GRANDEUR DE LÀ FRANGE SOUS LE DIRECTOIRE
Qui aujourd'hui montrerait ces sentiments si jeunes? Hélas, France, qu'es-tu devenue?
On ne peut les garder à Brest. La ville, le port, tout a senti une commotion électrique. On les ramène, on leur ôte la casaque rouge. Et sur toute la route, spectacle surprenant, chacun quitte sa veste, son habit pour les revêtir. Les voici qui arrivent en triomphe à Paris ; la Liberté précède sur un char en proue de galère. Les chaînes brisées sont portés par nos femmes et nos filles, en blanche robe, qui sans hésitation, touchent le fer rouillé des galères, purifié par leurs mains.
Grands souvenirs quêtant de menteurs ont tâché de défigurer. Moi seul, par un examen sérieux, je les ai renouvelés, éclaîrcis. Et c'est comme une pierre d'alliance qui restera toujours entre les deux pays.
Je suis lié avec beaucoup de Suisses, fort distingués, qui, par attachement au passé, un passé qui a eu sa gloire, ont une religion invincible de leur histoire antique. Certes, jeTai aussi. Si j'avais été riche, j'aurais relevé le monument que Rayiial (à la croix du lac de Lucerne) éleva à Guillaume Tell.
Je sais bon gré à MM. Monnard et Vulliemin, d'avoir, dans leur savante histoire, avoué sans détour la corruption politique qui régnait dans tant de cantons. Ces charges de magistratures, de juges, vendues et revendues comme des biens patrimoniaux , cela
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offrait un spectacle hideux. Il est étrange que ce soient justement ces cantons où madame de Staël et autres déclama teurs ont placé leurs taUaaux d'une idylle héroïque, toujours pure depuis Guillaume Te'll.
La petitesse du pays, qui permettait de voir cela de près dans un détail précis et personnel, le rendait plus choquant encore. Beaucoup de Suisses, à toute époque, non sans péril, avaient réclamé là-dessus.
La tyrannie des villes sur les campagnes, par exemple de Zurich sur le (lays environnant, n'était guère moins odieuse. J'ai dit ailleurs* le courage impuissant avec lequel Pestalozzi osa , dans sa jeunesse, embrasser et défendre la cause des paysans de Zurich.
Mais nulle part la souveraineté de l'aristocralie n'était plus choquante [que dans celle de Berne sur le pays de Yaud; là, l'inégalité apparaissait hideuse entre des populations égales en tous sens, entre des hommes égaux d'éducation, souvent de position sociale. En quoi les Benjamin Constant, les Laharpe, etc. , étaient-ils inférieurs aux Haller de Berne?
L'ensemble, si varié, et si discordant de la Suisse, avec tant d'injustices séculaires, explique parfaitement la passion des Suisses pour l'émigration et même pour les hontes du service étranger. Mais cette
> Voy. No8 Ikh, 1869.