GRANDEUR DE LA FRANCE SOUS LE DIRECTOIRE
nèvc à qui nous devons tant, et qui, sans les loris de Versailles, eût été pour nous, ce que la nature Pavait faite, une valvule du cœur de la France, où parfois a baltu sa plus chaude pensée.
Genève avec son lac et le pays de Vaud, Tabri de la France protestante contre Louis XIV, de la philosophie, de Voltaire et Rousseau contre Louis XV, tout cela est pour nous autant que la patrie. Qui n'y a, en tout temps, fortement respiré, et repris là son cœur des agitations de la France ?
Que je les ai gagnés, ces courts repos, ces rajeunissements que nous puisons aux Alpes, moi qui ai si souvent répété, célébré ce qu'on doit à la Suisse ! L'époque de la Réformalioti, celle de la Révocation, m'en fournissaient l'occasion, mais non moins le changement si grave qui s'est fait en Europe par Rousseau et Pestalozzi. La Suisse, bien avant l'Allemagne, a ouvert la carrière au plus fécond des arts , l'art de former, d'élever l'homme.
Et pour combien la Suisse fut-elle dans la Révolution française, qui le dira? Moins encore par les livres, que par les hommes et par leurs dévouements. Dans ma Révolution, j'ai montré au 14 juillet la ferme assiette de nos régiments suisses (de la Suisse française) qui, malgré Desenval , nous assistèrent de leur abstention, ne bougèrent des Champs-Elysées, le 14 juillet, nous laissèrent prendre la Dastille.
Mais le point où j'ai le plus insisté» celui dont je
parlerais encore volontiers, si cet abrégé me le permettait, c'est l'affaire du régiment de Châteauvieux. J'y ai mis bien des pages, un temps considérable, sans me lasser, et j'ai, à la longue, éclairci ce fait terrible, enténébré par tous les historiens.
C'est l'époque où M. de Lafayette, dupe alors, comme toujours, entouré de femmes sensibles, et voulant relever le roi (qui déjà alors pactisait avec l'ennemi) , c'est l'époque, dis-je, où Lafayette, par une entente aveugle avec Bouille le traître , permit qu'on frappât un grand coup pour relever le trône. C'est le massacre de Nancy. Les soldats de ce régiment (Vaudois, Neufchâtelois), reprochaient à leurs ofGciers (seigneurs peu scrupuleux, fort légers, et fort durs) de ne pas bien compter, de faire toujours des erreurs sur leur solde, puis de lancer des maîtres d'armes qui les défiaient, les blessaient à coup sûr. De là Téchauffourée, le massacre que j'ai conté ; les officiers sont juges; les soldats la plupart pendus, écartelés , fournissent encore quarante galériens qui rameront au bagne de Brest. Cette sentence atroce, appuyée par le Roi, ne Test nullement de la France.
Sur le passage de ces pauvres gens, la France se lève; il n'y a pas de plus grande scène, ni plus touchante.
Oh ! quel cœur nous avions alors ! . . . ici les larmes viennent. Dieu! que nous sommes froids maintenant ! Une période glaciaire semble avoir commencé.