moins pour le pays. Jusque-là on n'a pas compté. Mais avec les conditions ruineuses que l'alliance et la tutelle anglaise imposent aux princes, il leur faut bien compter. Et pour la première fois ils se voient nécessiteux, misérables.

Déjà la Compagnie, sous Hastings et Cornewallis faisait avec les princes ces traités qu'on peut dire d'épuisement, où leur imposant telle charge énorme (qui les ruinait), on les obligeait d'emprunter à des taux usuraires; enfin, pour s'acquitter, ils cédaient leurs plus riches provinces à la Compagnie, Le prince indien livrait la moitié, les trois quarts de son domaine. Mais restait-il au moins maître du reste? Nullement.

Ce long martyr commencé en 1801 par Wellesley

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surleroid'Aoude,dura un demi-siècle, jusqu'en janvier 1856, où le dernier souverain qui venait toujours réclamer à Londres, céda au désespoir, mourut, il mourut à Paris. Je vois encore au lieu le plus gai, au boulevard Italien, détîler sous la pluie, dans la boue, son convoi, ses serviteurs en larmes. Rien de plus lamentable. Ce luxe indien, ces couleurs rose et jaune, mêlés d'or et d'argent, indignement souillés par notre hiver impitoyable, avait l'effet d'une cruelle mascarade qui crevait le cœur.

Et combien plus funèbre encore devoir dans toute l'Inde ces tombeaux aériens où chaque pic élevé des montagnes garde un mort tout vivant, un rajah prisonnier dont l'héritage a été usurpé. Spectacle douloureux pour ce peuple qui, dans chacune de ces victimes royales, sent sa mort et la mort de l'Inde.

De bonne heure, au commencement du siècle, des masses de désespérés, des paysans expropriés, des serviteurs innombrables que les rajahs dépossédés licenciaient malgré eux , ne savaient que faire. Plusieurs se mirent à la suite des armées, pillant le pays pour Tarmée, et plus souvent à leur proGt, et, formant à la longue des bandes, des armées de pillards.

A mesure que ceux-ci furent poursuivis, le pillage, la dernière ressource manquant, dans ces foules sans moyen de vivre, une contagion se déclara, un choléra moral, V amour de la mort^ et la charitable idée de faciliter la mort à tous. N'était-ce pas leur

rendre service que de les aider à franchir ce passage, d'en supprimer l'angoisse des préparatifs, et de le rendre aisé.

c< Quelle mort préfiérez-vous ? » disait-on à un ancien. « La plus prompte. »

C'est justement le bienfait que les apôtres de la mort se proposaient de répandre. D'ailleurs avec la métempsycose toute mort est provisoire.

Ce fut en 1810, peu après la vice-royauté des Wellesley et leur retour en Angleterre que Ton s'aperçut de l'existence des Thugs ou Phansigar, de ces élrangleurs amiables qui se chargeaient d'abréger lagrand passage.

A la rencontre *de plusieurs routes où se trouvait une fontaine, dans un beau bosquet comme ceux de Mundsoor (où se fît la première découverte des thugs), un doux compagnon de route , et souvent un pieux ,^

fakir accueillait le voyageur, s'intéressait à son voyage, à ses affaires, parlait des misères qui rendent la vie insupportable, et puis, peu à peu s'approchant, lui lançait au cou un lazzo comme ceux qui, en d'autres contrées, aident à prendre' un cheval sauvage. Puis, avec une contraction, ramenait le lazzo à lui, serrait bien... Et c'était fini.

Chez cette race faible, peu nourrie, la vie n'a pas grande résistance. Et plus d'un, s'il avait ressuscité, eût remercié peut-être l'adroit médecin, qui, avec si peu de façon, l'avait guéri de tant de maux.

Gomme le médecin a droit à un honoraire du malade qu'il a guéri, le thug croyait avoir le droit de se porter héritier du mort. Mais souyent il lui laissait tout ce qu'il portait, se contentant du mérite d'avoir fait une bonne action.

Action hautement agréable aux divinités de la mort, Khali, Bowanie, etc.

c( Dieux antiques, » disent les Anglais. Je le veux bien, mais jusque-là ils avaient marqué si peu qu'on n*en entendait point parler.

Wellesley quitta l'Inde en 1805 , et Wellington qui se maria en 1806. Cornevirallis revint dans l'Inde, mais malade, et il mourut. C'est justement à cette époque que les thugs commencent à être un peu connus. Ils tuèrent à leur aise jusqu'en 1830% où

