‹ Histoire du XIXe siècleChapitre 47 sur 75 · LE SOULÈVEMENT DE L’ESPAGNE (MAI IS · texte numérisé non relu

LE SOULÈVEMENT DE L’ESPAGNE (MAI IS

le changea, l’endurcit, et, comme dit très-bien M. Lanfrey, « il se montra là vraiment Roi. »

Le jour même de ces fusillades, Napoléon lui mandait de Rayonne: « Qu’il ne serait point roi d’Espagne, mais Joseph. »

N’importe. Ce qu’il avait fait fut fort apprécié de Napoléon, qui écrivait : « Le plus gros de la besogne est fait. La leçon de Madrid va décider les choses, tout sera bientôt terminé. »

Il écrivit ceci dans le courant de mai. Mais le 9, l’insurrection de l’Espagne avait commencé. Les Asturies, la plus petite des provinces, cet antique berceau de Pélage, se révolta, et le 24, déclara magnanimement la guerre au maître de l’Europe.

Même grandeur à Londres, où ils dirent qu’ils se suffiraient à eux-mêmes, qu’ils ne demandaient à l’Angleterre qu’un appui moral.

Il faut lire dans Torreno (et non ailleurs) le superbe tableau de ce grand phénomène, l’étonnante unanimité de tant d’insurrections si parfaitement concordantes entre des provinces si dissemblables de race et de génie. Tout prit feu en un seul moment. La première explosion avait eu lieu aux montagnes de l’Ouest. La seconde eut lieu, sur-le-champ, à l’Est, au port de Carthagène. Elle retint la flotte espagnole, qu’on eut envoyée à Toulon.

Seulement je remarque que dans son beau récit, très-long, Torreno ne nous peint que l’explosion pa-

triotique, non celle du fanatisme religieux, avouant lui-même expressément qu’il a tenu à démentir Napoléon , selon lequel le soulèvement n’aurait été qu’une révolution religieuse attisée par les moines.

Cependant, même sans suivre l’opinion de Napoléon, il est bien difficile de croire que la nouvelle de la captivité du Pape à Piome, nouvelle répandue alors par toute l’Europe depuis le mois de mars 1808, n’ait pas eu quelque influence en Espagne, et qu’un massacre fait en partie par nos mamelucs n’ait pas confirmé le peuple dans l’idée que nous étions des païens et des Sarrasins.

Je sais bien que d’abord Napoléon et Joseph eurent grand soin de tranquilliser l’Église, de flatter l’Inquisition, le haut clergé, qui venaient à eux.

Mais dans Torreno même, la terrible histoire de Valence montre assez les fermentations diverses qui s’agitaient dans le clergé.

Cette ville, renommée par son climat si doux et par ses aimables cultures, fut le théâtre d’un massacre populaire ecclésiastique qu’on put appeler le 2 Septembre d’Espagne.

Ce récit confond nos idées, en ce qu’on voit que le prêtre patriote était un moine, un Franciscain nommé Piicci. Et que le prêtre papiste et massacreur était un honorable chanoine de la grande église de Madrid ; il s’appelait Calvo.

Le Franciscain avait fait la révolution à Valence et

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