DU CARACTÈRE, DU CŒUR DE BONAPARTE
Bonapartistes. Point du tout. Infiniment sensible en tout ce qui touchait sa propre sûreté, son salut personnel.
Le récit qui suit est, si triste, honteux et dégradant pour la nature humaine, que d’abord j’eus envie de le supprimer.
Quoi! un homme, endurci par tant de batailles, descendit-il si bas aux grotesques extrémités des peurs les plus honteuses? Cela paraît invraisemblable.
Il avait demandé lui-même comme garantie de sûreté que des commissaires des cinq grandes puissances le conduisissent à l’île d’Elbe, de sorte que ce qu’on va lire fut vu par cinq témoins. Si le témoin le plus hostile, le Prussien, s’empressa de noter telles circonstances honteuses, elles furent de même certifiées par le Russe, par l’Autrichien qui voyait en Napoléon le gendre de son maître. Le Russe et l’Autrichien furent même si humains et si bien veillants, que, pour le rassurer, ils s’exposèrent, consentant à des travestissements, des échanges d’habits qui, avec une populace ivre de fureur, pouvaient leur tourner mal et les faire massacrer eux-mêmes.
Près de Valence, il rencontra Augereau, et, pour la première fois, vit combien il était déchu. Augereau ne le salua pas, mais en l’embrassant il le tutoya grossièrement et lui fit reproche de son ambition qui l’avait conduit là. Napoléon prit bien tout cela
FltANCË.
el l’embrassa .encore. Augereaus’en alla, sans saluer.
A Avignon, mille invectives s’élevèrent de la foule. A Orgon, en fut effrayé du spectacle sinistre d’une potence d’où pendait un mannequin sanglant.
Le commissaire russe, qui venait derrière, essayait de calmer la foule, au nom de la pitié qu’on devait à un malheureux prisonnier.
Bonaparte, fort pâle, au fond de sa voiture, essaya d’abord de se cacher derrière son compagnon le générai Bertrand. Puis il n’y tint pas; la peur lui fit prendre la cocarde blanche, un habit de courrier, et il sc mil à courir en avant.
Les voilures n’allaient pas si vile, ce qui faillit faire une tragédie. A Sainl-Canat, le peuple essayait d’ouvrir la voiture pour massacrer Bertrand qui y occupait la place de l’Empereur.
Lui-mème, ayant en vain essayé de se faire passer pour Anglais, proposa de rebrousser chemin jusqu’à Lyon pour prendre une autre route. Il pleurait el, comme un enfant, regardait si l’on pouvait s’enfuir parla fenêtre; mais elle était grillée, et peut-être gardée par une foule hostile.
L’hôtesse qui survint, assurait que sans doute on allait massacrer, noyer Bonaparte. Pour mieux dissimuler, lui-même applaudissait.
Il imaginait par moments que les commissaires l’empoisonneraient peut-être, et ne voulait pas toucher à leur repas. Enfin ce qui était le signe d’un ccr-