IA TRAHISON D’ESPAGNE
Le procédé invariable de Napoléon fut la surprise. On l’a remarqué pour la politique. Et dans son art propre, la guerre, il se répéta constamment sous ce rapport. Des écrivains militaires l’ont remarqué (comme M. le colonel Lecomte de Lausanne, et autres).
D’où vint cette tendance? Était-ce le sang corse, la prédisposition de cette race, ou l’exemple des fameux condottieri Italiens qu’il avait certainement étudiés dans sa jeunesse avec l’histoire de Gênes?
Napoléon se répéla, avec une uniformité intolérable. Après la surprise de Lisbonne (novembre 1807), vint celle de Rome (février-mars), enfin celle d’Espagne (avril-mai).
Quoique habitués que les nôtres fussent à l’obéissance militaire, Lannes trouva ignoble l’affaire du Portugal, et sut s’en dispenser. Junot qu’on en chargea, n’arriva juste à temps que pour avoir l’aspect ridicule du chien qui happe l’air, lorsque le lièvre échappe. Il lira le canon sur la flotte déjà loin qui portait au Brésil tous les trésors et toute l’élite du pays. Gela fît une légende. On mit devanL l’Europe le tableau héroïque d’un peuple qui préférait à tout la liberté, qui pour fuir le tyran, laissait là ses tombeaux, ses temples, tous ses souvenirs.
Légende digne du Comoëns. On respirait à peine que le maladroit Bonaparte en suscita une plus forte, plus odieuse encore. Celle de la surprise de Rome, du pontife vénérable, captif, sans refuge que les catacombes, comme il le dit lui-même. Toutes les femmes en pleurèrent en Europe, et tout homme s’en indigna. Le sang coula bientôt.
Alors, en troisième lieu, éclata la surprise d’Espagne, si laide et d’apparence si hideuse. Lui-même en détourna les yeux, laissa la chose à Savary, habitué depuis la mort d’Enghien aux hautes œuvres. Pendant deux mois, Napoléon à Milan fit le sourd et l’aveugle, ne reçut point de lettre, ou n’y répondit pas, voulant ne rien savoir qu’après la chose faite.
Détestable pièce italienne, mauvais imbroglio où il accumulait surprise sur surprise, faisait servir la