‹ Histoire du XIXe siècleChapitre 48 sur 75 · LE SOULÈVEMENT DE L’ESPAGNE (MAI · texte numérisé non relu

LE SOULÈVEMENT DE L’ESPAGNE (MAI

l’avait maintenue pure, lorsqu’arriva de Madrid le chanoine papiste; mais il trouve la place prise. Le Franciscain est chef de la révolution. Le haut dignitaire de Madrid avait longtemps fait effort pour amener au parti romain et jésuitique ce moine éloquent, populaire; il n’y était pas parvenu, et il lui en voulait à mort.

Les commerçants français en vins, en soie, étaient fort nombreux à Valence. Le chanoine (Calvo) imagine que si on pouvait amener le peuple à les massacrer, on pourrait par occasion massacrer aussi le chef des modérés, le Franciscain.

Cela semblait assez facile. La populace de Va lenee n’y vit qu’une juste représaille du grand massacre de Murat à Madrid. Un peu plus de 500 Français s’étaient réfugiés dans la citadelle. Calvo va les trouver, les voit épouvantés des cris du peuple, et leur promet de les sauver. Cette promesse les tire de leur asile, et aux portes ils sont massacrés.

Il y eut là une scène qui dépasse la Saint-Barthélemy elle-même. Des gens humains, pour les sauver, avaient apporté des reliques [révérées à Valence. Les dévots massacreurs furent émus, et dès lors ne tuèrent plus sans avoir vu leurs victimes confessées. On devine la scène, l’exécrable mélange des admonitions charitables et des absolutions à des gens qui râlaient sous le poignard. Calvo espérait bien que Ricci, réclamant pour les victimes, périrait lui-même. Et il

fut prêt de mourir en effet, car le lendemain, comme Ricci dénonçait aux magistrats les forfaits de la nuit, voilà les gens de Calvo qui amènent encore huitFrançais dans la salle, et les tuent aux pieds même des juges.

Ceux-ci, exaspérés, parvinrent à arrêter enfin Calvo, et le 5 juillet, à minuit, ils l’étranglèrent dans la prison. Superbe coup d’audace qui glaça de peur les meurtriers. On profita de leur effroi, dit Torreno, et en deux mois, 200 (?) furent étranglés.

On entrevoit dans ce récit que les passions ultramontaines se mêlaient fort aux passions politiques, quelque soin que le narrateur mette à les séparer \

Nombre de Valençais coururent à Saragosse ,. comme on faisait alors de toutes les villes d’Espagne. Ainsi se créa un centre de résistance qui, par deux fois, arrêta l’ennemi.

L’Europe regarda, admira, prit courage. La double résistance de l’Espagne, quelque hétérogène qu’elle

1 M. Hubbard, qui vécut longtemps en Espagne et connaît ce pays, a bien marqué la part que les dernières classes du peuple eurent aux scènes violentes du soulèvement. A Valence, un vendeur d’allumettes fut un des principaux acteurs; à la Corogne, un rempailleur de chaises. Mais ce qui frappe le plus dans le récit d’IIubbard, c’est son excellente remarque que, dans un pays si mal administré, les contrebandiers et les brigands étant, dans tous les temps, comme une classe, une profession presque avouée, l’élan général vers la vie libre et irrégulière de la guerre de l’indépendance fut une chose peu surprenante, une émancipation des ennuis de la vie sédentaire, dont les jeunes gens s’empressèrent de profiter. L’insurrection semblait le retour à la vie naturelle de l’Espagno..

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