LA CHARTE. — LOUIS XVIII
qu’ils peuvent, le fait principal. Louis XYIII fit-il la Charte de son propre mouvement, comme le disent Capefigue et autres? Ou bien, comme le dit Lamartine avec plus de vraisemblance , la lit-il malgré lui, pour obéir au plus puissant des alliés qui, sans cette concession, ne croyait pas que ce pays si agité pût accepter tout à coup le repos? L’empereur Alexandre disait que, sans cela, il n’oserait évacuer la France, ou que, du moins il laisserait trente mille hommes à Paris.
Louis XY11I venait d’Angleterre, avait remercié le prince régent comme l’auteur unique de sa restauration. Les Anglais sont sujets à croire que le gouvernement représentatif, fruit naturel du sol anglais, est trop au-dessus de la France.
D’autre part, les émigrés, leur prince, le comte d’Artois, ne rêvaient rien que le rétablissement de l’ancienne monarchie. Ils se figuraient que la France était heureuse de venir à eux, se livrer sans conditions.
Je me rappelle encore ce 18 avril 1814, un jour de printemps admirable, où le comte d’Artois entra à Paris. Sa figure aimable, béate, usée et niaise, était parfaitement inconnue à cette foule. Mais on ouvrait fort les oreilles aux mots qu’il prononçait avec ses royalistes : « Plus de conscription ! Plus de droits réunis! «
Le roi podagre qui le jalousait fort, l’avait envoyé
RESTAURATION. — LES BDUKBOJtë.
en avant, dans l’espoir bien fondé qu’il ferait tout d’abord quelque sottise, des promesses impossibles à réaliser. De [dus qu’il aurait l’odieux de certaine* mesures auxquelles nous condamnait notre situation, par exemple, la remise de tant de places fortes, de garnisons que nous avions encore dans toute l’Europe, avec un immense matériel. C’est ce qu’il fit, sans même réclamer ce qui provenait de l’ ancienne France, dc-s dépôts de la Fère, Valence, etc.
Mais son parti, les émigrés, charmés de rentrer à tout prix, ne lui en surent pas mauvais gré, et il resta toujours leur Henri IV, au grand chagrin de Louis XVIII. Celui-ci qui jadis, pour se faire populaire, avait simulé des tendances constitutionnelles, en 1814 voyant d’Artois d’autant plus accepté du parti royaliste qu’il ne promettait rien que la royauté absolue, Louis XVIII, dis-je, se gardait bien d’offrir des libertés que son parti ne lui demandait pas. Il lui semblait plus beau de dire qu’il ne faisait que continuer son règne à de nouvelles conditions.
Les historiens royalistes admirent fort la hauteur, la grandeur de courage avec lesquelles il résista à son bienfaiteur Alexandre.
Il faut le dire, à l’honneur de la nature humaine, Alexandre ayant eu le bonheur immense de renverser Napoléon et d’entrer à Paris, tenait à faire à Dieu l’hommage de son succès par une conduite admira-