FRIEDLAND (JUIN
Grand revers. Mais je crois qu’Àlexandre s’en exagéra la portée. Il fit border maladroitement la rive de son Niémen par ses Tartares, ce qui aurait fait croire que la grande Russie était désarmée, puisqu’on avait recours aux faibles armes, arcs et llèclies, de ces barbares.
11 avait montré à Austerlitz la même promptitude à se décourager. Ici, il était plus atleint. Les Anglais refusaient l’argent, et les six cent mille hommes de la milice russe n’avaient pu se lever.
Tous ces malheurs lui venaient de la source indiquée par Czartoryski. Appelé par la Prusse et invoqué par elle comme défenseur et comme arbitre de l’Europe il s’était laissé entraîner par une influence personnelle, mais toujours avec peu d’efficacité. A Austerlitz, il était venu tard, et avait combattu avant d’êtreau complet. Il n’était arrivé au secours de la Prusse que fort tard, après Iéna, quand tout était perdu. Et ses deux grandes batailles d’Eylau et de Friedland n’avaient rien réparé; au contraire, ouvert la Pologne.
Irrité contre lui-même et de sa maladresse, il en voulait aussi à l’Angleterre, et même quelque peu à la Prusse, dont les malheurs avaient causé les siens. Enfin, il en était à cet état bizarre où l’on rejette violemment tout ce qui plut jadis , et où l’on aime moins ses amis que ses ennemis.