Le grand éTénement de 1857 a jeté quelque jour sur Tlnde. Cependant un brouillard très-épais subsiste encore sur elle, et est soigneusement entretenu. Gela tient à plusieurs causes, d'abord à ce que nos rares Toyageurs. les Jacquemont, Lejean, etc., se laissent facilement enguirlander. La bonne hospitalité des Anglais leur cache tout; ils ne Toient point Tlnde. Quand je lis les lettres de ce spirituel et mondain Jacquemont, je pense au Toyage pauvre, mâle, héroïque de notre Ânquetil Dnperron. (Voy. «n tête du ZendAvestaJ) Les frères Schlagintweit, allemands, n'ont voulu voir que Thistoire naturelle, et là même, la décadence des forêts, la sénilité de Tlnde, pouvait en dire beaucoup. Poar les Anglais eux-mêmes, ils sont d'une admirable discrétion. Depuis que les grandes discussions du Parlement ont fini là-dessus, ou ne sait rien, sinon qu'un meilleur gouvernement a succédé à celui de la Compagnie. On s'occupe enfin des forêts, etc. Au reste, les Anglais sont d*autant plus discrets sur l'Inde, que c'est pour tant de familles une affaire d'intérêt personnel. Pour se dispenser démentir ils ne disent absolument rien.

Parfois, il faut le dire, l'honneur et la véracité, la dignité morale de ce grand peuple, se fait jour et éclate, même en dépit de l'intérêt. C'est ce que j*ai remarqué avee plaisir dans les Bapportê »ur la grande Expon»

les réformes de Bentinck donnèrent quelque espérance. Plusieurs thugs avouèrent, épouvantèrent le pays de leurs révélations.

tiorij Rapports si favorables à l'Inde, si contraires à ceax qui en parlent comme d*un pays barbare. (Voy. ma Bible de VHumanité.]

En 1857 aussi, une grande lumière s'est faite. M. le comte de Warren, en 1857, a réimprimé, continué et doublé un excellent petit livre qu'il avait fait depuis longtemps. Anglais de père, Français de mère, capitaine interprète dans les troupes de la Compagnie, il n'est nuUement défavorable aux Anglais, il dit même que, pour lui, l'Anglais, surtout qui a voyagéj est l'idéal de l'homme. Mais en même temps il est très-véridique et terriblement instructif, navrant sur la misère, l'épuisement de l'Inde, sur la captivité cruelle des princes indiens qu'il a momentanément partagée. Il raconte naïvement comment les sennts, les raclhodistes ont provoqué l'horrible mouvement de 1857. Révolution atroce, mais naturellement amenée par tout un siècle d'injustices. Réimprimera-t-on "Warren à Londres? J'en doute. Cela ferait peine au grand parti des saints et à l'auguste personne, qui est de ce parti. — Parti puissant, même à Paris, si bien qu'en 1857, la presse française fut tout entière contre l'Inde. Une seule voix s'éleva pour les Indiens, celle d'un homme, mort jeune et regretté, M. le marquis Jonquières Antonelle, de Nimes, petit-fils du célèbre révolutionnaire.

Ll\RE CINQUIÈME

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GRANDEUR DE LA FRANCE SOUS LE DIRECTOIRE. — RÉVOLUTIONS DIVERSES, SUISSE, HOLLANDE, ETC., 1797-1798.

«Gomment la France, au lieu de courir où ses intérêts l'appelaient, d'aller aux Indes, comme le conseillait Villaret Joyeuse, et comme on le pouvait trèsbien en juin 98, s'amusa-t-elle à tant de guerres pour ces républiques nouvelles qui s'élevèrent partout, le lendemain de Fructidor? »

Pourquoi ? C'est qu'elles nous appelaient, criaient à nous, imploraient nos secours I Vous qui me demandez ceci, gens de courte mémoire, avez-vous donc tellement oublié le rôle immense que vous aviez alors? La France, depuis 89, et surtout depuis l'innocente, la non sanglante révolution de Fructidor, était partout l' oracle et le législateur commun, le pontife de la liberté. Partout les opprimés lui ve-

naient, la sommaient de faire des miracles pour eux, de leur donner ses lois, et Pabri de sa grande épée.

^'en trouve un exemple touchant, lorsque, dans la r^uerre d'Italie, les Grecs vinrent s'adresser à Bonaparte. Les descendants de Sparte, les Maïnotes, voisins, souvent victimes, du tigre Ali pacha, viennent un jour trouver le général français. Ils ne savaientpas notre langue, ni lui la leur. N'importe! Par une inspiration touchante, ils tirèrent de leur sein un livre, rOdyssée, et le mirent sur la table entre eux et lui. Nul besoin de discours. La Bible de l'Europe, Homère, suffit à rappeler ce que la Grèce fut pour nous, la nourrice, la mère de notre civilisation, elle juste retour que nous devons à ses bienfaits.

Le tout petit palais du Luxembourg, et ceux qui gouvernaient avec si peu de faste, en ce moment (de mai en décembre 98), eurent une vraie grandeur. Le monde entier venait au Directoire, priait la France et lui tendait les bras.

La république de Mulhouse vint la première, apportant son drapeau sur les gigantesques épaules de Z... le plus bel homme du Bhin, voulant être française à notre frontière même , acceptant les dangers d'être notre avant-garde.

Genève vint ensuite, la vraie Genève, quitte de ses aristocrates et de ses faux Anglais, l'hospitalière Ge-

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