‹ Histoire du XIXe siècleChapitre 31 sur 75 · FRIEDLAND (JUIN · texte numérisé non relu

FRIEDLAND (JUIN

grand accord de Tilsilt avec Napoléon; rien pour la Prusse, ce semble, et même, chose choquante, il accepta une dépouille de la Prusse.

Tout cela, immédiatement après la bataille de Friedland. Étonnant changement moral qui aide à expliquer les événements militaires, étranges, précipités, obscurs.

Le Iianovrien Bénigsen, jalousé et haï de ses généraux (russes), avait certes besoin que le crédit de la reine de Prusse durât encore. De là le vœu dévot qu’il fait pour la reine (voy. Fézenzac), qui est malade. Son crédit finissait. C’est ce qui pressa Bénigsen, le fit sortir du sage système de temporisation où il comptait d’abord « user, limer Napoléon. » Ajoutez que les Busses, dans leur orgueil, leur grand courage qu’ils avaient montré à Eylau, étaient indignés d’être réduits par cet Allemand à une position défensive.

Et même d’une défense assez malheureuse : ils venaient de perdre Dantzig, et la fin de ce siège donnait trente mille hommes de plus à l’armée de Napoléon, Les soldats russes, ennuyés du général allemand, découragés et mal nourris, se voyant près de leur frontière, désertaient1 (chose rare), s’abritaient chez les paysans.

Bénigsen, n’ayant plus Dantzig, au défaut de places fortifiées, s’était fait un camp retranché, trèsfort, à Heilsberg; mais n’avait pu le garnir suffisam-

1 Hai'denberg, t. IX, p. 418.

ALLEMAGNE

ment de vivres. Alors, cet homme si prudent, adoptant une méthode tout opposée, fit un coup à la Souvarow, mettant les Russes à même de montrer de l’audace.

Les deux armées suivaient en face les bords de deux rivières. Et Napoléon, contre son usage, et sans doute se conformant aux localités difficiles, faisait défiler les différents corps d’armée à d’assez grandes distances. Les Russes en virent défiler un, à peu près seul. Cela leur donne envie; ils croient le prendre, se précipitent. C’était celui de Ney. Cet homme, si bouillant, montra un sang-froid extraordinaire, reçut fermement l’avalanche, fut secouru bientôt. Les Français à leur tour suivirent les Russes, mais furent repoussés avec perte du camp retranché d’Heilsberg.

Le lendemain, c’est Lannes que les Russes entreprennent d’enlever, tout cela étourdiment, ayant séparé leur armée, dont une moitié avait la rivière dans le dos. L’empereur ne pouvait croire à une telle témérité, nulle retraite que par les ponts de Friedland. Ney est lancé, et quoique la garde russe résiste et l’ébranle un moment, Ney et Dupont s’emparent de Friedland en flammes. Là un sauve qui peut général, un affreux pêle-mêle où les Russes s’écrasent en fuyant vers l’unique issue.

En tout vingt mille Russes hors de combat, avec dix mille Français.

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