LE SOULÈVEMENT DE L’ESPAGNE (MAI
Ce fut Napoléon même qui libéra l’Espagne, donna le signal à son affranchissement par le massacre de Madrid.
Il a dit et souvent répété dans ses lettres que pour fonder une domination nouvelle, il n’y avait rien de meilleur qu’une émeute fortement réprimée. Le 15 vendémiaire, la révolte du Caire l’avait ancré dans cette opinion.
Le départ des deux princes de la maison royale qui étaient restés fut l’occasion du soulèvement de Madrid. Mais, même sans cette cause, il eût pu avoir lieu. Outre l’irritation, la surprise de l’étonnante perfidie de Napoléon, le peuple de Madrid devait regarder comme la dernière insulte qu’on lui eût donné
pour chef un baladin. Tel paraissait Murat avec tous ses costumes de fantaisie; ses habits rose ou vertpomme, ses riches fourrures en plein été, tout en lui paraissait absurde. L’empereur Alexandre avait été choqué de voir près de l’Empereur ce comédien. Au milieu du peuple espagnol, toujours en noir, cela paraissait davantage. Ajoutez la variété singulière des costumes de son escorte, des lanciers, des mamelucs, figures étranges, nouvelles dans les rues de Madrid.
Au moment où les princes espagnols quittaient le palais malgré eux, l’un d’eux pleura, refusa de partir. Cela émut le peuple amassé sur la place; il faillit tuer un aide de camp qui pressait le départ. On s’attendait à cette explosion. Murat avait pris ses mesures, disposait d’une armée. La petite garnison espagnole ne parut pas, sauf une compagnie d’artillerie, dont les officiers se firent tuer. Cependant la cavalerie, les lanciers, les mamelucs poursuivaient les fuyards jusque dans leurs maisons. 800 Espagnols, 400 Français, tel paraît avoir été le chiffre des morts.
Le pis, c’est que Murat ayant accordé amnistie à ceux qui rentreraient chez eux, s’en repentit le lendemain , crut que la chose était insuffisante, fit prendre et fusiller encore une centaine de ceux qui s’étaient retirés paisiblement chez eux.
Murat, de sa nature, n’était pas sanguinaire. Mais ce trône d’Espagne, qu’il croyait toucher de la main,